Politique

Génocide des Tutsi au Rwanda : les éditions Fayard ne publieront pas le livre controversé de Judi Rever

Des portraits de victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, au mémorial de Gisozi à Kigali.

Des portraits de victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, au mémorial de Gisozi à Kigali. © REUTERS/Jean Bizimana

La maison d'édition française Fayard a renoncé à publier la traduction en français du livre de la Canadienne Judi Rever qui, dénonçant les crimes du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagame, insinue la thèse d'un double génocide.

La maison d’édition Fayard a-t-elle rebroussé chemin ? Au début de 2019, une rumeur insistante prête à l’éditeur français l’intention de publier une traduction de l’ouvrage de Judi Rever In Praise of Blood, The Crimes of the Rwandan Patriotic Front (Penguin Random House). Une date de sortie circule : le 27 mars 2019, quelques jours avant la 25e commémoration du génocide. Pourtant l’éditeur français, alors contacté par Jeune Afrique, le conteste. D’ailleurs, le livre ne figure pas sur le calendrier de ses futures publications, diffusé fin janvier.

La sortie de cet ouvrage sulfureux était pourtant bel et bien dans les tuyaux puisque son titre figurait encore en février sur la base de la bibliothèque et librairie en ligne Électre, accompagné de la présentation suivante : « Élaborée sur deux décennies, cette enquête autour du génocide rwandais remet en question la version des événements de 1994. La journaliste, au lieu de désigner le Front patriotique rwandais et son leader, l’actuel président Paul Kagame, comme les initiateurs de la fin du conflit, en dénonce au contraire le caractère criminel, avançant ainsi la thèse d’un double génocide. »

Quand vous écrirez, l’autre livre va paraître

Hubert Védrine, ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand, qui plaide sans relâche en faveur de la politique au Rwanda de son mentor de 1990 à 1994, semble lui-même confirmer la sortie imminente du livre de Judi Rever. Dans un entretien réalisé le 10 décembre 2018 avec le journaliste de La Croix Laurent Larcher, auteur de Rwanda, ils parlent (Seuil), Hubert Védrine déclare ainsi : « Quand vous écrirez, l’autre livre va paraître, donc n’oubliez pas les autres massacres ». Une référence en filigrane à l’enquête de la journaliste canadienne, qu’Hubert Védrine cite dans la plupart de ses interviews récentes sur le sujet.

Judi Rever elle-même vient de confirmer sur Twitter, le 21 mai, que les éditions Fayard ne publieront pas la traduction de son livre. Sollicitée par Jeune Afrique au cours des dernières semaines, elle n’a toutefois pas souhaité livrer d’explications sur les conditions dans lesquelles celle-ci a été abandonnée.

« Thématique négationniste »

Dans ce livre paru en mars 2018 dans la prestigieuse maison Penguin Random House, Judi Rever accuse notamment le FPR d’avoir infiltré les milices hutues Interahamwe et d’avoir participé directement au massacre des Tutsi. Se basant sur un rapport confidentiel du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) – qui n’est pas reproduit dans son livre -, elle accrédite la thèse controversée d’un double génocide qui aurait, toujours selon son ouvrage, entraîné la mort de près de 500 000 victimes hutu. L’ouvrage est au cœur d’une vive polémique, notamment chez les spécialistes français du sujet. « En définitive, la thématique négationniste développée par Judi Rever n’est guère originale au regard des écrits transgressifs de Pierre Péan, de Robin Philpot – parmi d’autres auteurs francophones », écrit ainsi le journaliste et écrivain Jean-François Dupaquier.

Selon nos informations, parmi les personnes ayant œuvré à la publication – avortée – du livre chez Fayard figure notamment Sandrine Palussière, ex-directrice littéraire de la collection Mille et une nuits. C’est dans cette même collection que l’ouvrage de Pierre Péan – tout aussi controversé à sa sortie –  Noires fureurs, blancs menteurs, qui portait lui aussi sur le génocide au Rwanda, était paru.

Contactée par Jeune Afrique, Sandrine Palussière n’a pas souhaité commenter nos informations, estimant que cela serait « contraire à l’intérêt du livre ».

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