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Cet article est issu du dossier «Élections en Afrique du Sud : l'ANC, un favori controversé en perte de vitesse»

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Politique

Élections en Afrique du Sud : le bilan décevant de la réforme agraire, épine dans le pied de l’ANC

Manifestations de militants du Black Land First, en février 2018. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Les Sud-Africains sont appelés aux urnes mercredi pour les premières élections générales depuis le départ de Jacob Zuma et l'arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, en février 2018. Bien que favori à sa propre réélection, Ramaphosa et son parti l'ANC restent vivement critiqués pour la lenteur de la réforme agraire, censée réparer les inégalités héritées de l'Apartheid.

C’est une promesse vieille de vingt-cinq ans qui ne cesse d’alimenter le débat en Afrique du Sud. Un quart de siècle après la victoire de Nelson Mandela lors des premières élections multiraciales du pays, la question de la redistribution des terres au profit de la population noire, censé réparer les préjudices causés pendant l’Apartheid, continue de peser sur le débat politique. Une fois encore elle est un des sujets centraux d’une campagne électorale que le Congrès national africain (ANC) de Cyril Ramaphosa a axé sur le thème de la transformation de l’économie sud-africaine.

« La possession foncière n’a pas vraiment évolué »

Les maigres progrès réalisés depuis 1994 – prêt des trois quart des terres arables sont toujours aux mains de propriétaires blancs, quand ceux-ci ne représentent que 8 % de la population – agace une partie de l’électorat du parti au pouvoir depuis 1994 et en font l’un des enjeux électorales majeurs pour l’ANC.

« Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bilan de l’ANC sur le sujet est décevant. C’est indéniable qu’il y avait des intentions en 1994-1996 mais la possession foncière n’a pas vraiment évolué. Seulement 9 % des terres ont été redistribuées par le biais de la réforme agraire », explique Nancy Andrew, sociologue du développement, chercheuse associée à l’université de Bordeaux et spécialiste de la question de la réforme agro-foncière en Afrique du Sud.

Organisée sur la base du consensus, c’est à dire sur un principe selon lequel des vendeurs volontaires proposaient leurs terres au prix du marché avant que le gouvernement n’intervienne pour qu’un bénéficiaire noir soit sélectionné, la réforme agraire sous sa forme initiale peine en effet à trouver des résultats concrets.

Dans une exploitation agricole pr-s de De Doorns, en Afrique du Sud. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Le principal effet de cette réforme a au final été la concentration de la propriété et de la production agricole

« À l’évidence, il y a eu un quelques changements, une petite partie de la population noire a de ce fait pu lancer des activités commerciales, mais le principal effet de cette réforme a au final été la concentration de la propriété et de la production agricole. Les gens voulaient surtout avoir lopin de terre pour y vivre et produire de quoi se nourrir sans nécessairement se lancer dans des cultures à but commercial. Le nombre d’exploitants agricoles a certes diminué depuis 1994 mais ils occupent le même pourcentage de terres, il est dès lors évident que la réforme agraire n’a pas servi la population à qui elle était initialement destinée », détaille Nancy Andrew.

Face à la pression croissante d’une base militante dans l’attente de progrès plus nets sur le sujet, l’ANC s’est progressivement ralliée au principe « d’expropriation sans compensation » des fermiers blancs, défendu par les Combattants pour la liberté économique (EFF), parti de gauche radicale fondé en 2013 par Julius Malema, un ancien de l’ANC.

Le leader des EFF, qui constitue aujourd’hui la troisième force politique sud-africaine, appelle régulièrement ses partisans a envahir les terres vacantes soulignant la faible bilan de la réforme agraire menée par l’ANC. Dimanche 5 mai, Malema a conclu sa campagne en faisant stade comble en plein coeur de Soweto, fief d’origine de l’ANC.

Vers une modification de la Constitution

Cyril Ramaphosa en campagne à l'Ellis Park Stadium de Johannesburg, le 5 mai 2019. © Ben Curtis/AP/SIPA

Cyril Ramaphosa a annoncé qu’il allait relancer la réforme agraire et la redistribution des terres en faveur de la majorité noire

« Malema est un excellent orateur et son discours pèse parce que les gens cherchent une alternative face à l’incapacité de l’ANC à faire bouger les chose, mais je doute que l’expropriation aille loin », estime Nancy Andrew. Au rang des craintes des opposants à ce principe d’expropriation figure la peur d’un scénario similaire au Zimbabwe, où une réforme agraire mal négociée au début des années 2000 avait plongé le pays dans un profond marasme économique.

Au pouvoir depuis février 2018, Cyril Ramaphosa a annoncé qu’il allait relancer la réforme agraire et la redistribution des terres en faveur de la majorité noire, historiquement désavantagée. Dès le 27 février 2018, le Parlement avait adopté une motion censée ouvrir la voie à une révision de la Constitution, afin d’autoriser les expropriations sans compensation prohibé par l’article 25 de la Constitution sud-africaine. L’article en question stipule qu’un domaine peut être exproprié si la procédure est faite « dans l’intérêt public », avec « une compensation juste et équitable ». Mais pour modifier celui-ci, Ramaphosa, qui s’oppose à « l’occupation illégale des terres », aura besoin du vote des deux-tiers du futur Parlement.

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