Politique

Rwanda : Victoire Ingabire auditionnée par le Rwanda Investigation Bureau

Cette photo du 7 avril 2010 montre l'opposante rwandaise Victoire Ingabire à son domicile de Kigali. © Bertrand GUAY / AFP

Victoire Ingabire a été convoquée par le Rwanda Investigation Bureau (RIB) lundi matin, qui l'accuse d'avoir organisé une réunion publique sans autorisation. Par ailleurs, une vidéo a été publiée dans laquelle plusieurs individus qui disent avoir participé à la rencontre accusent la présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU-Inkingi) de conduire un recrutement sur une base ethnique. L'opposante dément.

Huit mois jour pour jour après sa libération anticipée, Victoire Ingabire a de nouveau affaire à la police rwandaise. La présidente des FDU-Inkingi, parti d’opposition qui n’est pour l’instant pas enregistré au Rwanda, organisait samedi 11 mai une réunion publique dans un hôtel du secteur de Kigina, dans le district de Kirehe, dans l’est du Rwanda. Problème : cette réunion n’avait, selon le Rwanda Investigation Bureau, pas été autorisée au préalable.

« Victoire Ingabire a été convoquée à venir au RIB pour des investigations liées à la tenue d’une réunion sans autorisation préalable à Kirehe samedi dernier », confirme Modeste Mbabazi, porte-parole du RIB. Selon l’opposante, récemment libérée après huit années de détention, cet événement avait pour but de rencontrer ses sympathisants et de recruter de nouveaux adhérents pour son parti. Victoire Ingabire assure que la manifestation a été perturbée par une une dizaine d’individus – dont un représentant des autorités locales -, qui auraient, toujours selon la présidente des FDU, donné l’ordre de tabasser son assistant.

« Ne recrutez pas les Tutsi »

Le lendemain de la réunion, le site d’information rwandais Kigali Today diffusait sur YouTube une vidéo amateur dans laquelle quatre jeunes hommes, qui assurent avoir participé à la réunion de Kigina, accusent Victoire Ingabire de s’être livrée à cette occasion à des activités de recrutement sur une base ethnique. « Elle nous a dit qu’elle voulait que nous rejoignions son parti politique et que nous l’aidions à recruter à une condition : “Ne recrutez pas les Tutsi parce que je ne les aime pas” », témoigne l’un d’eux, selon des propos rapportés par le site KT Press. « Elle a dit : “Concentrez-vous sur les Hutus, surtout les ex-combattants” », cite encore le média rwandais.

J’ai la liste des personnes que j’ai rencontrées. Ceux qui sont dans la vidéo n’étaient pas invités à notre rencontre

Les déclarations de l’enregistrement tomberaient notamment sous le coup de la loi sur le « divisionnisme ». La présidente des FDU, elle, conteste la véracité des accusations proférées dans la vidéo et assure se battre pour « une opposition libre et constructive ».

« Ce sont plutôt mes agresseurs qui apparaissent dans la vidéo. J’ai la liste des personnes que j’ai rencontrées. Ceux qui sont dans la vidéo n’étaient pas invités à notre rencontre, ils ont accompagné le secrétaire exécutif du secteur de Kigina, qui a donné l’ordre de tabasser mon assistant », assure-t-elle. L’incident que l’opposante rapporte intervient alors qu’Anselme Mutayimana, son ancien assistant, avait été retrouvé mort le 9 mars dernier dans des circonstances qui n’ont toujours pas été élucidées.

Libération anticipée

Ce n’est pas la première fois que Victoire Ingabire est visée par de telles accusations. En 2010, elle avait déclenchée la polémique lors d’une intervention au mémorial de Gisozi, à Kigali. Tout en reconnaissant la réalité du génocide commis contre les Tutsi, Victoire Ingabire avait alors insisté sur la nécessité que soient également pris en compte, dans ce lieu symbolique, les crimes de masse commis contre des Hutu. Un discours passible de poursuites au Rwanda, au titre des lois réprimant le « divisionnisme » et le « négationnisme ».

L’opposante effectuait à l’époque son retour au pays après seize ans d’exil aux Pays-Bas. Avant de présider les FDU, elle avait notamment officié comme dirigeante de la branche néerlandaise puis internationale du Rassemblement pour le retour des réfugiés et de la démocratie au Rwanda (RDR), parti en exil.


>>> À LIRE – Rwanda : l’aventure ambiguë de Victoire Ingabire


Cette formation, créée en 1995, est tristement célèbre pour sa section camerounaise, qui réunissait à une époque trois des principaux génocidaires rwandais : Théoneste Bagosora, Ferdinand Nahimana et Jean Bosco Barayagwiza – tous signataires en 1996 d’un texte ouvertement négationniste intitulé : « Le Conseil de sécurité de l’ONU induit en erreur sur le prétendu génocide des Tutsi au Rwanda ».

Alors qu’elle entendait se présenter face à Paul Kagame lors de la présidentielle de 2010, les poursuites judiciaires dont elle a fait l’objet avaient été interprétées, par ses partisans mais aussi par plusieurs ONG de défense des droits de l’homme, comme une tentative de museler l’opposante. Condamnée en appel en 2013 à quinze ans de prison pour « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre, minimisation du génocide de 1994 et propagation de rumeurs dans l’intention d’inciter le public à la violence », Victoire Ingabire a bénéficié le 15 septembre dernier d’une libération anticipée sous conditions, parmi lesquelles l’obligation de se présenter au bureau du procureur une fois par mois, et l’interdiction de quitter le territoire sans l’autorisation du ministre de la Justice.

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