Diplomatie

Libye : pour Ghassan Salamé, le pays n’a besoin de personne pour « se suicider »

Ghassan Salamé, envoyé spécial des Nations unies, lors d’une conférence de presse à Tripoli, le 12 septembre 2018 (image d'illustration). © MAHMUD TURKIA/AFP

La Libye n'a besoin de personne pour « se suicider », a mis en garde l'émissaire de l'Organisation des Nations unies (ONU), Ghassan Salamé, en référence à la dégradation de la situation dans ce pays riche en pétrole, regrettant le manque de réaction de la communauté internationale.

L’actuelle confrontation armée entre les troupes du maréchal Haftar, l’homme fort de l’est libyen, et les forces favorables au gouvernement d’union (GNA) basé à Tripoli « ne va pas s’éteindre d’elle-même si rien n’est fait pour y mettre un terme », a affirmé Ghassan Salamé lors d’une conférence mercredi à l’International Peace Institute (IPI) à New York. « Son évolution ne dépend pas de ceux qui envoient de l’argent (…) pour alimenter le conflit », a-t-il relevé, avant d’ajouter : « la vérité est que la Libye peut financer son propre suicide ».

J’ai toujours considéré mes compatriotes au Liban comme assez stupides pour commettre un suicide avec l’argent des autres. Mais les Libyens sont encore pires

Pour appuyer son argumentation, le diplomate libanais a effectué une comparaison avec son pays, qui a connu une longue guerre civile (1975-1990), sur fond de rivalités régionales. « J’ai toujours considéré mes compatriotes au Liban comme assez stupides pour commettre un suicide avec l’argent des autres. Mais les Libyens sont encore pires. Ils se suicident avec leur propre argent », a asséné Ghassan Salamé.

« De six à dix pays qui interfèrent »

Il a rappelé que ce pays, en proie au chaos depuis la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011, produisait « 12 millions de barils (de pétrole) par jour ». « C’est un pays très riche, donc (le conflit) peut s’étendre. Ça n’est pas comme si un jour un pays du Golfe arrête de payer celui-ci ou celui-là et c’est terminé », a-t-il ajouté. Ghassan Salamé a précisé que cela ne signifiait pas l’absence d’interventions extérieures. Au contraire, « la Libye est un cas d’école » en la matière, a-t-il dit.


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Selon lui, il y a à ce jour « de six à dix pays qui interfèrent », « à différents niveaux ». « Ça peut commencer par un soutien politique », « ça peut être vendre des armes », ou « fournir une assistance technique militaire », et aller « jusqu’à intervenir directement dans le conflit en soutien à son proxy ». « Nous devons travailler à mettre un terme à ce conflit », a-t-il martelé, en regrettant au passage « l’absence d’unité au Conseil de sécurité » de l’ONU sur le sujet.

Ces propos de Ghassan Salamé sont intervenus au lendemain de son audition à l’ONU, lors de laquelle il a dit craindre « une guerre longue et sanglante ». Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le conflit déclenché le 4 avril par une offensive du maréchal Haftar pour s’emparer de Tripoli a fait au moins 510 morts et 2 467 blessés. D’après l’ONU, plus de 75 000 personnes ont aussi été obligées de fuir et plus de 100 000 sont prises au piège des combats aux abords de Tripoli.

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