Elections

Présidentielle en Côte d’Ivoire : Guillaume Soro et le RHDP ont-ils déjà lancé la bataille du Nord ?

Guillaume Soro avec les chefs de villages de Tafiré, en Côte d'Ivoire, le 30 avril 2019. © Twitter officiel de la GKS TV, la chaîne de Guillaume Soro

Entre tournée d’« explication » d’un côté et meetings de « désintoxication » de l'autre, la bataille entre Guillaume Soro et le pouvoir d’Alassane Ouattara pour le contrôle du nord de la Côte d’Ivoire semble engagée. Une précampagne sur fond d’attaques souvent personnelles, en vue de la présidentielle de 2020.

L’image est diversement interprétée. Celle de Guillaume Soro, prenant le petit-déjeuner sur une terrasse hâtivement nettoyée dans la maison inachevée du chef central de Tafiré (Centre-Nord). Au menu, ce 30 avril : du café au lait et de l’omelette fourrée dans du pain préparé dans une boulangerie locale. Depuis la mi-avril, Guillaume Soro est en tournée dans la région du Hambol. Cet ancien fief de Jean-Louis Billon, proche d’Henri Konan Bédié, patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), est contrôlé par le Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel) depuis la révocation de celui-ci à la présidence du conseil régional du Hambol (Nord).

« J’ai sillonné Marabadiassa [une ville de la même région, ndlr], et je vais aussi sillonner toute cette zone. Le destin de chacun appartient à Dieu », a promis Soro. Si sa tournée – dite d’« explication » – s’est déroulée sans incident à Tafiré, à Dabakala, une ville voisine, Soro a soulevé le courroux des pontes du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, présidé par Alassane Ouattara), notamment en prenant une position jugée démagogique au sujet de la mévente de l’anacarde, une matière première phare du Nord.

« Réparer l’injustice »

« Le fait que je sois ici à Dabakala (signifie que) le gouvernement va courir ici pour venir sur mes traces. Ils viendront bientôt effacer les traces de Guillaume Soro. Je demande au gouvernement de se dépêcher de venir à Dabakala pour réparer l’injustice. (…) L’anacarde est achetée à 100 F CFA [près de 0,1 euro] le kilogramme. Chers parents, ne venez pas leur demander des forages. Dites-leur que vous voulez du goudron, qu’ils achètent votre anacarde à 500 F CFA, à 1 000 F CFA le kilogramme », a-t-il déclaré, soulevant des applaudissements dans le public acquis à sa cause.


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Une sortie mal appréciée par l’entourage présidentiel, qui a encouragé une réponse du ministre Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du RHDP. Celui-ci a pris soin de rappeler à Soro des ratés de l’ex-rébellion des Forces nouvelles qu’il dirigeait dans le Nord. De son côté, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a répliqué en déclarant qu’il n’avait « ni la capacité ni la compétence de faire injonction au gouvernement, pour faire quoi que ce soit », a-t-il affirmé dans un reportage diffusé à la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI, média public).

Mission de « désintoxication »

Le RHDP ne se limite pas pour autant aux déclarations. Au cours d’une mission dite de « désintoxication » dans le même département d’où il est natif, le ministre de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, Ally Coulibaly, a rencontré plusieurs groupes sociaux, dont la notabilité locale (qui n’avait pas caché son penchant pour Soro), et remobilisé les bases du RDR. Le mot d’ordre était clair : ne pas accorder foi à l’opération de charme de l’ex-président de l’Assemblée nationale, qui ne cache pas son ambition d’être candidat à la présidentielle de 2020 contre le RHDP.


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« Si vous avez des préoccupations, c’est à nous que vous devrez les exposer. Ce qu’Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly n’ont pas encore fait, personne d’autre ne pourra le faire pour vous », a ainsi prévenu Ally Coulibaly à Satama-Sokoro, petite ville de la région qui avait reçu la visite de Soro.

Le Nord est depuis des années dans le giron du RDR. Dans cette région d’où sont natifs Ouattara, son Premier ministre et plusieurs ministres du gouvernement, le parti présidentiel y a toujours obtenu des scores très élevés à toutes les élections depuis 2001. « La dissidence de Guillaume Soro pourrait redistribuer les cartes électorales dans cette région et cela ne rassure pas le RDR », a souligné l’analyste politique Innocent Gnelbin.

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