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Cet article est issu du dossier «Algérie : l'étau se resserre autour des hommes d'affaires proches de Bouteflika»

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Économie

Algérie : l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia entendu dans des dossiers de fraudes

Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre algérien. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Après le ministre des Finances, Mohamed Loukal, le 29 avril, l'ancien Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia est entendu à son tour le 30 avril par le parquet d'Alger dans des dossiers de « dilapidation de fonds publics ».

Ahmed Ouyahia, quatre fois Premier ministre depuis 1995, dont trois fois sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, et poussé par la rue à la démission le 2 avril, est arrivé en milieu de matinée au tribunal de Sidi M’hamed, dans le centre d’Alger, selon des images diffusées par des télévisions privées.

Plusieurs dizaines de manifestants rassemblés devant le tribunal scandaient « Emmenez Ouyahia à (la prison de) El Harrach », où sont incarcérés cinq hommes d’affaires, placés en détention provisoire depuis début avril par la justice algérienne, a rapporté un journaliste de l’AFP sur place.

« Ils doivent tous partir, ils doivent tous rendre des comptes », peut-on lire sur des pancartes brandies par des manifestants. De très nombreux policiers en tenue anti-émeutes étaient déployés autour du tribunal.

« Avantages indus »

Selon un bandeau défilant de la télévision publique, Ahmed Ouyahia « comparaît en ce moment devant le Procureur de la République du tribunal de Sidi M’hamed dans des affaires de dilapidation de fonds publics et d’avantages indus ».

La veille, l’actuel ministre des Finances Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque centrale entre 2016 et sa nomination fin mars au gouvernement, a été entendu par le même tribunal, et est ressorti libre de son audition.

La justice avait annoncé le 20 avril avoir convoqué Ouyahia et Loukal, sans préciser si elle souhaitait les entendre comme témoins ou suspects, ni sur quels faits portent les dossiers.


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Depuis le départ du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika sous la pression d’une contestation massive, la justice a indiqué avoir ouvert une série d’enquêtes sur des faits de corruption visant plusieurs puissants hommes d’affaires et de hauts responsables de l’Etat.

Succession d’arrestations

Ali Haddad, PDG du 1er groupe de BTP privé et ancien patron des patrons, proche de l’entourage du clan Bouteflika et symbole de ces relations entre affairistes et dirigeants algériens a été arrêté début avril à un poste-frontière avec la Tunisie et incarcéré.

Trois frères de l’influente famille Kouninef, propriétaire d’un autre géant privé des travaux publics en Algérie, ont eux été placés en détention préventive le 24 avril dans un dossier de « trafic d’influence ». Ces quatre hommes d’affaires sont réputés très liés à Saïd Bouteflika, frère et conseiller spécial d’Abdelaziz Bouteflika quand il était président.

La justice a également récemment placé en détention provisoire le PDG de Cevital, premier groupe privé et premier employeur privé d’Algérie, Issad Rebrab, première fortune du pays, qui était lui en conflit ouvert depuis plusieurs années avec le clan Bouteflika.

Le chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah, a appelé courant avril la justice à « accélérer la cadence » dans les enquêtes sur des faits de corruption liés à l’ancien régime, suscitant la méfiance des contestataires sur les motifs réels de ces enquêtes.


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Dans une note publiée vendredi, le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) voit dans l’actuelle campagne anticorruption un moyen pour le régime d’essayer de « diviser » le mouvement de contestation, tout en « réglant des comptes internes ».

Les manifestants, qui réclament toujours le départ de l’ensemble du « système » au pouvoir, dénoncent depuis le début de la contestation le 22 février les liens troubles entre la présidence Bouteflika et les « oligarques », hommes d’affaires ayant fait fortune grâce à d’énormes contrats publics.

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