Économie

Samir Gadio : « Une vague d’obligations émises par des États africains a rencontré l’intérêt des investisseurs »

Samir Gadio, responsable Afrique marché obligataire pour la banque Standard Chartered, revient pour « Jeune Afrique » sur les raisons du succès actuel de nombreux pays africains sur les marchés financiers internationaux. Et les risques éventuels.

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Mis à jour le 1 août 2014 à 17:41

Samir Gadio est analyste chez Standard Chartered. DR

Les émissions d’eurobonds par les pays africains, toujours plus nombreuses, suscitent l’intérêt des marchés. Cela contraste avec la situation, il n’y a pas si longtemps, durant laquelle les titres africains étaient rares sur les places financières internationales – on se souvient notamment des Brady bonds de la Côte d’Ivoire et du Nigeria. Mais il a fallu attendre que la plupart des économies de la région bénéficient d’un allégement substantiel de leur dette extérieure, et qu’elles passent par un processus d’ajustement structurel pour que des eurobonds africains arrivent plus nombreux sur les marchés.

La politique monétaire souple de la Réserve fédérale américaine y a beaucoup contribué en maintenant des rendements modestes sur les bons du Trésor américains et des conditions de liquidité favorables. Une première vague d’émissions (les Seychelles en 2006 puis le Ghana, le Gabon et le Congo-Brazzaville en 2007) fut stoppée par la crise de 2008-2009.

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Taux raisonnables

Une nouvelle vague a permis récemment à des émetteurs tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Kenya de rencontrer une demande très importante pour leurs eurobonds, avec des taux de rendement qui restaient raisonnables. Les investisseurs commencent également à s’intéresser aux eurobonds émis par le secteur privé africain (tout dernièrement : First Bank of Nigeria, bientôt Ecobank ou Seven Energy).

Quels sont les risques ? Une remontée des taux américains affectera la valeur des eurobonds, en Afrique comme ailleurs. Les fondamentaux macroéconomiques doivent aussi être pris en compte : ce n’est pas un hasard si les obligations libellées en dollar du Ghana s’échangent avec une prime importante par rapport aux autres titres africains… Le risque de change est enfin un facteur essentiel : les emprunts se font en dollars pour des revenus en monnaie nationale. »

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