Politique économique

Maroc : croissance, déficit, emploi… le gouvernement peine à atteindre ses objectifs

Le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

En dépit d’efforts, le gouvernement marocain, arrivé à mi-mandat, ne parvient pas à faire baisser le taux de chômage. Son objectif reste qu’il oscille autour de 8% en 2021

Chose promise, chose due. Du moins sur la forme. Comme il s’était engagé à le faire après son arrivée aux manettes en 2017, le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani, a présenté lundi son bilan à mi parcours devant les deux chambres du Parlement. Et force est de constater que les efforts vont devoir être décuplés s’il veut atteindre les objectifs qu’il s’était fixés d’ici à 2021.

Encore fortement dépendant de l’agriculture – et donc des aléas saisonniers -, et ce, en dépit d’une vraie stratégie de diversification, le taux de croissance économique n’a atteint que 2,8% en 2018. À moins de très fructueuses campagnes agricoles, il sera donc compliqué pour le gouvernement de tenir ses projections d’une croissance comprise entre 4,5 et 5,5 % d’ici à 2021. Pour sa part, le FMI table plutôt sur une allure de 4,2 % à ce même horizon, pour un déficit budgétaire contenu à 3%.


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Surinvestissement

« De fait, le taux d’investissement brut, tout en étant très élevé – de l’ordre de 30% environ depuis 10 ans – ne parvient ni à faire décoller le taux de croissance ni à créer de l’emploi pérenne », souligne l’économiste Najib Akesbi, économiste qui a travaillé l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) de Rabat, qui pointe la mauvaise qualité de ces investissements. « Dans les infrastructures, les constructions sont souvent en décalage avec les besoins réels, comme par exemple l’aéroport d’Oujda, ou l’autoroute Fez-Oujda, tous deux sous-utilisés. »

Un économiste, expert de l’Afrique au sein d’une des plus grandes banques françaises, met également en garde contre « le surinvestissement contre-productif » qui a été fait dans le secteur de la construction immobilière. De nombreux projets de résidences de grand standing ont, par exemple, été menés à bien sans réellement correspondre aux moyens d’une grande majorité de Marocains pour se loger. Malgré les efforts consentis, l’investissement privé, bien qu’élevé (entre 25 et 30% du PIB) reste également peu productif.

Spirale de l’endettement

Résultat, Rabat continue de puiser dans ses réserves de change et de s’endetter. Alors que le gouvernement envisage de ramener l’endettement du Trésor à 60% du PIB d’ici à 2021, ce dernier se fixait encore en 2018 à plus de 65%.

De surcroît, ce taux ne comprend pas la dette contractée principalement en devise étrangère des entreprises nationales – ONCF, ONEE, ADM, notamment – qui atteint des niveaux alarmants. Et, la réforme qui vise à élargir l’assiette fiscale risque de prendre du temps avant de montrer ses premiers effets.


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« Le Maroc est pris dans une spirale de l’endettement », rappelle Najib Akesbi, insistant sur le fait que la somme que les recettes budgétaires – 70 milliards de dirhams – sert essentiellement au paiement de la dette (soit 6,5% du PIB) au lieu d’être investie ailleurs.

Taux de chômage

À court terme, le pays a dû marquer une pause sur sa consolidation fiscale amorcée en 2013 – en raison notamment des tensions sociales – qui lui a valu de voir fin 2018 sa perspective dégradée par Moody’s (de positive à stable) en fin d’année dernière.

« L’enjeu à brève échéance sera de voir si le Maroc parvient ou pas à stabiliser ses ratios d’endettement », relève l’économiste français expert de l’Afrique, même si, selon lui, le point de focalisation reste la création d’emplois et la réforme du système éducatif.

Particulièrement problématique, le taux de chômage ne parvient pas à descendre en-deçà du taux officiel de 10% (et plutôt de 25% pour les 15-24 ans, selon le Haut-Commissariat au Plan), alors que l’objectif est de le ramener vers 8,5% en 2021.

Selon ce spécialiste du continent, « le bilan dressé par Saâdeddine El Othmani démontre que les problèmes sociaux structurels que sont le chômage et les inégalités, notamment régionales, sont plus difficiles à résoudre que ne l’avait imaginé le gouvernement. Certes, il n’y a pas d’explosion sociale malgré les récents mouvements, mais les tensions perdurent ».

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