Société

Wided Bouchamaoui, Nobel de la Paix 2015 : « La révolution tunisienne n’est pas un échec ! »

Wided Bouchamaoui, ex-patronne des patrons tunisiens.

Wided Bouchamaoui, ex-patronne des patrons tunisiens. © Ons Abid pour JA

L'ex-patronne des patrons tunisiens était de passage à Paris lundi 13 mai pour participer à la seconde conférence de l'ONG Leaders pour la paix. Entre deux rendez-vous, elle évoque pour Jeune Afrique la situation économique de son pays et les inquiétudes suscitées par le chaos libyen.

Le dialogue national, elle connaît. C’est en effet sous sa direction que l’Utica (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat) a obtenu en 2015 le prix Nobel de la Paix pour sa participation au Quartet du dialogue national.


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Forte de cette expérience, Wided Bouchamaoui a intégré le conseil de l’ONG Leaders for Peace, dirigée par l’ex-Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin et qui œuvre à la prévention des conflits.

Jeune Afrique : Vous avez proposé en 2012 de décréter « l’état d’urgence économique » pour la Tunisie. Sept ans après, quelle est la situation ?

Wided Bouchamaoui : Aujourd’hui, nous sommes plus que dans l’état d’urgence. Nous avons besoin de faire vite car il y a de nombreux problèmes. Par exemple, pour ce qui est du poids de l’informel dans l’économie tunisienne, il faut réintégrer ceux qui sont prêts à travailler de manière légale : ceux qui paient leurs charges et leurs cotisations sociales, ceux qui s’acquittent de l’impôt. Les importations doivent aussi être mieux contrôlées. Nous devons également prendre des mesures pour sévir contre les violations sanitaires, mettre en place des restrictions plus sévères.

Selon vous, comment endiguer la « fuite des cerveaux » ?

De mon point de vue, ceux qui partent à l’étranger vont acquérir une expérience et reviendront en Tunisie. Ce n’est pas un problème en soi : ils seront les ambassadeurs de la Tunisie, et démontreront à l’étranger les compétences tunisiennes. La Tunisie formera toujours de nouvelles compétences.

On parle beaucoup des difficultés post-révolutionnaires de la Tunisie. Quelles sont, a contrario, les principales réussites de la révolution ?

Il y a des succès grandioses. Nous sommes un pays démocratique où existent la liberté de presse et la liberté d’expression. Notre offre politique est plurielle, nous respectons les droits de l’homme, de la femme. Il y a eu beaucoup d’acquis. Ce qui n’a pas suivi, c’est l’économie. On s’est trop occupés de politique, et on n’a pas su faire les réformes nécessaires du fait des changements de gouvernements. Mais la révolution n’est pas un échec !

Comment la situation en Libye peut-elle impacter le voisin tunisien ?

La Libye, c’est la continuité de la Tunisie sur le plan des traditions. C’est notre voisin, et ce qui se passe dans ce pays nous chagrine énormément. Nous n’avons pas vu de solution qui venait réellement des Libyens eux-mêmes. L’insécurité qui règne là-bas affecte gravement la Tunisie.


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L’absence d’institutions et d’autorités encourage la contrebande, et donc l’économie informelle chez nous. Moi, j’ose dire que les Libyens trouveront eux-mêmes la solution pacifique. C’est un beau pays. Ce chaos ne peut perdurer.

Selon votre expérience de dialogue national, qu’est ce qui ne fonctionne pas dans le dialogue interlibyen ?

Chez nous, nous avons refusé toute intervention étrangère. La société civile tunisienne a organisé elle-même son dialogue national. C’est ce qui fait la différence. Vu les ressources de la Libye, il y a eu beaucoup d’interventions extérieures. Je reste convaincue que la solution se fera avec et par les Libyens.

Sur un plan plus personnel, on a parlé récemment de vous à la tête de l’Union pour la Méditerranée. Avez-vous des ambitions politiques ?

Pour le moment, je suis impliquée dans la société civile. Je fais beaucoup de bénévolat et je m’y épanouis. Je fais tout pour rehausser l’image de la femme entrepreneure en Tunisie, et plus généralement celle du pays et de sa société civile. C’est ce qui m’importe le plus.

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