Politique

Crise anglophone au Cameroun : controverse autour de l’enlèvement de John Fru Ndi

L'opposant camerounais John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF). © Sunday Alamba/AP/SIPA

Selon les responsables du Social Democratic Front (SDF), aucune rançon n’a été sollicitée ou versée aux milices armées qui ont brièvement kidnappé l’opposant camerounais John Fru Ndi le 27 avril. Alors que les circonstances de sa libération se précisent, des sceptiques mettent en doute la version du leader du parti d'opposition.

Six heures. C’est le temps qu’aura duré l’enlèvement du chairman John Fru Ndi, leader du Social Democratic Front (SDF), le 27 avril dernier. Libéré après un long échange avec ses ravisseurs, l’opposant historique du président Paul Biya est revenu, ce week-end, sur les circonstances de ce kidnapping atypique à plus d’un titre.

Contrairement aux méthodes utilisées lors de précédents rapts dans la région, aucune rançon n’aurait été demandée pour la libération de John Fru Ndi. Après avoir été extrait du cortège qui le conduisait à l’enterrement du député du SDF Joseph Banadzem, John Fru Ndi a été conduit vers un des nombreux repères des miliciens, avant d’être contraint de s’entretenir pendant près de cinq heures avec ses ravisseurs, a-t-il relaté à la presse, au lendemain de sa libération.

« J’ai été enlevé par un groupe d’individus, au niveau du Comprehensive High School de Kumbo, a révélé Ni John Fru Ndi. Ils ont reproché la participation de mon parti à l’Assemblée nationale et au Sénat. Ces individus ont une perception assez négative de la participation de mes parlementaires », a-t-il ajouté. Des propos confirmés par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par les auteurs du rapt, et dans laquelle on aperçoit le leader du SDF assis, échangeant cordialement avec ses ravisseurs, une boisson à la main.


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Un faux kidnapping ?

« Fru Ndi n’a pas été kidnappé. Il a été emmené par les forces séparatistes alors qu’il traversait leur territoire, pour une brève discussion », a notamment affirmé sur sa page Facebook l’activiste sécessionniste Mark Bareta. De quoi renforcer les positions des sceptiques issus des médias ou de la société civile, qui dénoncent une mise en scène visant à faire revenir le responsable du SDF sur le devant de la crise anglophone, et donc sur la scène politique. « Drôle de kidnapping », titrait ainsi l’un des quotidiens de la capitale, Yaoundé, sur sa Une de ce lundi 29 avril.

Des allusions que le parti d’opposition le plus représenté au Parlement camerounais avait pourtant rapidement dénoncé dans un communiqué rendu public le dimanche 28 avril. « Il nous est parvenu qu’une réunion d’urgence s’est tenue dans la nuit de samedi à dimanche entre un haut commis de l’État, les pontes du parti-État, et des patrons de presse à l’effet de banaliser et tourner en dérision l’enlèvement du chairman (…). Nous marquons notre désapprobation et avons d’ores et déjà pris des mesures via notre département juridiques face à cette ignominie ».

Dans ses révélations, le leader de SDF a indiqué que les membres des groupes armés avec lesquels il s’est entretenu réclament la démission de tous les parlementaires du SDF. Une doléance à laquelle il n’envisage pas d’accéder. « Si l’honorable (Joseph) Wirba n’était pas à l’Assemblée, aurait-il pu s’exprimer comme il l’a fait ? C’est le seul moyen que nous avons pour communiquer avec Monsieur Biya », peut-on entendre dans la vidéo diffusée par les sécessionnistes. « Je leur ai dit qu’il était difficile pour le SDF de cesser ses activités parlementaires », a réitéré John Fru Ndi à la presse.

Malgré les faits, le Social Democratic Front en a profité pour plaider de nouveau en faveur d’un dialogue inclusif. Selon les responsables de ce parti, la voie du fédéralisme devrait être préférée à celle de la décentralisation choisie par Paul Biya. « La décentralisation et les régionales que le régime Biya veut mettre en place sont issus de la tripartite du début des années 1990 qui ont aboutis à la Constitution de 1996, soit il y a un quart de siècle, a affirmé le député Joshua Osih à Jeune Afrique. Tout cela est dépassé et il n’y a qu’un arrangement fédéral qui peut permettre aux Camerounais de vivre ensemble ».

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