Politique

Burundi : la justice ordonne la saisie des biens d’opposants en exil

Le président burundais Pierre Nkurunziza à Bujumbura, le 17 mai 2015 © Jerome Delay/AP/SIPA

Le président de la Cour Suprême et le procureur général de la République burundaise ont annoncé la saisie des biens d'opposants en exil et de militaires condamnés pour complicité dans la tentative de coup d'État des 13 et 14 mai 2015.

Quasiment quatre ans jour pour jour après la tentative de putsch de 2015, la justice burundaise a ordonné le 15 mai « la saisie des biens meubles et immeubles se trouvant sur le territoire » appartenant à 32 personnalités, parmi lesquels des militaires ainsi que plusieurs activistes et opposants en exil hostiles au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, afin que ceux-ci soient « exploités par l’État ».

Opposants, militaires et journalistes

Le général Niyombare, du temps de son appartenance à la nomenklatura militaire, à Bujumbura en août 2012. © Martina Bacigalupo pour JA

Ancien chef des renseignements, le général Godefroid Niyombare figure en tête de la liste publiée par le ministère de la Justice

Le général Godefroid Niyombare figure en tête de la liste publiée par le ministère de la Justice. Ancien chef des renseignements, premier chef d’état-major hutu de l’armée burundaise aujourd’hui en exil, il a été l’un des instigateurs du coup d’État contre Pierre Nkurunziza qui briguait à l’époque un troisième mandat controversé.


>>> À LIRE – « Pourquoi nous avons décidé de passer à l’action » : Godefroid Niyombare livre sa version du coup d’État de 2015 au Burundi


On distingue aussi parmi les personnalités visées des opposants politiques comme Jean Minani un des leaders du Cnared, plateforme d’opposition en exil et Alexis Sinduhije, leader du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), que Bujumbura soupçonne d’être à la tête d’une rébellion armée. Tous font l’objet d’accusation de « complicité » dans le putsch de mai 2015. Contacté par Jeune Afrique, le ministère de la Justice n’a pas répondu à nos sollicitations.

L’investiture le 25 avril 2015 de Pierre Nkurunziza comme candidat du CNDD-FDD pour un troisième mandat à la tête du Burundi avait déclenché une vague de protestation dans le pays. Plusieurs rassemblements d’ampleur avaient alors débuté dans la capitale Bujumbura avant d’être violemment réprimés.

Les violences et la répression qui ont accompagné la crise post-électorale auraient fait au moins 1 200 morts et déplacé plus de 400 000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour pénale internationale, qui avait ouvert une enquête sur les crimes commis pendant cette période.

2020 en ligne de mire

Pierre Nkurunziza, le président burundais, lors du lancement de la campagne pour le "Oui" au référendum constitutionnel lancé par le CNDD-FDD (au pouvoir), le 2 mai 2018 à Bugendana, dans la province de Gitega. © STR/AP/SIPA

Le pouvoir souhaite légitimer son action en continuant sa répression contre ceux qu’il accuse d’avoir collaboré avec les putschistes

« Ce n’est pas un hasard si le timing de l’annonce colle avec l’anniversaire du putsch de 2015. Le pouvoir souhaite légitimer son action en continuant sa répression contre ceux qu’il accuse d’avoir collaboré avec les putschistes et d’avoir déstabiliser le pays, il ne faut pas se leurrer derrière ce zèle il y a aussi une logique électoral », estime Innocent Muhozi, patron de Radio-Télé Renaissance qui émet depuis Kigali au Rwanda et figure lui aussi sur la liste, aux côté d’autres journalistes de médias indépendants en exil à l’image de Bob Rugurika de la RPA.

« Nous avons déjà dû nous exiler, qu’est ce que la saisie du peu de biens qui nous restent au Burundi peut faire de plus ? », s’interroge pour sa par Alexis Sinduhije qui voit lui aussi dans cette démarche une logique électorale.

Pierre Nkurunziza, qui avait repris la main de justesse après la tentative du putsch qui s’était déroulé alors qu’il se trouvait à Arusha pour un sommet régional sur la crise burundaise, a depuis raffermi son pouvoir avec le vote en faveur d’une modification de la Constitution en mai 2018. Le texte fondamental l’autorise dans les faits à briguer deux septennats à partir de 2020, mais le président a assuré qu’il ne comptait pas se présenter à nouveau.

Une opposition en exil, mais toujours active

Toujours en exil, une importante partie de l’opposition n’en reste pas moins active en vue de la présidentielle 2020. Réunie les 3 et 4 mai derniers à Kampala à l’initiative de l’ONG finlandaise CMI – Peace broker, des représentants de partis d’opposition internes et externes ont échangé sur les futurs échéances électorales et l’avenir du dialogue inter-burundais, au point mort depuis l’échec du cinquième round des discussion en octobre 2018.

Les participants à la réunion ont adressé une lettre au président ougandais Yoweri Museveni, médiateur dans la crise burundaise, pour lui demander l’organisation d’une nouvelle session de dialogue.

L’idée d’un candidature unique circule dans les rangs de l’opposition, mais certains membres ne cachent pas leur scepticisme. « Il sera très compliqué de parvenir à un compromis », assure le leader d’un parti d’opposition en exil à Jeune Afrique, sous couvert d’anonymat.

Dans le même temps, la principale force d’opposition interne, le Congrès national pour la liberté d’Agathon Rwasa, continue de tenter d’organiser son nouveau parti autorisé en février dernier, mais accuse le pouvoir de mener une importante répression contre son mouvement.

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