Elections

Tunisie : un an après les municipales, les communes « ne peuvent pas avancer sans un Code des collectivités locales »

Le maire de Nefta entend créer une exploitation agricole gérée par la commune et dédiée à la production de dattes (image d'illustration). © Jalil Bounhar/AP/SIPA

Douze mois après le premier scrutin municipal de l'ère démocratique, Jeune Afrique s'est entretenu avec Mourad Lassoued, maire de la commune méridionale de Nefta, pour faire un premier bilan des changements et blocages constatés après une année d'exercice.

Il y a un an, la Tunisie tenait son premier scrutin municipal transparent et démocratique. Contrairement à toutes les attentes partisanes, les candidats indépendants avaient largement remporté le scrutin face aux formations politiques. Douze mois plus tard, Mourad Lassoued, maire de Nefta (sud-ouest), revient sur les difficultés de sa commune, mais aussi sur les solutions qui ont été développées pour créer de nouvelles ressources. Cet agronome de 38 ans, qui travaillait au centre technique des dattes, gère aujourd’hui le quotidien de près de 22 000 de ses concitoyens.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous voulu être maire ?

Mourad Lassoued : Je n’avais aucune intention électorale, et je n’ai présenté ma candidature qu’en dernière minute. Mon but n’était pas de devenir maire, mais de participer à un moment historique à travers ce premier scrutin municipal démocratique. Avec les principes de démocratie participative et de décentralisation inscrits dans la nouvelle Constitution, le conseil municipal pouvait désormais intervenir au niveau de la vie locale.

Comment agissez-vous, étant donné les différentes sensibilités politiques représentées au sein du conseil municipal ?

Sur 18 membres, 12 travaillent en dépassant leur appartenance politique. Les autres poursuivent d’autres objectifs, mais n’entravent pas la mise en place des actions quand elles visent le bien commun. Nous travaillons dans la plus grande transparence, puisque nous mettons en ligne les compte-rendus de toutes les réunions du conseil et que nous invitons à la participation des citoyens.

Un an après, quels constats faîtes-vous ?

Toutes les municipalités doivent faire face à des difficultés économiques du fait de maigres ressources financières. Cela est dû, entre autres, au retard de la mise en application du Code des collectivités locales, qui attribue aux communes plus de marges de manœuvre.


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Les budgets versés sont les mêmes et nous devons faire avec. Si de ce côté-là rien n’a changé, les décisions sont toujours centralisées, et ce ne sont pas les revenus des taxes municipales qui peuvent permettre de développer la ville. Il est vrai que le maire est un peu plus écouté, notamment par les autorités, mais il est aussi devenu celui à qui tous s’adressent pour résoudre tous types de problèmes.

Cela ne vous a pas empêché d’initier certains chantiers…

Il y a au sein du conseil municipal une volonté de travailler et de proposer des solutions pour atteindre à l’avenir une certaine autonomie. Nous misons sur ce que nous savons faire, et comptons créer une exploitation agricole de 50 hectares centrée sur la production de dattes, la spécialité locale, et qui sera propriété de la commune.

Cela a fait rire beaucoup de responsables, mais nous avons bouclé notre étude et entamons l’exécution de notre projet de production de dattes

Cela a fait rire beaucoup de responsables, mais nous avons bouclé notre étude et entamons l’exécution, après avoir acquis la certitude que ce projet, adapté à notre région, permettra non seulement de dégager des ressources, de créer de l’emploi, mais aussi d’être totalement autonomes dans dix ans. Il faut souligner le retour positif des différents ministères concernés, qui ont compris et adhéré à notre démarche.

Et en attendant ?

Nous sommes dans un entre-deux : en principe, nous sommes autonomes, mais nous ne pouvons pas avancer sans un Code des collectivités locales qui, de toute évidence, ne sera pas mis en application durant ce mandat municipal. Il faut que le gouvernement prenne des mesures, distingue les communes moins bien loties des autres, et opère une redistribution des budgets en conséquence, en attendant de développer des ressources propres pérennes. C’est aussi cela l’équité.


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Notre région est riche : dans le Nord, nous avons du phosphate, à Tozeur, nous avons le sable… imaginez tout ce que nous pourrions développer à partir de nos ressources naturelles. Nous pouvons aussi compter sur l’initiative privée. Un festival comme « Rouhanyet » a ainsi redonné vie à Nefta, en drainant un tourisme de qualité. Avec ce que peut produire notre région, et en s’appuyant sur notre volonté de faire, nous pouvons avancer. Il nous suffit de disposer de moyens et d’un peu de temps pour devenir indépendants.

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