Diplomatie

Gabon : Alassane Ouattara chez Ali Bongo Ondimba, l’apaisement après les relations tumultueuses

Alassane Ouattara et Ali Bongo Ondimba, le 15 mai 2019 à Libreville. © DR / Présidence gabonaise

Alassane Dramane Ouattara (ADO) était en visite mercredi 15 mai à Libreville, où il a rencontré son homologue gabonais Ali Bongo Ondimba (ADO). Après une période délicate, la relation entre les deux hommes semble de nouveau au beau fixe.

Le chef de l’État ivoirien a effectué une visite « d’amitié et de travail » au Gabon sur « le renforcement de la coopération bilatérale ainsi que sur les questions régionales, internationales et d’intérêt commun », selon les termes des deux protocoles présidentiels.

Ali Bongo Ondimba et Alassane Ouattara se sont entretenus en tête à tête dans le salon marocain du palais du nord de mer. « Au Gabon, je suis chez moi et j’ai été très heureux de l’invitation de mon frère, de mon ami le président Ali Bongo Ondimba de venir passer quelque temps avec lui », a déclaré le président ivoirien à l’issue de l’entretien.

Vous connaissez les liens personnels que j’ai avec le président Ali Bongo, et voir qu’il est en forme est un bonheur

« J’ai trouvé que le président a bien récupéré et est en bonne forme », s’est réjoui le président ivoirien, qui a invité son homologue à lui rendre en visite, à son tour, dans son pays. « Vous connaissez les liens entre la Côte d’Ivoire et le Gabon, les liens personnels que j’ai avec le président Ali Bongo, et voir qu’il a bien récupéré, qu’il est en forme, est un bonheur », a-t-il conclu.

Relations tumultueuses

Les relations entre ADO et ABO n’ont pourtant pas toujours été aussi simples. Le second avait soutenu le premier lors de la crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011. Le 30 mars 2011, le Gabon, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, avait ainsi appuyé Ouattara en votant la résolution 1975 qui donnait carte blanche à une intervention militaire pour faire partir Laurent Gbagbo.

Quelques années plus tôt, en septembre 2002, Alassane Ouattara, qui venait d’échapper à une tentative d’assassinat, avait même été accueilli à Libreville par le président Omar Bongo Ondimba (OBO). Trois ans plus tard, en 2005, Laurent Gbagbo, excédé par le soutien d’OBO, avait qualifié le président gabonais de « rigolo ». Ce que son fils Ali Bongo Ondimba n’a visiblement jamais oublié.

Le casus belli du hacker

Mais ces liens historiques n’ont pas empêché l’apparition de tensions par la suite. Lors de la présidentielle gabonaise de 2016, Alassane Ouattara a en effet été suspecté par certains proches d’ABO de pencher pour Jean Ping. Alain-Claude Billie By Nzé, alors ministre gabonais de la Communication et porte-parole du candidat Ali Bongo Ondimba, avait d’ailleurs dénoncé, en pleine campagne, l’ingérence de puissances étrangères.

En ligne de mire : le conseiller spécial du président ivoirien, Mamadi Diané. Ce puissant homme de réseaux d’origine guinéenne était alors accusé de soutenir Jean Ping et d’avoir cherché à construire un mécanisme de fraude électorale avec l’aide du hacker Yeo Sihifowa – mais officiellement sans l’aval de son patron, ADO -.

Peu après son élection, ABO avait dû dépêcher à Abidjan son ministre de l’Intérieur de l’époque, Pacôme Moubelet Boubeya, afin de remettre un message « d’union » au président ivoirien et refermer la parenthèse « Mamadi Diané ». Ouattara avait peu à peu coupé ses liens avec Jean Ping. Alors que ce dernier était en visite à Abidjan en décembre 2017, il avait catégoriquement refusé de le recevoir. Depuis, l’entente est cordiale et Mamadi Diané est d’ailleurs revenu aux affaires à Abidjan, en tant qu’ambassadeur itinérant.

Le doute Barro-Chambrier

Mais les griefs ne sont pas totalement oubliés. Le président ivoirien entretient d’ailleurs toujours des liens avec une partie de l’opposition gabonaise et notamment avec Alexandre Barro-Chambrier (ABC). Les deux hommes, qui se sont connus au Fonds monétaire international, s’apprécient et, aujourd’hui encore, se voient régulièrement à Abidjan. « C’est un frère et une personne que j’admire beaucoup », confirmait ABC à Jeune Afrique, voici un an.

Barro-Chambrier, ancien ministre passé à l’opposition, faisait partie des dirigeants de l’Institut international pour l’Afrique, fondé par le président ivoirien en 1999 pour prodiguer conseils et assistance aux gouvernements africains dans leurs relations avec les institutions de Bretton Woods.

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