Politique

[Infographie] « Complot » en Algérie : quels liens entre les protagonistes présumés ?

Saïd Bouteflika en avril 2009 lors de la réélection de son frère à la présidence de l'Algérie (image d'illustration). © AP/SIPA

Depuis la démission de l'ex-président Bouteflika, le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah mène une vaste purge contre des personnalités accusées de « complot contre l’autorité de l’État ». L’accusation se fonde principalement sur des contacts avec les réseaux de Saïd Bouteflika. Mais qui a rencontré qui ?

La purge menée par Ahmed Gaïd Salah fait tellement trembler que ceux qui n’ont pas encore été convoqués se défendent déjà. Pour le moment, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida, pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État ».


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Dans le cadre de la même affaire, la leader de gauche Louisa Hanoune a elle aussi été incarcérée en fin de semaine dernière. Jeune Afrique vous résume les liens entre les différents « complotistes », qu’ils soient soupçonnés d’avoir été instigateurs, acteurs ou simples témoins [l’infographie est à retrouver en fin d’article].

• Saïd et Toufik, cerveaux du « complot » ?

Fin mars dernier, les réseaux du général Mohamed Mediène, alias Toufik, avec l’assentiment du frère du président, sont soupçonnés d’avoir voulu détrôner le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, en relançant un vieux plan : proposer à Liamine Zéroual, en retrait depuis son départ de la présidence en 1999, de diriger l’instance de transition. Mais celui-ci a refusé. Selon les informations de Jeune Afrique, un décret de limogeage du chef d’état-major était déjà prêt le 30 mars.


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Dimanche 5 mai, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida. Ils sont accusés « d’atteinte à l’autorité de l’armée » et de « complot contre l’autorité de l’État ». D’après la chaîne étatique ENTV, les trois piliers de la présidence Bouteflika seront jugés en vertu des articles 77 et 78 du Code pénal, mais aussi 284 du Code de justice militaire.

• Le général Nezzar, témoin direct

L’ancien ministre de la Défense et général à la retraite Khaled Nezzar a été entendu par la justice militaire mardi 14 mai, dans le cadre de l’enquête visant Saïd Bouteflika et les deux généraux. Il est ressorti libre au bout de deux heures. Si on ne connaît pas les détails de l’audition, Nezzar avait livré un premier témoignage dans un courrier publié par le site Algérie patriotiqueDans sa tribune, le général raconte notamment sa première rencontre avec le frère de l’ex-président, qui a eu lieu jeudi 7 mars.


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Selon Nezzar, Saïd Bouteflika l’a ensuite rappelé samedi 30 mars :  « Il m’a dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP [Armée nationale populaire] était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zeralda [la résidence présidentielle où se trouvait Abdelaziz Bouteflika] d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major », écrivait-il. Dans sa lettre, l’ancien ministre de la Défense accuse explicitement Saïd Bouteflika de complot contre Ahmed Gaïd Salah.

• Louisa Hanoune, « prisonnière politique » ?

Toujours dans le cadre de l’affaire dite « Tartag, Toufik, Saïd Bouteflika », Louisa Hanoune a été convoquée et arrêtée par le tribunal militaire de Blida. La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a fait appel de la décision du juge d’instruction, et sa requête sera examinée lundi 20 mai. Si la responsable politique a admis avoir effectivement rencontré, mercredi 27 mars, le frère cadet et conseiller de l’ex-président, elle assure ne pas être impliquée dans le « complot » et se considère comme une « prisonnière politique », ont fait savoir ses avocats.


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La « réunion consultative » à laquelle la dirigeante du PT a participé « avait pour objectif de donner son avis sur la situation politique. Elle pensait que cette rencontre était officielle, avec l’accord de la présidence de la République », a expliqué son avocat, Me Rachid Khane. Louisa Hanoune a demandé à son défenseur de « transmettre un message spécial à tous les libéraux et aux libéraux d’Algérie » pour qu’ils soutiennent sa libération « en tant que prisonnier politique. Le seul pêché que j’ai commis est d’avoir rempli mes hautes fonctions politiques », jure-t-elle.

Des personnalités politiques françaises ont qualifié son incarcération d’ ‘arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion’

Ce vendredi, une centaine de personnalités politiques françaises ont répondu à l’appel en réclamant sa libération, dans un communiqué qui qualifiait son incarcération d’« arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion ». Le texte a notamment été signé par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le leader d’opposition Jean-Luc Mélenchon (gauche), le syndicaliste Philippe Martinez ou encore Me Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme.

Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), en avril 2014. © AP/SIPA

• Abderrazak Makri prend les devants

Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), a lui aussi rencontré secrètement le frère cadet de l’ancien président, en octobre puis en décembre derniers. Le responsable islamiste souhaitait s’entretenir avec le chef de l’État, mais l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika ne l’a pas permis.

Comme le révélait Jeune Afrique, selon des sources proches du dirigeant islamiste, Saïd Bouteflika s’est contenté d’écouter son interlocuteur et lui a expliqué qu’il était difficile de trouver un consensus quant à l’organisation de l’élection présidentielle en 2019. Peu après cette rencontre, Makri a proposé de reporter l’élection initialement prévue mi-avril.


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Invité ce lundi 13 mai du forum du quotidien d’État El Moudjahid, Abderrazak Makri s’est finalement expliqué sur sa rencontre avec le frère de l’ex-chef de l’État. « L’initiative du consensus national était publique et devait être discutée entre le pouvoir et l’opposition. Nous nous sommes donc adressés au pouvoir, représenté par la présidence de la République. Cette dernière a mandaté Saïd Bouteflika, en sa qualité de conseiller du président. […] Nous avons déposé l’initiative à la présidence et celle-ci a répondu. Notre rencontre a eu lieu au sein de la présidence de la République », a-t-il précisé.

• Le conclave de Zeralda

Le 19 décembre dernier, Saïd Bouteflika a réuni à Zeralda les responsables des partis de l’alliance de soutien à Abdelaziz Bouteflika, ainsi que son entourage proche. Ont notamment participé à cette rencontre le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre de l’Intérieur et actuel Premier ministre, Noureddine Bedoui, l’ex-ministre de l’Intérieur Tayeb Belaïz, le nouveau président de l’Assemblée nationale Mouad Bouchareb, ainsi que les ex-ministres Amar Ghoul (président du TAJ, parti membre de l’alliance présidentielle), Amara Benyounès et Benamar Zerhouni.


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À cette réunion, qui a porté sur l’avenir politique du pays et sur l’incertitude de la tenue des élections en avril, Ahmed Gaïd Salah n’a pas été convié. En conclave, Saïd Bouteflika a répété, selon nos informations : « Le président ne peut pas faire de cinquième mandat. Sa santé le lâche. Il lui faut une sortie honorable. » Amar Ghoul s’est vu demander si l’armée validait le plan. « Oui, el djeich maana (“l’armée est avec nous”) », aurait-il répondu.

Si aucun des participants n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed

Si aucun des participants à cette rencontre n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger : les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi l’ex-ministre du Commerce Amara Benyounès, l’ex-ministre des Finances Karim Djoudi et l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Ces derniers, entendus dans le cadre de l’affaire Ali Haddad, ont finalement quitté le tribunal en soirée.

Des manifestants à Alger, en mai 2019. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Lors de ce 13e vendredi de marche populaire, les manifestants ont arraché le sigle du Rassemblement national démocratique (RND), le parti d’Ahmed Ouyahia, tout en scandant des slogans hostiles au chef du gouvernement actuel, Noureddine Bedoui. « Non à la mascarade du 4 juillet », « Gaïd Salah dégage », pouvait-on également lire sur les pancartes des protestataires, à l’occasion de ce deuxième vendredi de ramadan.

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