Politique

[Tribune] La guerre sans fin contre Joseph Kabila

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Juriste de formation, ancien conseiller politique du président Joseph Kabila, ancien président de la Ligue des jeunes du PPRD, Patrick Nkanga est actuellement le porte-parole du bureau politique du PPRD.

Joseph Kabila, lors de l’investiture de son successeur, le 24 janvier,à Kinshasa.

Joseph Kabila, lors de l’investiture de son successeur, le 24 janvier,à Kinshasa. © Olivia Acland/REUTERS

Suite à la publication d’un rapport de The Sentry, dans lequel l’ONG américaine accuse les proches de Joseph Kabila d’avoir tenté de faire main-basse sur une partie du secteur bancaire congolais, Patrick Nkanga, porte-parole du parti de l’ancien président dénonce une charge uniquement motivée par l’« anti-kabilisme ».

Un rapport sulfureux – comme ne savent les produire ces dernières années que les milieux politiques, diplomatiques, économiques et sociaux anti-Kabila – est en circulation depuis le 22 mai 2019.

Ayant pour cofondateurs Georges Clooney et John Prendergast, l’ONG américaine The Sentry se présente en « équipe d’enquêteurs (…) qui suit l’argent sale et construit des affaires concernant les criminels de guerre les plus responsables des conflits les plus meurtriers de l’Afrique et des réseaux transnationaux corrompus qui en profitent ».


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Composée, selon ses propres termes, « d’enquêteurs spécialisés dans les sciences financières, d’avocats internationaux spécialisés dans les droits de l’homme, d’experts régionaux et d’anciens agents des forces de l’ordre, d’officiers du renseignement, de décideurs, de journalistes d’investigation et de professionnels de la banque », cette ONG reconnaît concentrer « actuellement ses travaux sur le Soudan du Sud, le Soudan, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine ».

Elle avoue d’ailleurs mener avec son partenaire dénommé Projet Enough « des activités de plaidoyer de haut niveau auprès des décideurs du monde entier ainsi que des campagnes de sensibilisation de grande envergure en mobilisant des étudiants, des groupes confessionnels, des célébrités et d’autres ».

Il est intéressant de le noter : c’est la énième fois qu’elle s’en prend ouvertement à Joseph Kabila, à sa famille politique et à sa famille biologique. Pour rappel, elle coopère avec le Groupe d’Etude Congo (GEC) qui collabore lui-même avec Berci (institut dirigé par l’ex-épouse d’Olivier Kamitatu, conseiller de Moïse Katumbi) dans la réalisation des sondages politiques ayant donné vainqueur à la présidentielle, tour à tour, Moïse Katumbi jusqu’à la non-rétention de sa candidature en août 2018, Félix Tshisekedi avant la réunion de Genève à la base de la création de Lamuka et Martin Fayulu dès la rétractation de Fatshi et de Kamerhe.

Evidemment, les résultats électoraux n’ayant pas été favorables à leur candidat ni à ses « parrains », The Sentry, Projet Enough, Groupe d’Etudes Congo et tous les autres think-tanks sont dans la logique de réactiver leur anti-kabilisme, même au prix de l’anormal…

On en veut pour preuve, dans la nouvelle affaire, cette phrase édifiante selon laquelle « au total, les documents examinés par The Sentry indiquent que pas moins de 140 millions de dollars auraient pu circuler dans ces comptes et qu’ils sembleraient avoir fonctionné comme une source facile d’argent pour les membres de la famille et les amis de l’ancien président Kabila ».


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Oui, des « enquêteurs spécialisés dans les sciences financières » qui livrent au conditionnel une information de si grande portée voulue mondiale, ça ne peut que refléter le peu de considération témoigné à l’égard de l’opinion congolaise.

Relever la nationalités des propriétaires

En attendant les éléments de réponse en pleine collecte, la question essentielle, par rapport aux titres, est de connaître le nombre de banques commerciales qui fonctionnaient légalement sur le territoire congolais jusqu’en 2016.

Dans son rapport intitulé « Etude sur le secteur bancaire en République Démocratique du Congo (2015-2016) » paru en décembre 2017, l’antenne RDC de Deloitte – un des quatre plus importants cabinets d’audit et de conseil mondiaux. La société est née des fusions successives des acteurs anglo-saxons historiques de ce secteur, selon Wikipédia – note que « le secteur est composé de dix huit banques commerciales opérationnelles dont deux mises sous tutelle de la Banque centrale du Congo : il s’agit de la BIAC et de la FiBank. Les banques, China Tahie Bank of Congo (CTBC) et Alliance Bank, déjà agréées, n’étaient toujours pas opérationnelles en fin 2016».

En page 17, sont identifiées ces banques. La liste comprend, citées pêle-mêle, Access Bank, Afriland Fb, Bgfi Bank, Boa Congo, Ecobank, Fbnbank, Fibank, Uba, Procreditbank, Advans, Banque Byblos, Bank Citigroup, Standard Bank, Bcdc, Biac, Rawbank, Sofibanque et Tmb».

Le rapport The Sentry dénonce les visées de Kwanza Capital sur la Bcdc et la Biac qui ne représentent ni le quart, ni la moitié, ni l’ensemble des banques privées présente au Congo.

Mais, déjà, The Sentry ne fait aucun effort pour relever la nationalité des propriétaires. En réalité, toutes ces institutions appartiennent à des étrangers, notamment des Européens (dont les Belges), des Asiatiques (au nombre desquels des Chinois et des Indo-Pakistanais) ainsi que des Africains (parmi lesquels des Ouest-africains, des Sud-africains, des Gabonais)…etc.


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La question est alors de savoir s’il est interdit aux Congolais d’opérer dans les banques commerciales, et de le faire en toute légalité, de façon que les rapports à rédiger par The Sentry et consorts se constituassent d’affirmations et non des supputations !

Distraction

Dans le cadre du processus électoral, il a été observé du côté des anti-Kabila depuis quasiment 2013 un activisme débordant. Outre les acteurs politiques, les activistes des droits de l’homme, les professionnels des médias, « des étudiants, des groupes confessionnels, des célébrités et d’autres » (comme le relève cette ONG) ont été mobilisés pour détruire systématiquement Joseph Kabila, sa famille politique et sa famille biologique.

Que de rapports, mais alors de rapports déversés sur la place publique pour les diaboliser tous et, surtout, susciter le fameux soulèvement à la burkinabè.


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Les élections se sont déroulées dans les conditions les meilleures, et le Raïs a réalisé le double exploit de réussir, en 59 ans d’Indépendance du pays, la première alternance politique qui soit favorable à l’Opposition, en même temps qu’il a su maintenir sa propre famille politique dans les sphères du pouvoir au travers de la coalition gagnante FCC-CACH.

Et voilà qu’au moment où cette coalition produit le fruit escompté au travers de la mise en place du nouvel ordre institutionnel issu directement ou indirectement des élections, notamment l’avènement du Premier ministre, une grosse distraction – semblable à l’os qu’on jette avec mépris en pâture à des chiens – survient avec le rapport de The Sentry.

Cela se fait pendant qu’en Algérie et au Soudan se « reproduit » le fameux schéma burkinabè.

Jeune Afrique a vraisemblablement senti le coup venir en se contentant du titre « RDC : quand le clan Kabila voulait racheter les banques congolaises ». Comme pour dire que l’opération n’avait pas eu lieu, puisqu’elle n’a jamais eu lieu !

A partir de cet instant, la question pertinente est de savoir ce que voulait The Sentry en publiant un rapport dont l’élément central, à savoir la mise en circulation de pas moins de 140 millions USD, n’est même pas affirmée par ses propres spécialistes.

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