Politique

RDC – Adam Bombole : « Je quitte la plateforme de Moïse Katumbi puisque nos intérêts diffèrent »

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 30 avril 2019 à 15h20
L’homme d’affaires congolais Adam Bombole a décidé de quitter le 30 avril la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi.

L'homme d'affaires congolais Adam Bombole a décidé de quitter le 30 avril la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi. © Twitter officiel Adam Bombole

L’homme d’affaires congolais Adam Bombole a décidé de quitter la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi. Le candidat à la présidentielle de 2011 révèle en exclusivité à Jeune Afrique les raisons de cette décision, motivée par le soutien de Katumbi à la coalition Lamuka et Martin Fayulu, au détriment de Félix Tshisekedi.

Membre de la plateforme Ensemble depuis sa création en mars 2018, l’homme d’affaires congolais Adam Bombole a décidé de quitter le 30 avril la famille politique de Moïse Katumbi, désormais parmi l’un des opposants à Félix Tshisekedi. Une rupture qui, selon les révélations d’Adam Bombole à Jeune Afrique, fait suite à une longue divergence de points de vue entre lui et le leader d’Ensemble depuis la rencontre à Genève, durant laquelle l’opposition avait désigné Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition.

Adam Bombole, candidat à la présidentielle de 2011 et secrétaire général d’Ensemble changeons le Congo (Ecco), affirme désormais vouloir poursuivre son soutien au nouveau président de la République, qu’il a appuyé depuis la campagne électorale contre la volonté d’Ensemble. Il revient également sur la coalition FCC-Cach de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, et sur les premiers pas du président à la tête du pays.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de quitter la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi ?

Adam Bombole : Mon histoire avec Moïse Katumbi a débuté en 2016 à Genval, en Belgique, lorsque l’opposition avait soulevé l’option de soutenir Étienne Tshisekedi lors de la période transitoire avant les élections [initialement prévues en 2016, ndlr]. Nous avions convenu qu’il s’agissait d’une collaboration, et non d’un rapport de subordination dans un partenariat politique transparent. Après le décès d’Étienne Tshisekedi, nous avons levé l’option de soutenir Félix Tshisekedi, notre candidat commun, mais arrivé à l’étape de Genève, il y a eu des divergences de points de vue lorsqu’ils ont choisi de soutenir Martin Fayulu.

Malgré quelques contacts engagés afin de discuter, chacun a campé sur ses positions, et nos points de vue étaient irréconciliables. J’avais annoncé mon soutien à Félix Tshisekedi depuis novembre 2018 et je le soutiens encore. Je quitte Ensemble parce que nos intérêts et notre perception de la politique diffèrent aujourd’hui. Moïse Katumbi s’allie notamment avec Martin Fayulu, qui a notamment prêché la violence, la rébellion et le soulèvement lors de son dernier meeting, le 28 avril.

Vous ne voulez donc pas faire opposition à Félix Tshisekedi ?

Non, je ne souhaite pas faire opposition à Félix Tshisekedi. La passation de pouvoir entre Joseph Kabila et lui nous offre l’opportunité de faire de la politique autrement et de gérer le pays en collaboration avec ceux qui, hier, étaient des adversaires.

Comme Moïse Katumbi a opté pour Lamuka – dont je n’ai jamais été membre -, c’est comme si moi aussi, du fait de mon appartenance à Ensemble, je suivais la ligne appliquée par la coalition. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de renoncer à mon appartenance à L’Alliance des Mouvements du Kongo (AMK), la structure qui me liait à Ensemble, et donc à mon appartenance à la plateforme de Katumbi.

Je crois que chacun de nous doit récupérer sa liberté d’expression et de mouvement

Que reprochez-vous précisément à Moïse Katumbi qui, jusque-là, ne s’est pas encore prononcé publiquement contre Félix Tshisekedi ?

Moïse Katumbi, qui demeure un ami et un proche, a toujours déclaré que Félix Tshisekedi était un frère, et je ne lui reproche rien sur le plan relationnel. En politique, nous évoluons néanmoins tous pour atteindre un but commun, et comme nos buts divergent, je crois que chacun de nous doit récupérer sa liberté d’expression et de mouvement. Il a fait son choix, j’ai fait le mien.


>>> À LIRE – RDC : quelle stratégie pour Katumbi ?


Après Ensemble, quelle plateforme comptez-vous rejoindre ?

Je souhaite d’abord me retirer d’Ensemble avant de me prononcer, mais si jamais le président de la République faisait appel à mon expertise pour participer à gouvernement, je ne refuserai pas.

Avant de rejoindre la plateforme de Katumbi, vous étiez l’un des cadres du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. En soutenant Félix Tshisekedi, craignez-vous que l’on vous reproche une inconstance politique ?

L’Histoire a démontré ma constance dans la politique. En ce qui concerne mes relations avec le MLC, tous les cadres du parti savent et connaissent le fond du dossier. Ce n’est pas moi qui a quitté le MLC, c’est le MLC qui a voulu me pousser vers la sortie. Jean-Pierre Bemba a demandé au MLC de m’exclure du parti en 2011 [en raison de l’appartenance d’Adam Bombole au sud de la province de l’Équateur, alors que certains proches de Bemba souhaitaient un candidat issu du Nord à la présidentielle, ndlr], et à ce jour, je n’ai reçu aucune lettre d’exclusion.

Après ma candidature en 2011, j’ai créé mon parti [Ensemble changeons le Congo (Ecco), ndlr] qui est resté neutre jusqu’à la mise en place de la plateforme de Katumbi. J’y ai adhéré après discussion avec l’Alternance pour la République (AR) et l’Alliance des Mouvements du Kongo (AMK) pour des raisons d’extension.

Si la coalition FCC-Cach est le prix à payer pour obtenir la paix et la stabilité, je crois que cette alliance ne devrait pas déranger

Vous dites que Lamuka a notamment appelé à la « rébellion », « l’insurrection » ou à la « violence », alors qu’elle n’a jusque-là pas appelé la population à se comporter ainsi ; Martin Fayulu a demander à la population de se prendre en charge…

Lors du dernier discours de Martin Fayulu, que j’ai suivi, il a dit à la population qu’elle ne devait pas attendre de mot d’ordre, et qu’elle devait suivre les derniers soulèvements intervenus en Algérie et au Soudan. En RDC, pourquoi appeler la population à la rébellion et à la revendication, alors que les situations ne sont pas comparables et que nous venons de terminer les élections ?

Que pensez-vous de la coalition FCC-Cach de Kabila et Tshisekedi ?

Si c’est le prix à payer pour obtenir la paix, la stabilité, le progrès et le développement de ce pays, je crois que cette alliance ne devrait pas déranger. Je suggère même qu’elle se mue en une seule et même structure, par exemple en un front patriotique que le président de la République actuel dirigerait comme autorité morale. Mon parti, Ecco, pourrait éventuellement intégrer cette structure si elle est installée.

Quelle appréciation faites-vous des premiers pas de Félix Tshisekedi à la tête du pays ?

Ses premiers pas à la tête du pays sont jusqu’à présent rassurants, je déplore seulement un manque de communication de la part de son cabinet. Celle-ci devrait se focaliser sur les explications à donner à la population sur les attentes qui sont immenses. Les Congolais comprennent différemment ses 100 jours à la tête de la RDC, pour eux les projets annoncés seront terminés durant cette période. Mais certains ne seront pas finalisés dans les temps, et c’est là où se trouve le déficit de la communication du cabinet du chef de l’État.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer