Politique

RDC : Martin Fayulu visé par une enquête judiciaire après des accusations d’« incitation à la haine ethnique »

Martin Fayulu, le 10 janvier 2019 à Kinshasa.

Martin Fayulu, le 10 janvier 2019 à Kinshasa. © AP/Sipa/Jerome Delay

La police judiciaire a été chargée d’ouvrir une enquête à la suite d’une plainte déposée contre Martin Fayulu, notamment pour « incitation à la haine ethnique ». L’ex-candidat à la présidentielle, dont l’entourage dénonce une tentative « d’intimidation », risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Martin Fayulu semble de plus en plus isolé en RDC. Dans une lettre adressée le 29 avril au commissaire général adjoint chargé de la police judiciaire, le procureur général près la Cour de cassation a ordonné l’ouverture d’une enquête sur Martin Fayulu, à la suite d’une plainte déposée contre lui le 18 février par un certain Jean-Claude Ngoy Lufuluabo. Le candidat malheureux à l’élection présidentielle de décembre 2018 y est accusé d’« incitation à la haine ethnique, massacre des balubas, pillage, atteintes aux droits garantis, crime de génocide et crimes contre l’humanité ». Des accusations « graves », selon un juriste indépendant.

Martin Fayulu a ainsi été invité à se présenter à la police judiciaire lundi 6 mai afin d’être entendu dans ce dossier, dans lequel il risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

« Cette affaire n’est qu’une tentative de distraction et d’intimidation », a réagi à Jeune Afrique Jean-Marie Kabengele Ilunga, avocat et membre de la dynamique pour l’unité d’action de l’opposition. « La coalition FCC-Cach [de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, ndlr], qui n’arrive pas à résoudre les problèmes du peuple congolais, estime qu’il est plus facile d’intimider et de mettre hors d’état de nuire celui qui est le symbole de la cohésion nationale, le président légitime Martin Fayulu », a déclaré à JA Steve Kivuata, un des porte-paroles de la coalition Lamuka, faisant référence à un rapport le donnant vainqueur de la présidentielle. « Ces accusations sont gratuites, c’est une instrumentalisation de part de la justice congolaise », a-t-il dénoncé, précisant que « Martin Fayulu a démontré lors de l’élection qu’il pouvait mettre toutes les communautés ensemble, qu’elles viennent du centre, de l’est ou de l’ouest du pays ».

« N’attendez plus de mot d’ordre »

Depuis sa défaite à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, les manifestations publiques organisées par Martin Fayulu ont été émaillées d’appels de ses partisans à l’insurrection, à la violence et à la haine tribale. Des appels qui ont constamment été condamnés par Martin Fayulu et d’autres leaders de la coalition Lamuka, qui l’avait désigné comme candidat commun de l’opposition.

Début février, un groupe de personnes se revendiquant comme des partisans de Martin Fayulu avaient notamment été filmé dans la commune de Masina, à Kinshasa, en scandant des chants hostiles aux balubas, des ressortissants des provinces de la région du Kasaï, d’où est originaire l’actuel président Félix Tshisekedi. Des situations similaires ont depuis été rapportées dans le Kwilu, province d’origine de Martin Fayulu. De son côté, ce dernier a à plusieurs reprises utilisés les termes « pantin », « placebo » ou encore « tricheur » pour qualifier Félix Tshisekedi, avant de réclamer le 28 avril la démission du président, en demandant aux Congolais de suivre l’exemple des populations algérienne et soudanaise, « qui n’ont pas attendu un mot d’ordre pour agir ».

Vingt-quatre heures après ce meeting, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, coordonnateur de la coalition Cap pour le changement (Cach) dans le grand Bandundu, avait rappelé les prescrits de l’alinéa 2 de l’article 64 de la Constitution, qui stipule que « toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi ». Tryphon Kin-Kiey Mulumba avait ajouté « qu’il existe des lois et des magistrats au Congo, et s’il n’entend pas intervenir dans l’administration de la justice, c’est à la justice de faire son travail ».

Fayulu davantage isolé

Si la procédure judiciaire vise à décourager les appels à la haine et à la violence, des observateurs estiment que la procédure semble risquée au regard de la situation politique actuelle jugée « instable ». « Nous sommes encore en période de crise, cette action judiciaire risque d’embraser la situation dans le pays », a notamment estimé un député sous couvert d’anonymat. Mercredi, plusieurs personnes ont manifesté dans l’est de Kinshasa pour dénoncer cette action judiciaire, et des pneus ont été brûlés sur la route principale menant vers l’aéroport international de Ndjili.

L’enquête isole ainsi un peu plus Martin Fayulu, déjà détrôné de la coalition Lamuka par ses pairs, qui ont opté pour une présidence tournante de la nouvelle plateforme politique. Dans cette nouvelle organisation, Martin Fayulu devrait prendre la coordination de Lamuka quinze mois après les autres leaders (Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Freddy Matungulu, Antipas Mbusa Nyamwissi et Adolphe Muzito). Mis à part ce dernier, aucun n’a évoqué les manifestations et les mobilisations contre Félix Tshisekedi.

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