Elections

Algérie : l’élection présidentielle aura-t-elle lieu le 4 juillet ?

Le président algérien par intérim, Abdelkader Bensalah. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Le chef de l’État intérimaire, Abdelkader Bensalah, ne cesse de répéter que le scrutin présidentiel se tiendra comme prévu le 4 juillet, mais la rue et la plupart des partis politiques y sont défavorables. Alors que l'issue de ce bras de fer apparaît très incertaine, quelle forme pourrait prendre une éventuelle période de transition ?

Jeudi 9 mai, le chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah a reçu le Premier ministre Noureddine Bedoui. Au cours de cette audience, qui a porté sur « l’examen de la situation politique et économique du pays », le chef du gouvernement a présenté « un exposé exhaustif sur le déroulement des préparatifs de la prochaine élection présidentielle, à savoir la révision exceptionnelle des listes électorales, la poursuite du retrait des formulaires de candidature ainsi que les dispositions liées aux aspects matériels mis en place par le gouvernement », a explicité l’agence de presse officielle APS.

Comme lors de sa dernière adresse à la nation, dimanche 5 mai, Abdelkader Bensalah a rappelé « l’impératif de respecter les délais et les échéances prévus par la Constitution et les lois de la République, en assurant les conditions et mécanismes nécessaires pour le bon déroulement de cette importante échéance, en toute transparence, régularité et objectivité », insistant sur l’importance de « maintenir tous les canaux de concertation et de dialogue ouverts avec toutes les instances et partenaires concernés par l’élection du 4 juillet ».


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Malgré cette volonté affichée d’organiser le scrutin à la date prévue, la marge de manœuvre du pouvoir s’est considérablement rétrécie ces dernières semaines. Les ministres sont régulièrement pris à partie lors de leurs déplacements, des magistrats refusent d’encadrer l’élection présidentielle et des maires de plusieurs wilayas n’ont pas pu procéder à certaines mesures réglementaires pré-scrutin. À une douzaine de jours de la fin du délai de retrait des formulaires de candidatures au niveau du ministère de l’Intérieur, aucune candidature sérieuse n’a pour l’instant émergé.

« Bensalah lui-même pense que cette échéance est impossible à tenir compte tenu de la situation du pays. Il a été obligé de prononcer ce discours en appui aux propositions du chef de l’état-major Ahmed Gaïd Salah », confie à Jeune Afrique un ministre en poste.

Un processus de consultation politique grippé

Abdelkader Bensalah a ainsi boudé sa propre conférence de consultation avec les partis et personnalités politiques, qui a finalement été animée le 22 avril par le secrétaire général de la présidence, Habba El Okbi, dans une salle de conférence du Palais des nations quasi vide. C’est ce que rappelle notre source, ajoutant : « Pour la première fois de sa vie, Bensalah n’a pas appliqué à la lettre les directives qu’il a reçues. »

Le chef de l’État par intérim ne bénéficie pas non plus du soutien des habituels partis gravitant autour du pouvoir. Ainsi, les premiers responsables du FLN, du RND, du MPA et du Taj ne se sont pas déplacés pour assister à cette rencontre, et se sont abstenus d’appuyer l’appel à un nouveau round de dialogue.

Le maintien de la date de la présidentielle sonne comme une fin de non-recevoir aux aspirations de changement, a asséné le Parti des travailleurs

Après son discours du 5 mai, Abdelkader Bensalah a été critiqué frontalement par plusieurs partis de l’opposition, qui l’accusent d’aggraver la crise. « Le maintien de la date de la présidentielle contre l’avis de l’écrasante majorité, confisquant ainsi le droit du peuple à trancher sur la nature du régime et des institutions à mettre en place, sonne comme une fin de non-recevoir aux aspirations de changement », a asséné le Parti des travailleurs (PT) – dont la secrétaire générale, Louise Hanoune, a été incarcérée jeudi en lien avec l’enquête sur Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag. Un membre du bureau politique du PT n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier l’allocution présidentielle, qui parlait de « manigances » et de « complots », « d’insulte intolérable à la révolution du peuple ».

Le scrutin présidentiel maintenu le 4 juillet ne « mobilisera que ses promoteurs et sa clientèle », prédit de son côté Hakim Belahcel, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS). L’islamiste Abdallah Djaballah, président du Front de la justice et du développement (FJD), reproche quant à lui à l’armée nationale de maintenir Bensalah à la tête de l’État à l’encontre de la volonté populaire. Soufiane Djilali, président de Jil Djadid, ne comprend pas non plus cette volonté d’aller vers cette élection alors que « les conditions ne sont pas réunies ».

MSP, FLN et Benflis favorables au « dialogue »

En revanche, l’appel au dialogue lancé par le général Gaïd Salah a été accueilli favorablement par certaines formations politiques. « Le MSP [Mouvement de la société pour la paix], qui n’a pas cessé et continue d’appeler à la nécessité de recourir aux mécanismes de dialogue pour résoudre les crises, surmonter les difficultés et parvenir à un consensus national le plus large, salue et apprécie toute option sincère vers un dialogue large et inclusif, soutenu et parrainé par des institutions crédibles », a indiqué ce parti islamiste dans un communiqué.


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À l’occasion de sa première sortie médiatique, le nouveau secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Mohamed Djemai, a déclaré soutenir le chef d’état-major dans « ses appels à la sagesse, à la vigilance et au dialogue constructif pour une sortie de crise ».

Approuvant un dialogue avec l’armée, le président de Talaie El Hourriyet Ali Benflis a affirmé que « tout l’enjeu du moment est de permettre au dialogue de s’enclencher, en réunissant les conditions les plus favorables à son bon déroulement et à son succès ».

Quelles modalités pour une transition ?

Une période de transition ? Parmi ceux qui y consentent, certains réclament la convocation d’une Assemblée constituante, tandis que d’autres préfèrent préparer immédiatement le terrain et les conditions adéquates pour la tenue d’une élection présidentielle honnête et transparente. Le FFS et le PT considèrent ainsi la première option comme un passage obligé pour une refonte totale de l’État national et l’avènement d’une IIe République. Le Parti socialiste des travailleurs (PST) réclame lui aussi une Constituante, afin d’élaborer une loi fondamentale susceptible de donner des institutions « fortes » au pays.

Mais ceux qui refusent cette voie sont aussi nombreux, en raison de son coût élevé et de la longue période de transition qu’elle nécessite. L’ex-chef du gouvernement Ali Benflis est plutôt favorable à l’instauration de mesures d’apaisement urgentes, qui seront suivies de la mise en place d’une instance présidentielle de courte durée, d’un gouvernement de compétences nationales et d’une instance indépendante chargée d’organiser les élections.

Aujourd’hui, le pouvoir a été transféré de la présidence de la République vers l’état-major de l’armée, estime Soufiane Djilali

Le MSP aussi privilégie une période transitoire ne dépassant pas une année. La formation d’Abderrazak Makri plaide pour un gouvernement d’union nationale et une commission indépendante d’organisation des élections. Abdallah Djaballah appelle, lui, Abdelkader Bensalah à céder le pouvoir à ceux qui veulent postuler pour gérer la période de transition.

Soufiane Djilali s’est prononcé en début de semaine, sur les ondes d’une radio nationale, pour des négociations directes avec l’armée, aboutissant à un court intérim conduit par des figures acceptées par les Algériens et censé mettre en place les changements nécessaires pour aller vers une élection libre et transparente. Le premier responsable du mouvement Jil Djadid a justifié sa position en arguant que « le pouvoir actuel a été transféré de la présidence de la République vers l’état-major de l’armée ».

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