Politique

RDC : Félix Tshisekedi, 100 jours sans faire oublier Joseph Kabila

Félix Tshisekedi, le 29 avril à Kinshasa. © DR / présidence RDC

La rupture n'a pas eu lieu. Félix Tshisekedi a franchi dimanche la barre symbolique des 100 jours à la tête de la République démocratique du Congo (RDC), sans parvenir à sortir de l’ombre de son prédécesseur Joseph Kabila, qui continue à avoir la mainmise sur de larges pans du pouvoir.

C’est un cap plus symbolique que fatidique que Félix Tshisekedi a franchi ce dimanche 5 mai. Cent jours après avoir été investi président de la République, il peut se targuer d’avoir très largement participé à une décrispation politique.

Son bilan reste cependant entaché par l’emprise du Front commun pour le Congo (FCC, coalition de Joseph Kabila) qui détient la majorité dans les assemblées législatives, entretenant le débat sur le « président réel » qui agite une opinion publique qui s’interroge sur qui, de Félix Tshisekedi ou de l’ex-chef de l’État, est effectivement aux commandes du pays.

Décrispation interne et nouvelle politique extérieure

« Libération progressive des prisonniers politiques – Franck Diongo, Firmin Yangambi, Eugène Diomi Ndongala notamment – , par grâce présidentielle ou via des libérations conditionnelles ; accès de l’opposition aux médias publics, fin de la répression systématique des manifestations de l’opposition et des mouvements citoyens… Sur le plan de la politique interne, le changement est réel », note Israël Mutala, journaliste et analyste politique, qui cite également l’accès de l’opposant Moïse Katumbi à son passeport biométrique.

Félix Tshisekedi a également marqué sa différence sur le plan de la politique extérieure, de la normalisation des relations avec l’Union européenne – avec, notamment, la réouverture de la maison Schengen – à celle des rapports avec les États-Unis, le Rwanda et l’Ouganda, le président congolais prenant ainsi le contre-pied de son prédécesseur.


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Sur le plan sécuritaire, s’il est encore tôt pour tirer un bilan de l’efficacité de son action depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi affiche sa volonté d’apporter, là aussi, un changement. Il a présidé plusieurs réunions du Conseil supérieur de la Défense à Kinshasa, Lubumbashi et Beni, à l’issue desquelles il a été décidé de procéder au relèvement des troupes déployées de longue date dans ces zones. Le président congolais a également réitéré à plusieurs reprises sa promesse d’améliorer les conditions de vie des militaires.

Autre axe sur lequel Tshisekedi avait fait campagne : la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Sur ce plan, la suspension du ministre des Affaires foncières, Lumeya Dhumalegi, ainsi que celle du directeur général de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications au Congo (ARPTC), Oscar Manikunda, et de celui de la Société commerciale des transports et des ports (SCTP), Daniel Mukoko Samba, lui a valu un satisfecit – encore timide – de la part du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), qui juge « encourageants » les 100 premiers jours de Félix Tshisekedi, « même s’il peut encore faire mieux ».

Le président Félix Tshisekedi à son arrivée à Lumumbashi, le 12 avril 2019. © Twitter/présidence de la RDC

Les promesses et les actes

De fait, nombre des promesses du candidat restent encore à être mises en œuvre par le président. « Félix Tshisekedi n’a rien fait. L’après-Kabila est égal à l’avant-Kabila », vitupère Steve Kivuata, l’un des porte-paroles de la coalition Lamuka, qui a soutenu la candidature de Martin Fayulu lors de l’élection présidentielle.

Félix Tshisekedi s’était ainsi engagé à déplacer l’état-major des forces armées vers l’est du pays. Chose qui, pour l’instant, n’a pas été faite. « Les services compétents travaillent dessus », assure-t-on à la présidence.


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Peu ou pas d’évolution, non plus, sur le plan social. « Le pouvoir d’achat reste faible et le coût de la vie extrêmement élevé », résume Israël Mutala. « Les conditions ne se sont améliorées ni au niveau de l’administration, où la corruption règne dans tous les services, ni sur le plan sanitaire. »

Jean Claude Katende, de l’Association africaine pour la défense des droits de l’homme (ASADHO), note de son côté la persistance d’« un statu quo dans la lutte contre l’impunité » et « exige justice pour les victimes des massacres de Yumbi [dans la province du Maï-Ndombe], et pour toutes les autres victimes des violations des droits de l’homme commises sous la présidence de Joseph Kabila ».

Statu quo sur le plan social

Le « programme d’urgence des 100 jours » – officiellement lancé par Félix Tshisekedi le 2 mars dernier – prévoyait notamment la construction d’écoles, de routes et d’hôpitaux. Le premier bilan est pour le moins mitigé, tant l’exécutif peine à trouver les financements nécessaires.


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Mais c’est surtout l’ombre de Joseph Kabila qui alimente le scepticisme. Si l’ancien président a officiellement quitté le pouvoir, sa famille politique conserve une mainmise totale sur les nouvelles institutions, de l’Assemblée nationale présidée par Jeanine Mabunda (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, PPRD) à la majorité des provinces, dirigées par des gouverneurs acquis à Kabila.

Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, lors d'une rencontre lundi 22 avril. © DR / Front commun pour le Congo / Twitter

La mainmise de Kabila

Accusé par Martin Fayulu – qui continue de se proclamer « président élu » – d’être « un pantin manipulé par Joseph Kabila », Félix Tshisekedi aurait « les mains liées à cause de son deal avec le FCC, qui le dépouille pratiquement de tout pouvoir », estime Grégoire Kiro, secrétaire général du RDC/KML le parti de l’opposant Antipas Mbusa Nyamwissi.

En coalition gouvernementale dans le cadre de leurs plateformes politiques respectives – FCC pour Kabila et Cach pour Tshisekedi – les deux hommes se sont officiellement rencontrés deux fois. En réalité, selon plusieurs sources, ils se sont vus plusieurs fois, loin des objectifs des caméras et des micros de journalistes.


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Au centre des échanges : le nom du futur Premier ministre, qui tarde tant à être connu. Joseph Kabila a multiplié les rencontres avec ses lieutenants, ces derniers jours, aux premiers rangs desquels les gouverneurs nouvellement élus issus de son parti.

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