Justice

Maroc – Affaire Khadija : report du procès du viol collectif de la jeune fille

La Cour d'appel de Beni Mellal (Maroc), devant laquelle est jugée l'affaire Khadija. © Nadine Achoui-Lesage/AP/SIPA

Le procès de douze hommes accusés de la séquestration et du viol collectif de Khadija, une adolescente marocaine, en août dernier dans son village, une affaire qui avait suscité l'émoi au Maroc, s'est ouvert mardi devant un tribunal de Beni Mellal (centre), avant d'être immédiatement reporté.

Les avocats de la défense et celui de la victime, qui s’est portée partie civile, ont demandé davantage de temps pour se préparer, et le juge a reporté le procès au 25 juin, a déclaré le conseil de la jeune fille, Me Ibrahim Hachane.

Dans une vidéo diffusée en août et devenue virale, Khadija, une adolescente issue d’une famille défavorisée âgée de 17 ans au moment des faits, avait raconté avoir été kidnappée, séquestrée, violée et martyrisée pendant deux mois par des jeunes hommes de son village d’Oulad Ayad, près de Beni Mellal.

Son témoignage filmé, dans lequel elle montrait des traces de brûlures de cigarettes et des tatouages que ses agresseurs ont, selon elle, gravé de force sur son corps pendant sa séquestration, avait soulevé un tollé dans le royaume et suscité une forte mobilisation.

Briser le silence

Les 12 accusés, âgés de 19 à 29 ans, comparaissaient mardi devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Beni Mellal, instance qui les jugera en première instance pour les chefs de « traite d’être humain », « viol », « constitution d’une bande organisée » ou « enlèvement et séquestration ».

La « traite d’être humain » est passible d’une peine maximale de trente ans. Un autre prévenu sera jugé séparément à huis clos le 11 juin, son dossier ayant été disjoint des autres puisqu’il était « mineur au moment des faits », a indiqué Ibrahim Hachane, l’avocat de Khadija.

Je suis encore traumatisée, ce qui m’est arrivé n’est pas facile à supporter

« Les accusés ont avoué les faits qui leur sont reprochés pendant l’interrogatoire de police, mais ont pour la plupart nié devant le juge d’instruction », selon Hachane. « Je suis encore traumatisée, ce qui m’est arrivé n’est pas facile à supporter », avait confié la jeune fille au lendemain des faits. « J’attends avec impatience le début des traitements pour me faire détatouer. Je ne peux même pas regarder mes mains, car je me souviens chaque jour de ce qui m’est arrivé », avait-elle dit.


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Elle ne s’est toujours pas fait détatouer, le juge pouvant demander à voir ses tatouages pendant le procès, selon son avocat. « Son état psychologique est encore fragile », a confié son père Mohamed. Le choix de sa fille de briser le silence en s’exposant publiquement est une démarche rare, tant la peur pour leur image et pour la réputation de leur famille est grande pour les victimes. Plus de 90 % des Marocains ayant subi une forme de violence n’ont pas porté plainte contre leurs agresseurs, selon une récente enquête officielle.

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