Hôtellerie

Avec le Kasada Hospitality Fund, AccorHotels et le Qatar « parient sur l’avenir » du secteur hôtelier africain

Vue de l'ibis Style d'Accra, au Ghana, inauguré fin 2015 (Image d'illustration). © AccorHotels

Mise sur pied en 2018, à l’initiative d’Accor, la plateforme d’investissement dédiée au développement hôtelier en Afrique subsaharienne Kasada Capital Investment a bouclé le premier closing de Katara Hospitality Fund LP. Entretien avec son PDG, Olivier Granet.

Kasada Capital Investment a annoncé le 26 avril la clôture de sa première levée de fonds de son véhicule d’investissement, Kasada Hospitality Fund LP, pour un montant de plus de 500 millions de dollars (449 millions d’euros). Katara Hospitality, bras armé du fonds souverain du Qatar dans l’hôtellerie, et AccorHotels, numéro un du secteur en Afrique, y ont respectivement contribué à hauteur de 350 et 150 millions de dollars.


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La création d’un fonds spécialisé, d’une capacité d’investissement d’un milliard de dollars sur cinq à sept ans (dont 500 millions en capitaux propres), avait été annoncée en juillet 2018. Son objectif, développer une quarantaine d’hôtels en Afrique subsaharienne, exclusivement sous la trentaine de marques de la gamme Accor, tous standings confondus (Ibis, Mercure, Novotel, Sofitel, Fairmont…). Des projets qui concerneront aussi bien de nouvelles constructions que des rénovations et des acquisitions.

La finalisation de cette levée de fonds va permettre au véhicule d’investissement de lancer ses opérations, à la grande satisfaction d’Olivier Granet, PDG de Kasada. L’ex-directeur général Afrique et Moyen-Orient d’Accor, qui a quitté le groupe en septembre 2018, sera épaulé par David Damiba, ancien associé chez Helios Investment Partners, directeur des investissements. Contacté par Jeune Afrique, Olivier Granet dévoile les contours de sa stratégie.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir créé un fonds d’investissement dédié à l’hôtellerie en Afrique ?

Olivier Granet : Paradoxalement, l’Afrique connaît la plus forte croissance démographique et certains pays figurent parmi les plus dynamiques au monde sur le plan économique, mais le parc hôtelier représente moins de 2 % de l’offre mondiale.

L’une des raisons est qu’il est très difficile pour les investisseurs locaux d’accéder à du financement dans de bonnes conditions et de bénéficier ensuite de l’expertise nécessaire pour mener à bien leur projet – contrôle du budget, maîtrise des délais, respect des critères de qualité de construction… Or Accor, comme la plupart de ses concurrents, se déploie sur le continent à travers des contrats de gestion [les partenaires locaux se chargeant du volet immobilier].

Au sein du groupe, nous avions ainsi quatre à cinq fois plus d’ouvertures et de signatures au Moyen-Orient qu’en Afrique. Notre ambition est d’apporter une structure innovante pour combler une partie de ce retard à l’échelle continentale. Il existe déjà des plateformes financières de ce type en Afrique du Sud et au Maroc, notamment Risma, dont Accor est actionnaire, mais celles-ci ont un champ d’action majoritairement national.

Sur quels critères allez-vous sélectionner les projets ?

Dans l’hôtellerie, la localisation est fondamentale. Mais si à Paris ou à Londres, il est relativement facile d’appréhender les plus et les moins d’une localisation et l’évolution du quartier, nous avons beaucoup moins de visibilité dans les grandes villes africaines. D’où l’importance d’avoir une équipe diverse qui puisse débattre des meilleurs choix à faire pour les vingt prochaines années.

Concrètement, comment va se passer le financement des projets ?

Nous apporterons environ 50 % de fonds propres pour chacun d’entre eux. Une part variable selon les risques et le positionnement de l’hôtel. Nous chercherons auprès des banques le complément, qui sera un mix entre des devises et des monnaies locales.

Notre taille critique et notre expertise seront de nature, je l’espère, à rassurer les partenaires financiers et à modifier leur analyse du risque. Nous comptons par ailleurs nouer des partenariats avec des architectes, des entreprises de construction, des sociétés d’équipements… afin de réaliser des économies d’échelle et d’offrir à nos clients les meilleurs produits, innovants en termes de consommation d’eau ou d’énergie par exemple, à des prix attractifs.

Sur quels segments de marché souhaitez-vous mettre l’accent ?

Traditionnellement, la clientèle africaine est essentiellement d’affaires. Cela impacte négativement les taux d’occupation des hôtels qui n’excèdent pas 50 à 60 %, à quelques exceptions près, par manque de clientèle de loisir. Il y a donc un pari à prendre sur l’avenir, avec l’augmentation des flux aériens et de l’offre hôtelière.

Nous concentrerons la majorité de nos investissements sur les segments économique et milieu de gamme ainsi que dans l’appart’hôtel, là où les besoins pour des produits de qualité, bien positionnés en termes de prix, sont les plus importants. Nous ciblons avant tout les capitales africaines, Dakar et Abidjan en Afrique francophone, Accra, Lagos, Nairobi, Addis-Abeba ou encore Johannesburg et Cape Town en zone anglophone.

Ce fonds sera-t-il le bras armé du développement d’Accor, son actionnaire et partenaire exclusif, sur le continent ?

Ce fonds dote Accor d’un support et d’un véhicule d’investissement que n’a pas la concurrence. Ceci dit, le statut de fonds d’investissement est régulé. La décision de faire un hôtel sous l’une des enseignes du groupe appartiendra totalement à l’équipe en charge de l’investissement. Celle-ci aura la responsabilité de sélectionner les projets, de conduire les études de marchés, de mettre en place la structure financière, de piloter la construction et enfin de s’assurer de la bonne performance des hôtels, sous contrat de gestion avec Accor.

Pourquoi Katara Hospitality vous a-t-il rejoint dans cette aventure ?

Le Qatar a des liens historiques avec Accor, puisqu’il en est actionnaire, et a deux représentants qui siègent au sein du conseil d’administration.


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Accor opère par ailleurs des hôtels dont le Qatar est propriétaire, tels que le Raffles à Singapour, le Royal Monceau à Paris, le Savoy de Londres ou encore le Plaza à New-York.

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