CAN 2019

CAN 1992 : la Côte d’Ivoire championne d’Afrique grâce à son gardien de but Alain Gouaméné

Des supporters ivoiriens lors de la Coupe d'Afrique des nations en 2013 en Afrique du Sud (photo d'illustration). © Armando Franca/AP/Sipa

En 1992, la Côte d’Ivoire remporte la première CAN de son histoire face au Ghana (0-0, 11-10 aux t.a.b). Au cours de cette CAN, Alain Gouaméné, le gardien des Éléphants, n’a encaissé aucun but dans le jeu.

Nous sommes le 27 janvier 1992 et ce matin-là, la Côte d’Ivoire se réveille championne d’Afrique. La veille, les Éléphants ont remporté la CAN au Sénégal, à l’issue d’une finale contre le voisin ghanéen. Les déceptions des années précédentes sont pardonnées. Oubliée, la CAN 1984 organisée au pays et achevée au soir du premier tour, ou l’élimination, six ans plus tard en Algérie, au bout de trois petits matchs.

En 1992, la Côte d’Ivoire est au mieux un outsider, mais ses supporters jugent l’argument non recevable. « Quand tu vas à la CAN,  pour un Ivoirien, c’est pour la gagner, juge Alain Gouaméné, âgé de 25 ans à l’époque et joueur du Raja Casablanca. Et on a réussi à le rappeler ».

3-0 face à l’Algérie pour commencer

La préparation des Éléphants, effectuée entre Abidjan et le Portugal, est agitée. Le stage au Portugal est perturbé par des problèmes d’intendance et de disponibilité de terrain d’entraînement. « Souvent, on s’entraînait sur la pelouse de notre hôtel ou on allait courir sur la plage », rappelle Gouaméné.

Au sein du gouvernement, certains militent pour que le Français Philippe Troussier soit nommé à la place de Martial Yéo, s’attirant une fronde des joueurs. « On avait commencé avec Martial, on voulait continuer avec lui ».

À Ziguinchor, où la Côte d’Ivoire dispute le premier tour, les joueurs sont accueillis froidement. « Avec les Sénégalais, ce n’est pas le grand amour parce qu’on a tendance à être un peu grandes gueules, et ça agace », estime Alain Gouaméné.

Pour leur premier match, les Éléphants surclassent l’Algérie (3-0), championne d’Afrique en titre, et contre laquelle il y a une revanche à prendre. Le second, insipide et tendu face au Congo (0-0), permet aux coéquipiers de Gouaméné de se qualifier pour les quarts de finale, où les attendent les coriaces zambiens.

À ce moment précis, nous avons été plusieurs à nous dire qu’on allait gagner cette CAN

À Dakar, dans un stade de l’Amitié quasiment vide – 5 000 spectateurs dans une enceinte qui peut en accueillir 60 000 – les Éléphants souffrent, mais s’imposent 1-0 grâce à un but inscrit en prolongation par Sié. « À ce moment précis, nous avons été plusieurs à nous dire qu’on allait gagner cette CAN. On ne jouait pas forcément, mais mentalement, qu’est-ce qu’on étaient forts ! »

En demi-finale, pourtant, beaucoup de spécialistes misent sur le Cameroun, devenu le bourreau préféré des Ivoiriens. Quarts de finalistes lors de la Coupe du monde 1990, les Lions indomptables viennent d’éjecter le Sénégal de sa CAN (1-0), et sont élevés au rang de favoris pour succéder à l’Algérie.

Gouaméné, roi des tirs au but

« Il y avait une tension extrême : dans leur vestiaire, dans le couloir menant à la pelouse, les Camerounais chantaient très fort mais nous étions remontés comme jamais », se remémore Gouaméné.  Au bout de vingt minutes, Lim Kee Chong, l’arbitre mauricien, accorde un penalty aux Lions. C’est Gouaméné qui détourne le tir d’Emmanuel Kundé. « Un déclic pour nous, le score reste à 0-0, on va aux tirs au but et je repousse ceux de Makanaky, Omam Biyik et de Joseph-Antoine Bell, un gardien que j’admire. » La Côte d’Ivoire, pour la première fois de son histoire, se qualifie pour la finale (0-0, 3-1 aux t.a.b).

Une finale interminable

Alain Gouaméné, lui, est épuisé physiquement et mentalement. Touché au dos, le gardien ivoirien ne s’entraîne quasiment jamais et porte une ceinture lombaire pendant les matchs. « J’étais peut-être à 60 % de mes capacités. » Avec deux prolongations dans les jambes, les Éléphants, fatigués, retrouvent des Ghanéens beaucoup plus frais.

Les Black Stars n’ont pas eu besoin de puiser dans leurs ressources pour éliminer le Congo (2-1) puis le Nigeria (2-1). « Nous, on était cramés, c’était la finale de la peur,  je me souviens d’un match fermé, sans beaucoup d’occasions. Il faisait très chaud. Le stade était majoritairement pour le Ghana. »

Comme face au Cameroun en demi-finale, la Côte d’Ivoire s’accorde le droit de disputer les prolongations, puis les tirs au but. Sans se douter que cette séance accoucherait d’un scénario historique. « C’était très long, crispant. » Au total, 24 tirs au but sont effectués. « On a l’occasion de gagner le titre quand Asare rate le cadre ; mais Tiehi rate son penalty, et on repart pour un tour. » Gouaméné, qui a lui-même réussi le sien, détourne celui du Ghanéen Anthony Baffoe.

Derrière, Aka se charge d’offrir aux Éléphants leur première CAN. « On est devenus des héros. Après le match, j’ai parlé au président Félix Houphouët-Boigny, qui a évoqué l’immense joie populaire. On s’est rendu compte de cette ferveur en rentrant à Abidjan. La preuve : trois jours fériés ont été décrétés pour célébrer l’événement ! »

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