Entreprises & marchés

E-commerce : Jumia présente des résultats mitigés pour début 2019, après des accusations de fraude

Dans l'un des entrepôts de Jumia au Kenya. © Jumia

Accusé de « fraudes » par le cabinet Citron Research, concernant ses informations adressées aux autorités boursières américaines, Jumia doit faire face à la chute des ses actions en bourse et à des résultats mitigés pour le premier trimestre 2019.

Qualifiés d’« exceptionnels », les résultats financiers de Jumia au premier trimestre 2019, présentés lundi 13 mai en conférence de presse, ont difficilement caché des pertes toujours en hausse (voir encadré ci-dessous). Depuis sa fondation en 2012, Jumia a enregistré des pertes cumulées d’environ un milliard de dollars, dont 195,2 milliards en 2018, pour un chiffre d’affaires de 149,6 millions de dollars.

Après son introduction remarquée au New York Stock Exchange (NYSE) début avril, la figure du proue du e-commerce en Afrique, dont les actions avaient ainsi gagné plus de 200% après son IPO, a vue ses gains largement effacés (80%) la semaine dernière, après la publication d’un rapport de Citron Research. Ce cabinet d’analyse financière y accusait Jumia de « fraudes » dans ses déclarations préalables à son introduction au NYSE. Des accusations et une chute du cours des actions suffisamment importantes pour que Citigroup Global Markets Inc, l’une des banques d’investissement de Jumia, suggère au groupe de dévoiler plus en détail l’évolution de ses performances sur la période concernée (voir encadré).

En s’appuyant sur une présentation confidentielle de Jumia, faites à ses investisseurs en octobre 2018, Citron Research affirme en effet dans son rapport qu’il existe « d’importantes divergences » entre les chiffres du dossier d’introduction en bourse et ceux présentés aux investisseurs cinq mois plus tôt.

Selon le cabinet d’analyse financière, Jumia comptait, dans son rapport de 2018, 2,1 millions clients et 43 000 vendeurs actifs, alors que dans sa déclaration faite aux autorités boursières new-yorkaises, le e-commerçant affichait 2,7 millions clients actifs et 53 000 vendeurs.

41 % de commandes inabouties ?

« Afin d’obtenir plus d’argent auprès des investisseurs, Jumia a gonflé de 20 à 30 % le nombre de ses consommateurs et vendeurs actifs », explique le cabinet pour appuyer ses accusations de « fraudes ».

Selon l’observateur, Jumia a également omis de présenter aux autorités boursières ses 41 % de commandes retournées, non livrées ou annulées, comme elle l’indiquait pourtant dans son rapport confidentiel. À la place, Jumia affirmait aux autorités que « des commandes représentant 14,4 % du volume brut de marchandises étaient soit des livraisons échouées, soit retournées par (ses) consommateurs » en 2018, laissant ainsi Citron Research en déduire que près de 30 % des commandes ont été annulées la même année.


>>> À LIRE – E-commerce : Jumia en quête d’équilibre


« Lorsqu’une entreprise courtise des investisseurs avant son IPO, et quelques mois plus tard omet des faits importants et modifie ses indicateurs financiers clés pour donner l’impression que son activité est viable, c’est une fraude sur titres », affirme l’observateur.

Citron Research a fait de la publication de rapports sur des groupes côtés en bourse sa spécialité. Le bureau a participé à l’effondrement du cours du groupe pharmaceutique Valeant en 2015, après avoir suscité des craintes sur son endettement et ses pratiques comptables. De son côté, le fondateur de Citron Research – Andrew Left, un analyste controversé – , a été cité dans plusieurs affaires de « short selling », technique permettant de réaliser d’intéressantes plus-values en revendant des actions en chute. En 2016, un tribunal chinois lui avait notamment interdit d’exercer ses activités à Hong Kong pendant cinq ans, en raison d’allégations « fausses et trompeuses » contenues dans un rapport publié en 2012 sur le promoteur immobilier chinois Evergrande.


« D’excellents résultats » au premier trimestre 2019

Les résultats financiers présentés le 13 mai n’ont pas encore été audités, mais dans son rapport d’activité pour le premier trimestre de 2019, Jumia fait état de chiffres qualifiés « d’excellents ». Est notamment mise en avant l’augmentation de 58 % de son volume brut de marchandises vendues par rapport au premier trimestre 2018, menant à une augmentation de 102 % de ses revenus tirés de l’activité de marketplace (plateforme de mise en relation entre clients et vendeurs). En revanche, sur la même période, les pertes du groupe ont continué d’augmenter : elles étaient de 45,8 millions de dollars en 2019, contre 34,1 millions l’année précédente.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte