Biens de consommation

Tunisie : après ses bons résultats 2018, la SFBT prévoit une année 2019 plus difficile

La Celtia a le monopole des boissons alcoolisées en Tunisie. © © Ben Abdallah Abdel Karim/FlickrCC

La Société de fabrication des boissons de Tunisie a connu une excellente année 2018, consolidant ainsi sa position de valeur sûre. Mais cette année pourrait être celle du ralentissement du fait de perspectives internes et régionales mauvaises.

Pour un litre, comptez 41cl de bière, 30cl de boisson gazeuse, 15cl d’eau, 5cl de lait, 4cl de jus et 5cl de produits autres. Ce sont les proportions du cocktail – presque – magique de la SFBT (Société de fabrication des boissons de Tunisie).

En 2018, le groupe, détenu à 57 % par le français Castel, un des leaders en Afrique des secteurs des bières et boissons gazeuses, a augmenté son chiffre d’affaires de 13,5 % pour atteindre 1,14 milliard de dinars (329 millions d’euros). Il a également terminé l’année avec une capitalisation boursière de 3,9 milliards de dinars, la plus importante de la place, représentant 16 % de la valorisation de l’indice Tunindex.

Le secteur juteux des boissons fruitées

Cette excellente performance a été principalement soutenue par son activité bière locale qui a progressé de 21,4 % (362,3 millions de dinars de revenus). La SFBT bénéficie sur ce secteur d’un quasi-monopole avec 90 % de part de marché. Elle est la seule à fabriquer la boisson alcoolisée sous les marques Celtia et Stella avec 184,4 millions de litres écoulées en 2018. Son seul concurrent est le géant hollandais Heineken, présent depuis 2007 en Tunisie.


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Les perspectives sont positives, notamment avec le décalage pour les années à venir du mois de Ramadan en-dehors de la période estivale, celle où les ventes de bières enregistrent leur pic. La confirmation du retour des touristes, grands consommateurs de bières locales grâce à la formule « all inclusive » des hôtels, est aussi une bonne nouvelle. Enfin, la SFBT mise sur les innovations en lançant, par exemple, début 2019 une bouteille de 33cl de Stella Gold brune.

La hausse de ses revenus tirés du lait et de ses dérivés (+ 20 %) et l’explosion de ceux issus des jus (+353 %) a également aidé la société à se maintenir en haut de l’affiche. Ce dernier chiffre s’explique par le lancement en 2018 de la marque Stil, spécialisée dans une gamme de jus sans conservateur conditionnés dans des bouteilles en plastique, et représentant un investissement de 30 millions de dinars. Les experts en attendent un revenu annuel à moyen terme équivalent à cet investissement.

Perspectives moroses du côté des sodas

Le groupe peut aussi compter sur autre monopole de fait, celui des boissons gazeuses avec 93 % de parts de marché. Via sa filiale SBT (Société des boissons de Tunisie), il commercialise la marque très populaire Boga. Mais, surtout, le puissant industriel agro-alimentaire est l’unique embouteilleur des marques Coca-Cola.


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C’est pourtant sur ce secteur que les perspectives sont les plus moroses. Le chiffre d’affaires des sodas a baissé de 5 % en 2018. La suppression des subventions sur le sucre en 2017 a fait augmenter les prix à près de 2 dinars la bouteille de 1 litre.

Mais le pire vient de l’exportation. Son chiffre d’affaires sur les boissons gazeuses a dégringolé de 54,7 %, principalement à cause de l’instabilité du marché libyen, où la SFBT est le seul fournisseur des marques Coca-Cola, et de l’Algérie, qui a augmenté à 60 % ses droits de douanes pour les « eaux gazéifiées additionnées de sucre ».

Le réveil de Heineken

Un début de « gueule de bois » risque de se profiler pour la société. Outre les mauvaises nouvelles en provenance des voisins algérien et libyen, la SFBT va devoir affronter une plus forte concurrence. Heineken a sorti ce printemps la marque Amstel à prix cassé : 1,7 dinar (0,5 euro) la bouteille contre 1,92 (0,57 euro) pour la Celtia.

L’arrêt des subventions du sucre, l’augmentation des taxes sur l’alcool et la forte dégradation du pouvoir d’achat des Tunisiens pourraient changer les habitudes de consommation de ces derniers au détriment des produits phares de la SFBT. La dégradation de la valeur du dinar plombe les finances du groupe qui doit payer en dollars la redevance et le concentré qu’il verse à Coca-Cola.

Afin d’anticiper un ralentissement de l’activité, le groupe a procédé, en 2018, à huit augmentations de capital allant de 33 millions à 750 000 dinars. La maison-mère s’est ainsi injecté, par incorporation de réserves, 33 millions de dinars via l’émission d’autant actions d’une valeur nominale de un dinar réservées aux anciens actionnaires, à raison d’une nouvelle action gratuite pour cinq actions anciennes. Outre le fait de renforcer ses fonds propres, la technique permet de déduire ces investissements de l’assiette fiscale si le montant reste immobilisé pendant cinq ans.

Des actions moins attrayantes

Malgré ces efforts, les indicateurs de mauvais augure se reflètent dans les résultats du premier trimestre 2019 de SFBT. Le chiffre d’affaires du groupe tunisien a certes progressé, comparé au trois premiers mois de 2018, mais de 2,6 % à peine. Les revenus de boissons gazeuses a continué de dégringoler de près de 20 %.

Surtout, les quantités de vente et de production de bière et de boissons gazeuses sont en baisse : la société n’a écoulé, sur cette période, que 412,3 hectolitres de bière (-5,4 %) et 267,7 hL de soda (-21 %). Une baisse alarmante car la SFBT ne pourra pas stabiliser ses marges en augmentant indéfiniment ses prix.

En mai 2018, l’intermédiaire en bourse BMC Capital Securities préconisait, dans son Stock Guide, d’accumuler les titres SFBT. En octobre, la recommandation était à la simple conservation.

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