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Soudan : l’armée propose une reprise des discussions sur une transition

L’armée soudanaise a proposé de reprendre les discussions sur un transfert du pouvoir à une autorité civile, qui étaient au point mort, a annoncé samedi la coordination du mouvement de protestation au Soudan.

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Mis à jour le 11 mai 2019 à 17:05

Des manifestants à Khartoum, capitale du Soudan, le 9 avril 2019. © AP / SIPA

Des milliers de manifestants campent devant le QG de l’armée à Khartoum pour demander au Conseil militaire qui a pris les rênes du pays après l’éviction du président Omar el-Béchir il y a exactement un mois le 11 avril, de céder le pouvoir à une administration civile.

Mais les pourparlers entre les dirigeants de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, et le Conseil militaire butent sur des divergences.

« Nous avons reçu un appel du Conseil militaire à reprendre les négociations », a indiqué l’ALC dans un communiqué, disant être prête à y participer mais sans donner de date pour les prochaines rencontres.

Les deux parties divergent sur la composition d’un organe appelé à remplacer le Conseil militaire. L’ALC veut qu’il soit dominé par les civils tandis que l’armée cherche à ce qu’il comprenne une majorité de militaires.

Les généraux au pouvoir veulent en outre garder la Charia (loi islamique) comme source de la législation.

L’ALC a indiqué dans son communiqué avoir identifié les points de désaccord et proposé de parvenir à les résoudre en l’espace de « 72 heures » à partir du début des discussions.

Les concessions faites aux manifestants n’ont jusque-là pas entamé la détermination de ces derniers.

Omar el-Béchir a été arrêté et est détenu à la prison Kober comme d’autres responsables de son régime. La justice a également promis de poursuivre les responsables de la mort de personnes dans les manifestations qui ont commencé le 19 décembre.

Bras de fer

Le mois dernier, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) qui dirige le mouvement de protestation, a remis aux généraux ses propositions pour l’autorité civile qu’elle appelle de ses voeux.

Les généraux ont répondu en exprimant « beaucoup de réserves », reprochant notamment à l’ALC d’avoir omis de mentionner que la Charia (loi islamique) doit demeurer la source de la législation.

L’ALC a riposté en accusant les militaires de « vouloir prendre en otage la révolution ».

Khaled Omar Youssef, l’un des leaders de manifestants, a agité mercredi la menace d’un mouvement de désobéissance civile face à ce qu’il considère comme les atermoiement des généraux.

Ces derniers subissent aussi des pressions de la part des États-Unis et de l’Union africaine pour procéder à un transfert en douceur du pouvoir.

Pression américaine

Mercredi, le numéro deux du département d’État américain, John Sullivan, s’est entretenu au téléphone avec le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil militaire de transition.

Il a lui demandé « d’aller rapidement vers un gouvernement intérimaire dirigé par des civils » et de trouver un accord avec les meneurs de la contestation réunis au sein de l’ALC.

Face à ces pression, les généraux peuvent compter sur soutien de puissances arabes régionales comme l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et l’Egypte.

Ryad et Abou Dhabi ont annoncé une aide de trois milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) au Soudan où la crise économique a provoqué le raz-de-marée qui a emporté Omar el-Béchir.

Certains restent toutefois optimistes. Les militaires transfèreront le pouvoir si les meneurs de la contestation leur présentent « une forme de gouvernement civil crédible et viable » sur le long terme, a ainsi estimé Sadek al-Mahdi, chef du principal parti d’opposition.

« Parce qu’ils savent que s’ils se contentent d’une dictature militaire, ils seront dans la même situation que Béchir », a-t-il ajouté dans un entretien avec l’AFP début mai. C’est le gouvernement élu de Sadek al-Mahdi que l’ancien président avait renversé lors d’un coup d’État soutenu par les islamistes en 1989.