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Engrais : levée des charges contre OCP au Kenya, une avancée face à la concurrence saoudienne

OCP détient les plus grandes réserves de phosphates au monde. © Alexandre Dupeyron pour JA.

La justice kényane a décidé de retirer les charges retenues contre OCP Kenya et ses administrateurs, en plus de relâcher une cargaison du groupe marocain. Une victoire juridique importante pour le phosphatier qui ambitionne de s'imposer en Afrique de l'Est, une région où la concurrence saoudienne est rude.

La sobriété du communiqué délivré par l’Office chérifien du phosphate (OCP) ce samedi 11 mai indique sans doute mal le soulagement de ce géant marocain.

« Le Procureur du Kenya a annoncé aujourd’hui que les charges retenues contre OCP Kenya et ses administrateurs depuis le 22 juin 2018 sont retirées. (…) De même, il a ordonné la libération immédiate et inconditionnelle de la cargaison des engrais mise en cause dans le cadre de cette procédure », peut-on lire dans le communiqué du groupe marocain.

Les charges en question avaient été retenues en juin 2018 : le Kenya Bureau Of Standards (Kebs) estimait alors qu’une livraison d’environ 6 000 tonnes d’engrais de l’OCP ne respectait pas les normes en matière de teneur en mercure.

Depuis cette date, les équipes du géant marocain de l’engrais ont été mobilisées sur ce dossier épineux. Des employés du siège de Casablanca ont été plusieurs fois dépêchés à Nairobi pour tenter de trouver une issue à l’affaire. Et pour cause : l’Afrique est désormais au cœur de la stratégie de développement du groupe. L’Afrique de l’Est, où l’agriculture est souvent le premier ou le deuxième secteur d’activité, constitue en particulier l’une des priorités du groupe. En Tanzanie, elle contribue ainsi à hauteur de 30 % du PIB environ, au Kenya à plus de 25 % et en Éthiopie à plus de 40 %.

En 2016, dans la foulée de la création d’OCP Africa, le groupe a créée plusieurs filiales africaines, parmi lesquelles OCP Tanzanie, OCP Kenya et OCP Éthiopie. En 2017, le groupe a exporté 2,5 millions de tonnes de produit sur le continent, contre 1,7 million en 2016. En même temps qu’elles géraient la crise kényane, les équipes d’OCP ont donc continué à travailler à l’expansion du groupe dans la région. En février dernier, à Marrakech, l’invité de marque de la dixième édition de l’Argus Africa Fertilizer, sponsorisé par le groupe OCP, n’était autre que Japhet Hasunga, ministre tanzanien de l’Agriculture.

Rude concurrence du saoudien Maaden

Mais en Afrique de l’Est, OCP rencontre une forte concurrence. Celle de Maaden, le champion saoudien des engrais. L’Afrique de l’Est, et particulièrement la Corne de l’Afrique, sont des régions naturelles d’évolution du capital et des industriels du Golfe persique. Le patron de Maaden, Khalid al Mudaifer, s’est rendu à Nairobi en avril 2018. Et le Saoudien a des ambitions : en avril dernier, Maaden a mis la main sur Meridian Group, un important distributeur d’engrais sur le continent.

OCP n’a pas été la première entreprise à se retrouver confrontée à la problématique des normes en matière de teneur en métaux lourds dans la région. Le groupe Yara International, basé à Oslo, a déjà connu des déboires similaires. À en croire la presse kényane, les normes concernant la teneur en cadmium établies par les autorités compétentes du Kenya ont par ailleurs crée un quasi-monopole de fait dans le pays en faveur de Maaden. L’entreprise saoudienne a déjà publiquement appelé à réduire les teneurs autorisées, il y a quelques années, avec d’autant plus de force que celles de ses propres produits est plutôt faible.

La décision des autorités kényanes, s’il elle a secoué le groupe, n’était pas une première pour OCP. En 2016, une livraison par une maison de commerce japonaise d’engrais constitués à partir d’intrants d’OCP avait été refusée par les autorités tanzaniennes. La cause invoquée : une teneur trop élevée en cadmium.

Mais la même année, le roi Mohammed VI effectuait une visite en Tanzanie dans le cadre d’une tournée est-africaine. Dans la délégation royale, on retrouvait notamment Mostafa Terrab, PDG d’OCP. Ce dernier avait signé avec la Tanzanian Fertilizer Company un « mémorandum d’entente pour le développement du marché des engrais et de l’agriculture », qui prévoit notamment « l’approvisionnement de la Tanzanie en engrais à base de phosphate à des prix compétitifs », selon l’agence de presse officielle marocaine MAP. Depuis, des dizaines de milliers de tonnes de phosphate ont été livrées à la Tanzanie.

Dans la région, le groupe marocain a aussi lancé différents programmes : « l’OCP School lab » en Tanzanie, la caravane agricole de la Fondation OCP au Rwanda… Formations, soutien à la cartographie des sols, accompagnements des agriculteurs font partis d’un soft power sur lequel le groupe parie aussi.

L’Éthiopie et Djibouti en ligne de mire

De quoi écarter la concurrence saoudienne ? Le jeu est serré. OCP comptera sur ses investissements dans la Corne de l’Afrique. En 2016, le Maroc a lancé avec l’Éthiopie un projet de réalisation d’une plateforme pour la production d’engrais dans ce pays. Un projet nécessitant un premier investissement record de l’entreprise publique en dehors des frontières marocaines, à hauteur de 2,4 milliards de dollars. Le méga-projet intègre Djibouti, un pays dans les radars saoudiens, et qui accueillera une plateforme de stockage.

En février 2019, dans la foulée de la rencontre entre le chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, la création de PanAfrican Fertilizer, une entreprise de droit éthiopien codétenue par OCP et l’Ethiopian Chemical Industry Corporation, a été officialisée. Le groupe marocain ne pourra sans doute pas faire l’économie d’investissements afin d’offrir à ses clients des engrais à faible teneur en métaux lourds, mercure, uranium ou cadmium.

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