Politique

Soudan : Omar el-Béchir va être interrogé sur le « financement du terrorisme »

Le président soudanais Omar el-Béchir, lors d'un discours à Djouba en janvier 2014. © Ali Ngethi/AP/SIPA

Omar el-Béchir va être interrogé sur des affaires de « blanchiment d'argent et de financement du terrorisme », a indiqué jeudi l'agence de presse officielle à Khartoum, où une foule immense a réclamé aux militaires qui ont succédé au président déchu un transfert du pouvoir aux civils.

Le procureur général du Soudan Al-Walid Sayyed Ahmed a ordonné l’interrogatoire de Omar el-Béchir « en vertu des lois sur le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme », selon l’agence de presse Suna. Une source au sein du bureau du procureur général a confirmé qu’il était actuellement détenu et qu’il serait interrogé à ce sujet.
Son régime qui a duré trois décennies, a été renversé jeudi 11 avril par la hiérarchie militaire, après quatre mois de protestations à l’échelle nationale.

Les États-Unis ont levé en octobre 2017 leur embargo commercial sur le Soudan vieux de vingt ans, mais maintiennent Khartoum sur sa liste des soutiens internationaux du terrorisme, avec l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord.

Le Soudan avait été inclus sur cette liste en raison d’accusations de liens avec des militants islamistes radicaux. Le fondateur d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, a vécu au Soudan entre 1992 et 1996.

Le général Abdel Fattah al-Burhane, le chef du Conseil militaire de transition qui a succédé à Omar el-Béchir, avait indiqué récemment qu’une délégation soudanaise allait prochainement se rendre à Washington pour discuter d’un retrait du Soudan de la liste américaine des « pays soutenant le terrorisme ».

Les États-Unis ont dit soutenir « la demande légitime » d’un gouvernement dirigé par des civils réclamé par le mouvement de contestation au Soudan.

Foule immense

Une immense foule de Soudanais s’est réunie jeudi devant le QG de l’armée à Khartoum pour « une marche d’un million » de personnes afin de maintenir la pression sur les militaires pour qu’ils satisfassent cette revendication.

Les ponts et les rues menant au complexe militaire, situé dans le centre de Khartoum, étaient noirs de monde. « Que tu chutes ou non, nous resterons », scandent les contestataires, en référence au Conseil militaire.
Les deux camps se sont jusqu’à présent mis d’accord pour établir un Conseil conjoint militaro-civil, appelé aussi Conseil souverain, pour remplacer le Conseil militaire mais les négociations achoppent sur le nombre de membres et sa composition, chaque partie insistant pour être majoritaire dans cet organe.

Certains manifestants soulignent le risque d’impasse dans la crise.

« Si le Conseil militaire a la majorité dans le conseil souverain, les droits des civils ne seront pas garantis (…) Mais si le sit-in se poursuit encore longtemps, des divisions apparaîtront qui serviront les objectifs des militaires », note Hassan Rabeh, un manifestant de Gadaref dans le centre.

L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations du mouvement de protestation, a présenté jeudi au Conseil militaire un document proposant d’établir une administration civile, avec des organes exécutif, législatif et judiciaire.

Satea al-Haj, un des chef du mouvement, a déclaré jeudi soir à des journalistes que l’ALC voulait une réponse du Conseil à cette demande d’ici « 72 heures ».

Dans un communiqué, le Conseil militaire a indiqué qu’il examinerait le document. « Nous poursuivrons notre dialogue avec l’Alliance », a-t-il souligné.
Mardi, le général Salah Abdelkhalek, membre du Conseil militaire, a annoncé que le chef de cette instance, Abdel Fattah al-Burhane, serait « le chef du (futur) Conseil souverain ».

Fer de lance de la contestation, l’ALC a alors accusé les militaires de « ne pas envisager sérieusement de céder le pouvoir au peuple » et appelé « à une marche d’un million » de manifestants jeudi pour réclamer un pouvoir civil.

La situation s’est d’autant plus tendue que les militaires ont annoncé mardi la mort de six membres des forces de sécurité, tués dans des heurts avec les manifestants à travers le pays. Selon un bilan officiel, 65 personnes sont mortes depuis le début de la contestation en décembre.

« Pillages, violences »

Le Conseil militaire a prévenu qu’il ne laisserait pas le chaos s’installer, exhortant les manifestants à retirer les barricades installées et à rouvrir les routes et ponts bloqués aux alentours du QG de l’armée.

Le général Chamseddine Kabbachi, porte-parole du Conseil militaire, a fait état de « pillages, de violences sur des citoyens, de routes bloquées, d’attaques contre les forces de sécurité ». « Les forces armées doivent rester au sein du Conseil souverain » en raison des tensions que traversent le pays, a-t-il affirmé mardi.

Parmi ses autres revendications, l’ALC a indiqué vouloir inclure des représentants des groupes rebelles armés dans la « structure de transition civile », selon Khalid Omar Youssef, un chef de l’ALC.

Depuis plus de 15 ans, le Soudan est le théâtre d’insurrections dans les régions du Kordofan-Sud (sud), du Nil-Bleu (sud-est) et du Darfour (ouest).

Dans cette dernière région, où les violences ont nettement baissé ces dernières années, le conflit entre pouvoir et rebelles des minorités ethniques a fait plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU.

La Cour pénale internationale (CPI) a lancé deux mandats d’arrêt contre Omar el-Béchir pour qu’il réponde d’accusations de génocide, crimes de guerre et contre l’humanité lors du conflit au Darfour.

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