Économie

100 Africains les plus influents : le continent bien représenté au sein des institutions internationales, malgré des disparités

Ibrahim Assane Mayaki, ancien Premier ministre nigérien et secrétaire exécutif du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (AUDA-NEPAD). © Wikimedia Commons

Comme le révèle le classement Jeune Afrique des 100 Africains les plus influents, de nombreuses personnalités du continent occupent des postes éminents dans les institutions internationales, mais rares sont celles à y occuper les plus hautes fonctions. Explications.

Ngozi Okonjo-Iweala (Banque mondiale), Vera Songwe et Amina J. Mohammed (ONU), Tedros Adhanom Ghebreyesus (OMS), Fatma Samoura (FIFA) ou encore Fatou Bensouda et Chile Eboe-Osuji (CPI) : plusieurs personnalités en bonne place dans notre classement des 100 Africains les plus influents occupent ou ont occupé des postes en vue au sein de grandes institutions internationales.

Découvrir le classement 2019 des 100 africains les plus influents

Mais certaines fonctions restent encore la chasse gardée des Américains et des Européens. Jusqu’à quand ? Ancien Premier ministre nigérien et secrétaire exécutif du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (AUDA-NEPAD), Ibrahim Assane Mayaki décrypte la crise qui traverse en réalité l’ensemble des structures du multilatéralisme mondial.

Jeune Afrique : En février dernier, suite à la démission surprise de Jim Yong Kim, vous avez publié une tribune appelant à nommer un Africain à la tête de la Banque mondiale. Aviez-vous vraiment espoir d’être entendu ?

Ibrahim Assane Mayaki : Non, c’était exclu. Le code qui régit le processus de désignation à la tête de la Banque mondiale prévoit que c’est toujours un Américain qui hérite du poste, et ce code n’a jamais été revu. L’essentiel n’était pas là. Après la nomination du nouveau président, j’en ai discuté avec Ngozi Okonjo-Iweala, qui a été directrice générale. Elle m’a dit qu’il était important de lancer ce type de débat pour faire bouger les lignes.

La Banque mondiale, le FMI, les institutions de Bretton-Woods, tout le multilatéralisme en fait, traversent une crise d’identité

Certains pensaient que Mme Okonjo-Iweala, justement, avaient ses chances. D’autant qu’elle a maintenant la double nationalité nigériane et américaine…

Non, elle n’a jamais eu de chance réelle, et la question n’est pas celle de la double nationalité. Le problème, beaucoup plus large à mon sens, c’est que la Banque mondiale, le FMI, les institutions de Bretton-Woods, tout le multilatéralisme en fait, traversent une crise d’identité. Qui conduit à des questionnements idéologiques du type : est-ce que la vision du développement que porte la Banque mondiale correspond à la réalité de la situation ? Ce sont des débats qui existent au sein même de ces institutions.

Le plus étonnant c’est que malgré cela, le nouveau président de la Banque, David Malpass, a été choisi au sein de la ligne la plus dure du camp de Donald Trump. Cela signifie qu’il est porteur d’une idéologie bien précise, qu’il va essayer de faire prévaloir.

Expliqué comme cela, c’est inquiétant !

Ça peut aussi être une chance. On est déjà à un moment critique pour le multilatéralisme et les institutions en charge de la gouvernance mondiale. Dans le cas de la Banque mondiale, cette crise a déjà atteint son paroxysme et on se retrouve avec, à sa tête, quelqu’un qui est contre le multilatéralisme. Je pense que ça peut radicaliser le débat et produire quelque chose.

Cela ne nous empêche pas de continuer à considérer la Chine comme une alliée possible, mais ne soyons pas naïfs

On dit souvent que la Chine peut être une alliée pour les Africains, notamment sur ces questions de gouvernance mondiale. Est-ce votre avis ?

Les choses ont changé. Avant l’élection de Donald Trump, on était dans un ordre global mondialisé avec ses codes, ses comportements relativement civilisés. Derrière ces apparences, chacun avait sa stratégie qu’il fallait décrypter, bien sûr. L’arrivée de Trump a fait éclater ces codes. Fini le politiquement correct, maintenant les acteurs doivent sortir les gants et montrer leur stratégie réelle. Cela ne nous empêche pas de continuer à considérer la Chine comme une alliée possible, mais ne soyons pas naïfs.

Dans votre tribune, vous expliquiez aussi qu’il y a un certain rejet des institutions internationales en Afrique, aussi bien dans les populations que parmi les élites. Pouvez-vous expliciter ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première : pendant plus de trente ans depuis les indépendances, les politiques économiques ont été gérées conjointement par les organisations comme la Banque mondiale, le FMI et par les technocrates africains. Les résultats n’ont pas été à la hauteur, ce qui a créé le sentiment que ce binôme institutions/technocrates locaux n’améliorait rien.

Deuxièmement, il y a eu l’ajustement structurel et ses mesures très anti-sociales. Et troisièmement, on voit que les recettes proposées par ces institutions n’ont pas changé depuis les années 1960 et ne sont plus adaptées au contexte.


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Pensez-vous que lorsqu’un Africain occupe un poste important dans l’une de ces institutions, cela a des retombées positives dans son pays ?

Il y a tous les cas de figure. Si vous regardez Michel Sidibé, qui a dirigé l’ONUSIDA avant de revenir au Mali comme ministre de la Santé, il peut vraiment mettre son carnet d’adresses et ses compétences à profit pour créer des politiques publiques de santé efficaces. Mais vous avez aussi le cas de ceux qui reviennent en voulant faire de la politique. En Afrique de l’Ouest on les appelle « les porteurs de valises noires ».

En général, ça ne marche pas : ils n’ont plus les bons relais, ils étaient loin, parfois même ils pâtissent de la mauvaise image des institutions où ils ont travaillé… Troisième catégorie : ceux qui reviennent comme universitaires ou consultants, et qui en général ont un rôle positif.

Quels postes pourraient viser des responsables africains dans les grandes institutions mondiales ?

D’abord, il faut souligner que certains ont déjà de hautes fonctions. Tedros Adhanom Ghebreyesus, par exemple, à la tête de l’OMS. Gilbert Houngbo, au FIDA (Fonds international de développement agricole). Amina J. Mohammed, qui est l’adjointe d’António Guterres aux Nations unies et qui pousse des idées africaines. Le problème, encore une fois, c’est que ces organisations traversent une profonde crise d’identité, liée à une crise plus large du multilatéralisme. C’est en gardant cela en tête que les Africains doivent se demander quelles institutions leur permettraient de servir au mieux leurs intérêts et où ils pourraient avoir le plus d’influence.

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