Société

[Chronique] Nigeria : haro sur le terrorisme à deux roues

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Sept États du nord du Nigeria interdisent désormais l'utilisation des motos trop souvent utilisées par les terroristes de Boko Haram.

En scrutant les marchés africains, les producteurs de deux-roues ne cessent de se frotter les mains. Rapport après rapport, les organismes comme le Centre africain de veille et d’intelligence économique (Cavie) distillent que l’avenir de la mobilité passera toujours, sur le continent, par les deux roues. Accessibles aux classes moyennes encore trop moyennes, les versions motorisées de ces moyens de transport constituent les deux tiers des véhicules en circulation. C’est un contretemps commercial bien inattendu qui pourrait contrarier la croissance économique des distributeurs de motocyclettes : un nombre de plus en plus important d’États du Nigeria interdit désormais l’utilisation des motos…

Après Katsina, Kano, Kebbi, Zamfara, Sokoto et Kaduna, c’est Adamawa, dans le nord-est du pays le plus peuplé d’Afrique, qui vient d’instaurer cette prohibition, portant donc à 7 sur 36 le nombre des États nordistes qui la pratique. Après celle de Borno, cette région nigériane est considérée comme la deuxième la plus touchée par une insécurité alimentée par des raids des éléments de Boko Haram. Or, pour mener ses divers attentats, le mouvement salafiste utilise fréquemment les motos comme moyen de transport.


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 Discrètes et légères

Cet emploi létal des deux-roues ne s’explique pas seulement par la pauvreté présumée des terroristes. La moto est légère, facile à dissimuler, discrète dans son approche, idéale pour un repli rapide dans une zone cahoteuse. C’est la raison pour laquelle les jihadistes du « Sahelistan » la prise également, notamment lors de leurs incursions du Mali vers le Burkina Faso. Quant aux talibans, ils ont même transformé les deux-roues en tombeaux pour kamikazes. C’est à l’aide d’un vélo qu’un attentat suicide fit 16 victimes, dont quatre soldats tchèques de l’OTAN, en 2014 en Afghanistan.

Menacés dans leur chair, les citoyens désargentés mis à pied – au sens propre – subissent donc une double peine. Comme certaines ferventes musulmanes congolaises qui avaient appris, en mai 2015, l’interdiction du voile intégral dans les lieux publics. Au Nigeria voisin, certaines burqas avaient également permis à des meurtriers de dissimuler des explosifs.

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