Elections

Présidentielle du 4 juillet en Algérie : vers un scrutin sans candidat ?

Une pancarte brandie par des manifestants, vendredi 17 mai à Alger.

Une pancarte brandie par des manifestants, vendredi 17 mai à Alger. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Le chef de l'État Abdelkader Bensalah a réaffirmé à plusieurs reprises que l'élection présidentielle se tiendrait bien le 4 juillet, et le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah a lui-même appelé à la tenue du scrutin. Alors que la rue et l'opposition demandent un report, aucun dossier de candidature n'avait été déposé devant le Conseil constitutionnel, à deux jours de la date butoir.

« La persistance de la crise aura de graves conséquences dans les domaines économique et social du pays », avertit dans son dernier discours le général Ahmed Gaïd Salah, en réitérant que seulement « la tenue de l’élection présidentielle fera taire tous ceux qui tentent de faire perdurer cette crise ». Alors que les manifestants continuent à rejeter catégoriquement la feuille de route du chef d’état-major de l’armée, ce dernier n’a pas précisé de date.

Ce mercredi, les partis de l’alliance présidentielle ont ouvertement soutenu la position du patron de l’Armée nationale populaire (ANP). Si le Rassemblement national démocratique (RND) s’est dit convaincu de « la nécessaire organisation de la présidentielle », les partis TAJ (Rassemblement Espoir de l’Algérie) ainsi que le Mouvement populaire algérien (MPA) ont affirmé soutenir la feuille de route de Gaïd Salah. Dans un communiqué, le FLN a salué la position « nationale et souveraine » de la grande muette.

Pour sa part, Ali Benflis, ex-Premier ministre et président du parti Talaie El Hourriyet, a estimé que l’absence de date dans le discours de Gaïd Salah était en droite ligne avec les revendications du peuple algérien, ajoutant que « les élections ne seront valables qu’avec l’association des parties susceptibles de trouver les outils de gestion des élections, notamment une instance indépendante ».


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Pourtant, le temps presse, samedi 25 mai étant le dernier jour pour présenter sa candidature. Cette date correspond en effet au délai réglementaire de 45 jours après la publication du décret fixant la date de l’élection – comme le stipule l’article 140 du Code électoral – , présenté justement le 10 avril dernier par le président par intérim Abdelkader Bensalah. Sauf que, à deux jours du terme, aucune candidature n’a été officiellement déposée.

« Dans son discours, Gaïd Salah évite de parler explicitement du 4 juillet, jouant l’ambiguïté. Mais en même temps, il répète son attachement à la voie constitutionnelle, ce qui finalement mène à cette date. Pourtant, même les partis qui se disent proches de Gaïd Salah n’ont pas officialisé leur candidature », fait remarquer Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’EHESS.

75 lettres d’intention

Selon le dernier bilan diffusé par le ministère de l’Intérieur, « suite à la convocation du corps électoral pour le jeudi 4 juillet […], 77 lettres d’intention ont été déposées », dont trois émanant de partis politiques. Il s’agit de l’Alliance nationale républicaine (ANR), dirigée par Belkacem Sahli, du Front al-Moustakbal (FM), d’Abdelaziz Belaïd, et du Front algérien pour le développement, la liberté et l’équité (Fadle), formation conduite par Tayeb Yennoune.

Ces lettres sont toutefois loin de représenter une candidature officielle, cette dernière nécessitant le dépôt d’un dossier (qui doit rassembler la signature de 600 élus répartis dans 25 wilayas, ou bien 60 000 signatures d’électeurs recueillies à travers au moins 25 départements), qui doit ensuite être validé par le Conseil constitutionnel. De plus, on ne connaît même pas les noms des 74 autres potentiels candidats.

Le flou persiste, d’autant que Belkacem Sahli annonçait ce mardi la possibilité de geler sa candidature. « Notre initiative était conditionnée par un certain nombre de préalables, qui malheureusement n’ont pas été réalisés », expliquait le président de l’ANR, demandant le départ du Premier ministre Noureddine Bedoui et celui du « président illégitime » de l’APN, Mouad Bouchareb, mais aussi « l’installation d’une instance indépendante pour l’organisation des élections ».

Qui organisera un deuxième tour, une fois le mandat par intérim terminé ?

Abdelaziz Belaïd, ancien candidat à la présidentielle d’avril dernier, affichait également sa volonté de participer au scrutin. Un communiqué du ministère de l’Intérieur a fait savoir qu’il avait retiré le formulaire de candidature – sans finalement déposer son dossier.

L’autre homme politique à avoir déclaré son intention de prendre part au rendez-vous du 4 juillet n’est autre que le général à la retraite à la retraite Ali Ghediri, lui aussi déjà candidat à celui du 18 avril, qui insistait alors sur la « nécessité de suivre la voie constitutionnelle ». « Penser qu’il y aura des élections dans ces conditions, dans un délai aussi bref, n’est pas réaliste », estime Moussaab Hammoudi, en rappelant que la présidence intérimaire n’est cependant prévue par la Constitution que pour une durée maximale de 90 jours. « Qui organisera un deuxième tour, une fois le mandat par intérim terminé ? » s’interroge le spécialiste.

Opposition générale

« Makach intikhabat ya el-issabat » – « pas d’élections avec les mafias » – , scandent les manifestants, qui n’arrêtent pas d’exiger un report du scrutin. Car le flou persiste aussi sur les modalités techniques de l’organisation de cette présidentielle. Le 14 avril dernier, les walis ont saisi par courrier les présidents des Assemblées populaires communales, qui ont refusé de superviser l’organisation du scrutin. Aujourd’hui, leur position n’a pas changé.


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Dans une déclaration commune publiée le 15 mai, les maires de la région de Béjaïa rappellent que « cela ne constitue aucunement une réponse à l’exigence de changement portée par des millions d’Algériens ». Leur emboîtant le pas, les élus locaux de Tizi-Ouzou ont également réaffirmé n’avoir aucune intention d’ouvrir des bureaux de vote dans leur circonscription.

Les magistrats sont eux aussi aux côtés des maires. Au nom de l’indépendance de la justice, les robes noires refusent d’exercer leur fonction fondamentale de veiller au bon déroulement du vote. « Imposer aux Algériens des élections dont ils ne veulent pas signifie qu’il y a une volonté cachée de ne pas changer de régime, mais de poursuivre avec le même système », estime l’avocat Mustapha Bouchachi, l’une des figures de la contestation, dans une vidéo postée sur sa page Facebook.

Ce samedi, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, l’ex-général Rachid Benyelles et l’avocat Ali Yahia Abdennour ont appelé l’armée, dans une tribune remarquée, à « ouvrir un dialogue franc et honnête » avec les Algériens et les partis. Cette impasse ne fera que « retarder l’avènement d’une nouvelle République », soutiennent ces trois personnalités.

« Le pouvoir est dans une impasse. En demandant l’application de l’article 102 de la Loi fondamentale [qui prévoit « l’empêchement » du président de la République], Gaïd Salah s’est mis dans une situation inconfortable. Se ranger du côté du peuple serait un avantage pour lui aussi, car il risque d’être rattrapé par le temps », conclut Moussaad Hammoudi.

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