Energie

Fiscalité : l’Afrique du Sud met en place sa taxe carbone

Centrale à charbon de Lethabo, à Vereeniging (Afrique du Sud)

Centrale à charbon de Lethabo, à Vereeniging (Afrique du Sud) © Themba Hadebe/AP/SIPA

Premier pollueur du continent africain, et quatorzième au rang mondial selon Greenpeace, l’Afrique du Sud va mettre en place dès le 1er juin cette mesure écologique destinée à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Une première sur le continent.

Après une longue attente, l’Afrique du Sud va finalement, elle aussi, se doter d’une taxe carbone, a confirmé le Trésor sud-africain le 26 mai. « Le changement climatique représente l’un des plus grands défis auquel est confronté l’espèce humaine et l’objectif premier de la taxe carbone est de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une façon viable », a expliqué ce ministère dans un communiqué.

Initiée en 2010, la mise en place de cet impôt vert avait dû être repoussée à plusieurs reprises sous la pression des entreprises minières, des métallurgistes et de la compagnie publique d’électricité Eskom, souvent montrée du doigt pour ses centrales à charbon vétustes. Ces secteurs voient, en effet, d’un mauvais œil l’arrivée de cette fiscalité écologique susceptible d’éroder leurs bénéfices et de pousser à la hausse les prix de l’électricité.

Première phase

La taxe carbone est avant tout un « signal-prix » dont la vocation première est d’inciter les entreprises et les consommateurs à aller vers des modes de production et de consommations bas-carbone en renchérissant le coût de ceux qui polluent.

Dans un premier temps, cette taxe entrera en vigueur du 1er juin au mois de décembre 2022, au prix de 120 rands (7,3 euros) par tonne de C02 émis – un montant qui sera réévalué chaque année en fonction de l’inflation. Mais cette taxe ne concernera que les entreprises et devrait couvrir jusqu’à 80% des émissions du pays, selon la banque mondiale. Des exonérations sont prévues, elles pourront atteindre 6 à 48 rands la tonne de CO2.

« Un examen de l’impact de la taxe sera effectué avant la deuxième phase et tiendra compte des progrès réalisés en matière de réduction des émissions de GES (gaz à effet de serre), conformément à notre contribution nationale déterminée”, a déclaré le Trésor. Cette deuxième étape est prévue de 2023 à 2030.

Sibanye-Stillwater, ArcelorMittal et Eskom vent debout

En tête des opposants à cette taxe carbone figurent les plus gros consommateurs d’énergie, comme Sibanye-Stillwater, spécialisé dans l’extraction d’or, ou encore ArcelorMittal, le premier producteur d’acier au monde, également très présent en Afrique du Sud. Ces sociétés, dont les activités sont fortement émettrices de CO2, voient en cette taxe un sérieux frein à leurs activité et à leur compétitivité. Les détracteurs comptent aussi dans leurs rangs le principal producteur d’énergie, Eskom, qui gère la fourniture d’électricité de plus de 90 % du pays.

A contrario, pour les militants en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, tels que Greenpeace et Climate Action Tracker Group, le niveau de cette taxe est « insuffisant » pour convaincre les entreprises polluantes de réduire leurs émissions de dioxyde de carbone.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a néanmoins loué les efforts du président Cyril Ramaphosa pour être parvenu à promulguer une loi aussi contestée. « Même si beaucoup doit être encore être fait pour que cette taxe soit plus efficace, nous reconnaissons qu’il s’agit d’une première étape significative », a reconnu l’ONG.

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