Politique

Côte d’Ivoire : ce que Gbagbo et les émissaires de Bédié se sont dit à Bruxelles

Laurent Gbagbo, à la CPI le mardi 15 janvier 2019.

Laurent Gbagbo, à la CPI le mardi 15 janvier 2019. © Peter Dejong/AP/SIPA

L’ex-chef d’État Laurent Gbagbo a reçu une délégation du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié en début de semaine à Bruxelles. Au menu des échanges : la mise en place d’une nouvelle plateforme de l’opposition face à Alassane Ouattara, dans la perspective de la présidentielle de 2020.

C’était une rencontre annoncée depuis plusieurs semaines par Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du PDCI. Elle n’a donc surpris aucun observateur. La rencontre avait été minutieusement préparée par ce dernier, qui a maintenu les contacts avec Assoa Adou, secrétaire général de la dissidence du Front populaire ivoirien (FPI) et nouvel homme de confiance de l’ex-chef d’État, depuis la mort, début novembre 2018, d’Aboudramane Sangaré.

Gbagbo a écouté les personnes présentes, dont son ancien directeur de campagne Issa Malick Coulibaly ordinairement modéré et dont l’avis compte auprès de son ancien patron, posé des questions aux participants, mais n’a pas donné de position personnelle claire. Il a toutefois souhaité que les deux camps se retrouvent dans la capitale ivoirienne, autour d’un comité co-présidé par Maurice Kakou Guikahué et Assoa Adou.

La plateforme de l’opposition au cœur des échanges

Quand bien même le terme n’est pas abordé dans le communiqué final publié à l’issue de la rencontre, la mise en place d’une plateforme de l’opposition, était au cœur des échanges. Et sur cette question, les avis divergent au sein des deux camps.

À en croire l’un de ses proches, Henri Konan Bédié ne verrait aucun inconvénient à ce que les deux camps rivaux du FPI soient présents dans la plateforme. « Cela pourrait même contribuer à leur réunification », croit-on à Daoukro, la ville natale de Bédié où il a établi son quartier général depuis sa rupture avec le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP d’Alassane Ouattara).


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Du côté de Gbagbo, les positions sont partagées entre ceux qui pensent qu’il faut intégrer le groupe de l’opposition conduit par Bédié et ceux qui estiment qu’il est préférable de maintenir la troisième voie, incarnée par Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, dont est membre la dissidence du FPI) dirigé par Georges Armand Ouégnin.

Le FPI s’engage à ce que le président Laurent Gbagbo revienne en Côte d’Ivoire

Au nombre des opposants à la plateforme, Assoa Adou. Ce dernier estime qu’il est dans l’intérêt de Gbagbo d’entamer plutôt des négociations directes avec Ouattara, en vue de son retour en Côte d’Ivoire. Pour lui et pour les « Gbagbo ou rien » (GOR), la priorité reste le retour à Abidjan, de l’ancien chef d’État.

« Le FPI s’engage à ce que le président Laurent Gbagbo revienne en Côte d’Ivoire et qu’autour d’une même table se retrouvent les Ivoiriens, pour dire que notre pays ne doit plus connaître de traumatisme », insiste Adou.

La colère des partisans de Pascal Affi N’Guessan

Si la rencontre était prévue de longue date, elle a cependant mis du temps à avoir effectivement lieu. L’obstacle principal à lever était la question de la présidence du FPI, que se disputent Laurent Gbagbo et son ex-premier ministre Pascal Affi N’Guessan.

« Bédié voulait que la délégation du PDCI rencontre Gbagbo en sa qualité d’ancien chef d’État, qualité pour laquelle, d’ailleurs, il était poursuivi par la Cour pénale internationale et qui lui vaut d’être en liberté conditionnelle à Bruxelles. Assoa Adou disant agir pour le compte de Gbagbo a indiqué que celui-ci ne recevrait la délégation du PDCI qu’en sa qualité de président du FPI », révèle notre source au sein du PDCI.


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Bédié a dû, de ce fait, opérer un choix, en se pliant au préalable de Gbagbo – qui peut encore compter sur le soutien d’une importante base de supporteurs -, au risque de froisser son allié Affi. Bien qu’étant à l’origine de l’idée de plateforme de l’opposition finalement endossé par Bédié, Affi n’a récolté qu’un peu plus de 9% des voix à la présidentielle de 2015, face au Président Alassane Ouattara. « Un score mitigé qui oblige le PDCI à miser aussi bien sur lui que sur Gbagbo, pour espérer former une large coalition contre Ouattara et le RHDP », rappelle l’analyste politique Sylvain N’Guessan.

À Abidjan, le camp Affi qui avait été informé des démarches de Bédié, avale difficilement la pilule. « Est-il besoin de rappeler que depuis 2001, le président Pascal Affi N’Guessan, confirmé par le dernier congrès de 2018, préside aux destinées du FPI ? Cette réalité ne dépend ni du désir ni du bon vouloir d’une organisation ou d’un individu quel qu’il soit. Pour le FPI, toute autre considération et déclaration contraires n’engagent que leurs auteurs », a fermement réagi Issiaka Sangaré, secrétaire général d’Affi.

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