Justice

Algérie : deux procureurs et le patron d’un organe anticorruption limogés

Manifestation contre un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika, dimanche 24 février à Paris.

Manifestation contre un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika, dimanche 24 février à Paris. © Augustin LE GALL/HAYTHAM-REA

Le motif du limogeage de Benaïssa Ben Kathir, procureur général de la cour de justice d’Alger, Khaled el Bey, procureur de la République, et Mokhtar Rahmani, directeur général d’un organe anticorruption, n’a pas été précisé. Ces responsables avaient été nommés sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika.

Le président algérien par intérim Abdelkader Bensalah a limogé jeudi deux procureurs d’Alger, où sont centralisées plusieurs enquêtes récentes visant des personnalités liées au régime du président déchu Abdelaziz Bouteflika, ainsi que le patron de l’organisme de lutte contre la corruption. Le motif de ces limogeages, qui visent des responsables nommés sous la présidence de Bouteflika, n’a pas été précisé.

En charge de l’intérim après la démission le 2 avril du président Bouteflika, Abdelkader Bensalah « met fin aux fonctions de Benaïssa Ben Kathir, procureur général de la cour de justice d’Alger et le remplace par Zermati Belkacem », a indiqué un bandeau défilant sur la télévision pulique.

Procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed, dans le centre de la capitale, Khaled el Bey est également limogé et remplacé par Fayçal Bendaas, tandis que Mokhtar Lakhdari prend la tête de l’Office central de répression de la corruption (OCRC), chargé des enquêtes en matière de corruption, en remplacement de Mokhtar Rahmani, selon ce bandeau.


>>> À LIRE – En Algérie, la grande purge dans les milieux d’affaires proches de Bouteflika


Un mandat d’arrêt contre Chakib Khelil

Belkacem Zermati avait déjà occupé le poste de procureur général de la cour de justice d’Alger (qui regroupe la cour d’appel, la chambre d’accusation et le tribunal criminel) entre 2007 et 2016. Il s’y était notamment fait connaître en émettant en 2013 un mandat d’arrêt international pour « corruption » contre le très puissant ancien ministre de l’Énergie durant dix ans, Chakib Khelil, proche du président Bouteflika. Chakib Khelil était alors à l’étranger et n’était rentré en Algérie qu’en 2016, après l’annulation pour « vice de forme » du mandat d’arrêt et le limogeage de Belkacem Zermati.

La justice algérienne a lancé récemment plusieurs enquêtes pour des faits de corruption contre des personnalités liées au président Bouteflika, resté vingt ans à la tête de l’Algérie. Plusieurs richissimes hommes d’affaires, dont la plupart sont soupçonnés d’avoir obtenu des marchés publics grâce à leurs liens avec l’entourage de Bouteflika, ont été placés en détention provisoire.

De nombreux observateurs craignent qu’elles aient pour double objectif d’apaiser la contestation en lui offrant des personnalités symboles de la corruption, tout en servant de prétexte à une purge au sein du pouvoir dans le cadre de luttes de clans.

Vers un pôle pénal financier placé sous l’autorité de la justice

Un projet de loi sur la lutte contre la corruption déposé en janvier prévoyait la dissolution de l’OCRC au profit d’un pôle pénal financier placé sous l’autorité de la justice. Le projet n’a pu être adopté en raison du mouvement de contestation inédit déclenché le 22 février et qui a contraint Bouteflika à la démission.

Abdelmalek Sellal, Premier ministre entre 2014 et 2017, Ahmed Ouyahia, trois fois chef du gouvernement sous Bouteflika (la dernière fois jusqu’en mars 2019) et plusieurs responsables ont été entendus jeudi au tribunal de Sidi M’hamed, selon l’agence de presse officielle APS. Il n’a pas été précisé s’ils étaient convoqués en tant que témoins ou mis en cause.

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