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Cet article est issu du dossier «Golfe : demain, la guerre ?»

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Diplomatie

Attaques dans le Golfe : l’Arabie saoudite réplique, les Émirats « très prudents »

Le roi Salman d'Arabie saoudite (2e d.), tenant la main de l'émir du Koweït, en marge du sommet du Conseil de coopération du Golfe, dimanche 9 décembre 2018 à Riyad (image d'illustration). © AP/SIPA

Avec le sabotage de quatre pétroliers au large des côtes émiraties, puis l’attaque de drones, revendiquée par les Houtis, contre deux pipelines saoudiens, le Golfe a connu une semaine sous haute tension. Les Émirats jouent l’apaisement, tandis que l’Arabie saoudite hausse le ton.

Des drones ont attaqué, mardi dernier, deux pipelines appartenant à la compagnie Aramco. L’opération a été revendiquée par les Houtis, l’organisation armée chiite contre laquelle la coalition menée par l’Arabie saoudite se bat depuis 2015 au Yémen. Jeudi, les autorités saoudiennes ont publiquement accusé l’Iran d’être à l’origine de l’incident.


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« Ces attaques terroristes, ordonnées par le régime de Téhéran et exécutées par les Houtis, rendent difficiles les efforts politiques en cours », a affirmé le prince Khalid Ben Salman, vice-ministre de la Défense. Des attaques aériennes visant des cibles militaires « loyales aux Houtis » ont été menées jeudi matin dans un quartier peuplé de Sanaa, la capitale du Yémen, entraînant la mort de plusieurs civils. De son côté, le quotidien Arab News, proche du pouvoir, a appelé dans son édito du jour à des frappes chirurgicales contre l’Iran.

« L’Arabie saoudite accorde une grande importance à la lutte contre l’Iran dans la région et ne se sent probablement pas aussi exposée que les petits pays du Golfe, analyse pour Jeune Afrique Elizabeth Dickinson, spécialiste de la péninsule arabique à l’International Crisis Group. Mais au bout du compte, une escalade du conflit ne servira les intérêts de personne et pourrait créer de nouvelles fractures dangereuses dans une région fragile. »

Abou Dhabi plus « mesuré »

« Ce n’est pas dans notre intérêt qu’une guerre éclate. Nous devons faire tout ce que nous pouvons, non seulement pour l’éviter, mais aussi pour apaiser la situation actuelle », a tempéré Anwar Gargash, le ministre émirati des Affaires étrangères, devant un parterre de journalistes réunis mercredi soir à Dubaï.

Il a affirmé que son pays restait engagé en faveur de la paix, malgré les tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran, et précisé qu’une investigation est en cours avec le soutien de Washington et de Paris pour éclaircir les circonstances du sabotage, dimanche dernier, de quatre pétroliers au large de Fujaïrah : « Nous connaîtrons les résultats dans quelques jours. Nous avons été très prudents et ne voulons pas spéculer jusqu’à ce que ces résultats soient connus [même si l’incident s’est déroulé dans leurs eaux territoriales, Abou Dhabi s’est gardé pour l’instant d’accuser directement la République islamique]. »

L’idéal pour les Émirats, c’est la stratégie de l’endiguement : mettre une pression maximale sur l’Iran, mais sans aller jusqu’au conflit

Un spécialiste des questions de défense dans la région, qui préfère rester anonyme, estime que les conséquences sociales et économiques d’une guerre contre l’Iran seraient dévastatrices pour les Émirats arabes unis, et en particulier pour Dubaï, important hub portuaire qui connecte l’Asie, l’Afrique et le monde arabe.

« L’idéal, pour eux, c’est la stratégie de l’endiguement : mettre une pression maximale sur l’Iran pour que ce dernier cesse ses interventions étrangères, mais sans aller jusqu’au conflit. C’est un équilibre par définition très délicat. » Elizabeth Dickinson juge elle aussi que les Émirats seraient les premiers à souffrir d’un conflit militaire : « Ils sont très conscients du risque, ce qui explique leur attitude mesurée. »

Vers une guerre américano-iranienne ?

Depuis quelques jours, dans le Golfe, tout le monde retient son souffle et se demande si le sabotage de dimanche n’est pas l’incident qui va mettre le feu aux poudres et provoquer le conflit armé tant redouté entre les États-Unis et l’Iran. Jusqu’ici, rien ne prouve pourtant que la République islamique est responsable de cette attaque, mais certains n’ont pas manqué de pointer un doigt accusateur vers Téhéran.

Les dégâts ont été limités : pas de marée noire ni de personnel blessé, et les bateaux ont été maintenus à flot. Mais la charge symbolique est forte, à un moment où les tensions entre l’Iran et les États-Unis sont à leur comble : annonce par John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, du renforcement de la présence militaire américaine dans les eaux du Golfe, inscription des Gardiens de la révolution, le bras armé de la République islamique, sur la liste des organisations terroristes étrangères, extension des sanctions commerciales…


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L’Iran, de son côté, menace de relancer ses activités nucléaires et de fermer le détroit d’Ormuz, route commerciale vitale par laquelle transite un tiers du pétrole mondial transporté par voie maritime. Le sabotage s’est précisément déroulé à quelques encablures de cet endroit, au large du port émirati de Fujaïrah.

Les Émirats, comme l’Arabie saoudite, plaident depuis longtemps pour que Washington adopte une ligne dure envers l’Iran, dont « l’expansionnisme » est considéré comme une menace existentielle. D’autres pays du Golfe, comme Oman et le Qatar, continuent toutefois d’entretenir des relations diplomatiques avec Téhéran.

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