Politique

Angola : João Lourenço accusé de réprimer les indépendantistes du Cabinda

Le marché de Buracos, à Cabinda, dans le nord de l'Angola, le 9 avril 2019. © AFP / Daniel Garelo Pensador

Depuis qu'il dirige l'Angola en 2017, João Lourenço s'est bâti une image de président relativement ouvert et modéré. Mais dans la province du Cabinda (nord), les indépendantistes l'accusent de poursuivre la politique de répression de son prédécesseur José Eduardo dos Santos.

Militant de longue date de la cause du Cabinda libre, Jeovanny Ventura ne mâche pas ses mots. « Ce que l’État angolais nous fait subir, c’est de la persécution. Les autorités nous traitent comme des terroristes », affirme-t-il. « Et ça ne s’est pas amélioré avec Joao Lourenço. Tout ce que l’on organise se termine toujours en détention. »

En janvier dernier, quelque 70 partisans du Mouvement indépendantiste du Cabinda (MIC) ont ainsi été arrêtés alors qu’ils préparaient une manifestation pour célébrer un traité de 1885 qui a fait de l’entité cabindaise un protectorat portugais.

Né du partage colonial de l’Afrique, le Cabinda est un confetti coincé entre les deux Congo, tombé sous la souveraineté de l’Angola à son indépendance en 1975.

Depuis plus de quarante ans, le Front de libération de l’enclave du Cabinda (Flec) y mène la guérilla contre le pouvoir central angolais, qui a déployé sur les 7 000 km2 du territoire des milliers de policiers et soldats.

Le dernier coup d’éclat des séparatistes remonte à 2010, quand ils ont mitraillé un bus de l’équipe de football du Togo lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). L’attaque avait fait 2 morts.

Riche en pétrole

L’instabilité politique n’a pas cessé depuis. Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) y dénoncent régulièrement détentions arbitraires et torture.

« Contrairement à d’autres régions d’Angola où on a constaté des progrès en matière de liberté d’expression » depuis l’arrivée au pouvoir de João Lourenço, la situation à Cabinda « reste tendue », constate Zenaida Machado de HRW.


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« Les militants ne peuvent pas profiter de leurs droits politiques parce que les autorités les voient comme une menace », ajoute-t-elle, « pas un mois ne s’écoule sans détention arbitraire, le droit de manifester est un mirage ».

La présence au large des côtes du Cabinda d’importants gisements de pétrole explique l’intérêt de l’Angola pour sa province la plus septentrionale. Elle fournit 60% du volume d’or noir de l’Angola, deuxième producteur d’Afrique subsaharienne.

Mais ses quelque 400 000 habitants n’ont pas beaucoup vu la couleur verte des pétrodollars. « La population du Cabinda n’a jamais bénéficié de son pétrole », dénonce l’avocat indépendantiste Arao Bula Tempo. « Le taux de chômage atteint 88% et les seules infrastructures qui existent datent de la colonisation. L’Angola ne fait rien ici. »

Manque d’infrastructures

Dès la sortie de l’aéroport de la capitale Cabinda, l’état des routes en dit plus que beaucoup de discours. Faute d’écoulement, elles sont inondées au moindre orage. En ville, de nombreux quartiers sont privés d’électricité, d’eau courante et d’assainissement.

En novembre, João Lourenço a présidé à Cabinda une réunion décentralisée du conseil des ministres. « Je vais personnellement suivre tous les projets de Cabinda afin de pouvoir, dans les années à venir, améliorer la situation », a-t-il promis. Mais selon ses habitants, ce ne furent que de belles paroles.

« Le gouvernement nous promet régulièrement de nouvelles infrastructures mais ce ne sont que des mensonges », accuse à son tour Carlos Vemba, le secrétaire général du MIC. « La lutte continue », poursuit-il, « nous allons tout faire pour (…) défendre notre indépendance ».

Pour Carlos Vemba et ses militants, la « lutte » est passée par la case prison. Deux semaines pour lui. Jusqu’à trois mois pour une quarantaine d’autres, finalement libérés sans la moindre charge.

« Colonisation angolaise »

« La situation politique est catastrophique parce que le gouvernement angolais ne veut pas nous parler », regrette Alexandre Kwang N’sito, de l’Association pour le développement de la culture et des droits de l’homme (ADCDH).

« Je dialogue avec tous les partis d’opposition », rétorque le gouverneur de la province, Eugenio Laborinho. « La situation est calme et sous contrôle », poursuit-il. « Il y a bien un peu d’agitation sociale autour du chômage mais c’est tout. Tout le monde dit Flec, Flec, Flec, mais moi je ne l’ai jamais vu ».

Le Front affirme régulièrement tuer des soldats lors d’embuscades que les autorités de Luanda s’appliquent à ne jamais confirmer, rendant toute vérification quasi impossible. Ces dernières années toutefois, les communiqués de victoire du Flec se sont fait plus rares.

« Notre volonté de défendre le Cabinda contre la colonisation angolaise est intacte », assure le porte-parole du Flec, Jean-Claude Nitza. « Nous sommes ouverts au dialogue mais le gouvernement de Luanda ne veut pas négocier une solution qui l’obligerait à reconnaître les droits du peuple de Cabinda ».

En dernier recours, le Flec vient de demander la médiation du président de la RDC voisine, Félix Tshisekedi. Sa proposition n’a, à ce jour, pas reçu de réponse, ni à Kinshasa ni à Luanda.

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