Politique

Guinée : le ministre de la Justice Cheick Sako a démissionné

Cheick Sako, désormais ex-ministre guinéen de la Justice, a présenté sa démission le 20 mai 2019. © DR / Capture d'écran YouTube

Ministre de la Justice depuis 2014, Cheick Sako a présenté le 20 mai sa démission à Alpha Condé. Dans son courrier adressé au chef de l'État, entre autres motifs, il justifie sa décision par son opposition à toute modification constitutionnelle.

« Tirant les conséquences de votre silence depuis le 4 avril 2019, jour de notre entretien et de la remise du courrier vous demandant de me remplacer dans mes fonctions de ministre de la Justice, garde des Sceaux, je vous présente ma démission du gouvernement », écrit Cheick Sako dans un courrier adressé au président Alpha Condé le 20 mai dernier, que ce dernier a réceptionné.

Écrite depuis Montpellier, dans le sud de la France, où  le ministre exerçait la profession d’avocat avant son entrée dans le gouvernement et où il réside actuellement, ce courrier – dont Jeune Afrique a obtenu copie, expose ses arguments, parmi lesquels la question de la révision constitutionnelle. Comme le chef de l’État, le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a également été informé de cette décision par le ministre démissionnaire.

Depuis sa première entrée au gouvernement, en janvier 2014, Cheick Sako avait survécu à tous les remaniements, figurant au sein des gouvernements dirigés successivement par Mohamed Saïd Fofana (décembre 2010-décembre 2015), Mamady Youla (janvier 2016 -mai 2018) puis Ibrahima Kassory Fofana (depuis mai 2018).

Pendant un peu plus de cinq ans, il a conservé son portefeuille au ministère de la Justice, érigé en ministère d’État, ce qui lui valait d’être classé deuxième dans l’ordre protocolaire.

Révision constitutionnelle

La lettre de démission de Cheick Sako de son poste de ministre de la Justice, adressée le 20 mai au président guinéen Alpha Condé. © DR

Cette démission intervient alors qu’un débat houleux fait rage concernant l’adoption d’une nouvelle Constitution. Les détracteurs de cette réforme constitutionnelle craignent en effet que celle-ci n’ouvre la voie à la possibilité, pour Alpha Condé, de briguer un troisième mandat en 2020.


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Dans les arguments qu’il avance pour motiver sa démission, Cheick Sako, originaire de Siguiri – une ville de la Haute Guinée qui compte parmi les fiefs du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel, au pouvoir) -, prend ses distances avec cette réforme.

« Je n’ai pas été associé à la rédaction de la nouvelle Constitution en ma qualité de garde des Sceaux et, compte tenu de ma position personnelle contre toute modification ou changement de la Constitution en vigueur, vous comprendrez que je ne puisse plus continuer à exercer la fonction de ministre de la Justice », écrit-il dans sa lettre, précisant avoir eu « le plaisir et l’honneur » de servir en tant que ministre « avec dévouement et loyauté ».

Bras de fer avec Amadou Damaro Camara

Une autre raison a conduit Cheick Sako à démissionner. Mais celle-là ne figure pas explicitement dans sa lettre. Il s’agit du bras de fer qui l’oppose à Amadou Damaro Camara, le président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel, depuis que ce dernier a qualifié la justice guinéenne de « pourrie » au cours d’une émission sur la radio privée Espace FM, le 3 avril dernier.


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Dès le lendemain, Cheick Sako, se sentant insulté, a demandé à Alpha Condé de le relever de ses fonctions. Une demande que le président guinéen a refusé, avant de dépêcher un émissaire auprès de lui, à Montpellier, pour tenter de le faire changer d’avis. En vain.

C’est donc un mois et demi après sa première demande, et face au refus du Palais Sékhoutouréya de le limoger, que Cheick Sako a décidé de présenter sa démission. « Il a pris beaucoup de coups ces derniers temps », confie l’un de ses proches, qui ajoute qu’il est désormais décidé à « retrouver sa famille et son cabinet d’avocat à Montpellier ».

Contacté par Jeune Afrique, Cheick Sako précise toutefois que sa démission ne doit « en aucun cas » être interprétée comme un acte politique de ralliement à l’opposition au président Condé.

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