Société

[Chronique] Hommes de l’eSwatini, entre polygame ou prisonnier, choisissez !

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Le roi de l’ex-Swaziland entend-il imposer la polygamie à ses sujets ? Une certaine presse étrangère l’affirme, le régime s’irrite et le bouche-à-oreille fait le reste...

À l’heure où la loi guinéenne semble s’excuser d’autoriser la polygamie, en formulant que « la monogamie devient la règle, sauf ‘accord explicite’ de la première épouse », le roi de l’eSwatini reste fier de ses 14 conjointes et de sa large progéniture évaluée à plus de 25 enfants. Pour que ses sujets lui emboîtent le pas, le monarque envisage-t-il une politique aussi volontariste que répressive ?


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C’est ce que qu’affirmait, le 13 mai dernier, le média en ligne Zambian Observer, en écrivant que le chef de cet État d’Afrique australe aurait menacé ses sujets mâles d’incarcération s’ils ne devenaient pas polygames à partir de juin 2019. Grand seigneur, le souverain aurait non seulement été prêt à prendre à sa charge les frais de noces, mais aussi à fournir un logement pour les nouveaux couples. Entre les monogames écroués et les polygames hébergés, il ne devrait bientôt plus y avoir de SDF dans le royaume…

Démenti des autorités

Mswati III n’étant pas du genre à se plier à des préceptes autres que ceux de son cru, ce n’est pas pour une raison religieuse qu’il entendrait promouvoir les foyers à plusieurs conjointes. L’injonction à l’union multiple serait destinée à absorber la supériorité numérique des femmes sur les hommes dans l’ex-Swaziland.

Il n’est toutefois pas certain que le risque de célibat féminin soit le problème démographique le plus inquiétant de l’eSwatini

Il n’est toutefois pas certain que le risque de célibat féminin soit le problème démographique le plus inquiétant de l’eSwatini. Dans ce petit pays enclavé, dont la population ne dépasse pas un million et demi d’habitants, l’espérance de vie – estimée en 2016 à 57,7 ans – est l’une des plus faibles de la planète, tandis que le royaume posséderait le 31e plus fort taux de mortalité infantile du monde, avec 59,57 ‰ en 2012. Les faibles chances des citoyens d’atteindre le troisième âge s’expliqueraient par un taux de prévalence adulte du VIH/sida de 27,2 %, autre record à l’échelle mondiale. Les deux tiers de la population vivraient par ailleurs sous le seuil de pauvreté.

Les réseaux sociaux se délectant, avec un humour grinçant, des informations présumées du Zambian Observer, les autorités de l’eSwatini ont rapidement réfuté ce qu’elles présentent comme une fake news, démentant la prétendue déclaration royale, dénonçant un journalisme « malfaisant » et « venimeux », évoquant une insulte à la monarchie et à la culture du pays… sans toutefois empêcher que la polémique ne prenne de l’ampleur. Largement moqué pour ses frasques récurrentes, il est vrai que Mswati III a souvent tendu le bâton de l’extravagance pour se faire médiatiquement battre…

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