Politique économique

Dette : le Mozambique a « presque finalisé » un accord avec son créancier russe VTB

Selon le ministre mozambicain de l'Économie et des Finances, Adriano Afonso Maleiane, Maputo est sur le point de conclure un accord avec la banque russe VTB. © Sait Serkan Gurbuz/AP/SIPA

Après avoir obtenu, en novembre 2018, un accord de principe pour la restructuration de son eurobond, Maputo annonce être proche d'un accord avec un autre de ses créanciers, la banque russe Vnechtorgbank (VTB), proche du Kremlin.

À l’image de ce qui s’est passé pour la République du Congo, le Mozambique pourra-t-il bientôt compter sur l’appui d’un programme du FMI ? Si le dernier rapport de l’institution financière internationale, publié le 16 mai, ne va pas jusque-là, du moins enregistre-t-il d’importants progrès « dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique » du pays, qui a vu sa croissance se redresser et son inflation se résorber – même si le passage du cyclone tropical Idai, courant mars, a mis à mal ces données (voir ci-dessous).

« Les autorités discutent de bonne foi avec les créanciers privés en vue de restructurer les obligations en euro et les emprunts cachés du Mozambique », note avec satisfaction le FMI, qui avait suspendu son aide au pays en 2016 après la découverte de ces prêts, fournis au pays par le Crédit Suisse et VTB et acheminés par l’intermédiaire d’une société de construction navale basée aux Émirats arabes unis, Privinvest.

En novembre 2018, Maputo a ainsi obtenu un premier accord de principe avec un groupe de détenteurs d’euro-obligations afin d’alléger le service de la dette au cours des cinq prochaines années et d’allonger le remboursement du principal de dix ans.

Dette cachée : la garantie de l’État en question

Et dans une lettre d’intention datée du 10 avril et adressée à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, rendue publique par l’institution, le ministre de l’Économie et des Finances, Adriano Afonso Maleiane, et le gouverneur de la Banque du Mozambique, Rogério Zandamela, assurent avoir « presque finalisé » des discussions de renégociation de la dette sous garantie gouvernementale contractée par l’entreprise publique MAM.

Cet accord, précisent-ils, doit permettre « un allègement substantiel de la dette tout en protégeant les intérêts du Mozambique en cas de problèmes juridiques liés à la garantie du gouvernement ».

Car tout en poursuivant ces négociations, Maputo compte surtout sur la levée de la garantie de l’État, qui avait à l’époque été donnée par le seul ministre des Finances, Manuel Chang, alors que la législation mozambicaine exigeait que le législateur soit consulté. « Le procureur général du Mozambique a entamé des poursuites au Royaume-Uni pour annuler cette garantie obtenue de manière criminelle« , rappellent ainsi les deux officiels.

D’autres poursuites, tant aux États-Unis qu’au Mozambique, sont en cours et ont entraîné une importante vague d’arrestations depuis quelques mois, dont celle de l’ex-ministre des Finances Manuel Chang, interpellé le 29 décembre 2018 en Afrique du Sud et toujours en détention en attendant que Pretoria statue sur les demandes concurrentes d’extradition adressées par les États-Unis et le Mozambique.


Cyclone Idai : la reconstruction estimée à 1,5 milliard de dollars

Mi-mars, le Mozambique a été durement touché par le cyclone Idai, dont le bilan officiel fait état d’au moins 600 victimes – un chiffre qui pourrait en réalité dépasser le millier, en raison du nombre de disparus. La ville portuaire de Beira, deuxième agglomération du pays, a été « endommagée ou détruite à 90 % », estimait la Croix-Rouge une semaine après le drame.

Outre la plupart des habitations, des hôpitaux et des écoles de la ville, le cyclone a détruit quelque 800 000 hectares de cultures et les infrastructures de transport – notamment le port de Beira, un hub qui desservait non seulement le Mozambique, mais aussi le Zimbabwe et le Malawi -, d’électricité, de communication…

Si le conseil d’administration du FMI a accepté le 19 avril le décaissement rapide d’une aide d’urgence de 118,2 millions de dollars, on est encore loin du coût total de la reconstruction, estimé par le gouvernement mozambicain à 1,5 milliard de dollars, soit 10 % du PIB du pays.

Toujours selon les prévisions de Maputo, la croissance devrait ralentir en 2019 à 2,8 % (contre 3,8 % prévus avant le drame) et l’inflation bondir à 8,5 % (contre des prévisions de 5,5 %).

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