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Cet article est issu du dossier «Législatives au Bénin sans l'opposition : les enjeux d'un scrutin inédit»

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Elections

Législatives sans l’opposition au Bénin : un scrutin joué d’avance à l’issue d’une campagne sous tension

Patrice Talon, président de la République du Bénin, à Cotonou en 2016. © Youri Lenquette pour Jeune Afrique

Quelque 5 millions de Béninois sont appelés aux urnes, dimanche, pour des élections législatives inédite dans le pays depuis l'avènement du multipartisme : aucune liste d'opposition n'y participe. Au terme d'une campagne qui a vu monter les tensions politiques, les craintes de perturbations du scrutin, voire de violences, sont réelles.

Le déroulement pacifique du vote de ce dimanche 28 avril est un enjeu majeur, tout comme le taux de participation des électeurs. Ces derniers, environ 5 millions, sont tiraillés entre les consignes de vote et appels au civisme des partis de la mouvance et les appels au boycott lancés par l’opposition, qui a tenté en vain de faire stopper un processus électoral dont elle a été exclue.

Craintes de violences

À deux jours du scrutin, les craintes de voir des violences éclater lors des opérations de vote se font insistantes. Et les consignes de sécurité diffusées par plusieurs représentations diplomatiques à leurs ressortissants et personnels – dont celles du Nigeria, des États-Unis ou encore de la France – sont vues par certains comme autant d’« indices de violences électorales à venir », estiment les plus inquiets.


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« Il est rappelé à tout le personnel des Nations unies en poste ou en mission au Bénin que toutes les missions de terrain sur toute l’étendue du territoire national sont suspendues pendant la période allant du jeudi 25 avril au mercredi 1er mai 2019 inclus », a ainsi prévenu le coordonnateur résident du système des Nations unies, Siaka Coulibaly. « Une précaution habituelle », tempère une source onusienne.

Il y a dix jours, déjà, la Conférence épiscopale du Bénin a exhorté les uns et les autres à «user de leurs prérogatives pour préserver à tout prix la paix et l’unité nationale par l’organisation d’élections législatives inclusives », dans un message intitulé « La paix, une fleur fragile ».

L’opposition n’a pas obtenu le report de l’élection

L'ex président béninois Yayi Boni lors d'une conférence de presse à l'Élysée le 10 novembre 2015. © Francois Mori/AP/SIPA

S’entêter, c’est détruire notre héritage démocratique, décrédibiliser et isoler notre pays au plan international

En cause, une tension qui est allée crescendo, ces derniers semaines. Jusqu’aux derniers jours de la campagne, l’opposition a tenté de se faire entendre. En organisant des manifestations de « résistance » à ce qu’elle dénonce comme une dérive autoritaire du pouvoir, d’abord, à l’image de celle du 19 avril.

Les anciens présidents Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi ont alors pris la tête d’une foule de militants pour exprimer leur colère dans les allées du marché Dantokpa, à Cotonou, le plus grand du pays. Durement réprimée par les forces de l’ordre, cette manifestation n’avait cependant pas rassemblé aussi largement que l’espéraient les leaders de l’opposition.

« S’entêter, c’est détruire notre héritage démocratique, décrédibiliser et isoler notre pays au plan international, remettre en cause la légitimité, la paix et la stabilité dans notre pays, inaugurer un cycle de violences inutiles, mettre en péril la sécurité et la stabilité dans la sous-région », a mis en garde Thomas Boni Yayi, le 18 avril, demandant à Patrice Talon « d’arrêter le processus électoral ».

Une demande réitérée ce mercredi, par le biais d’une lettre ouverte. L’ancien chef de l’État et président des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a lancé un ultime appel au président de la République à « user des pouvoirs que lui confère la Constitution pour arrêter le processus électoral ». Une nouvelle fois, en vain.


>>> À LIRE – Législatives au Bénin : Thomas Boni Yayi demande d’« arrêter le processus électoral »


Vers une Assemblée monocolore

L'Assemblée nationale béninoise, à Porto-Novo, en 2012. © Jacques Torregano Pour Jeune Afrique

La perspective de ce parlement monocolore laisse au président béninois les coudées franches, notamment pour faire adopter son projet de révision constitutionnelle

Dans un entretien télévisé, le 11 avril, le chef de l’État béninois avait déjà prévenu : il se refusait à suspendre le processus électoral en cours, arguant que cela constituerait « un coup d’État ».  Et si Patrice Talon a reconnu que la non-participation de l’opposition au processus électoral était « de nature à discréditer notre modèle démocratique », il a réfuté que le pays se trouvait dans une « impasse ».

« Si vous me donnez aujourd’hui le pouvoir de permettre à l’opposition d’être candidate, je vais l’utiliser pour rester au pouvoir, parce que je pourrai modifier les lois électorales, repousser la date des élections, modifier la Constitution en matière électorale comme je le veux… Même si moi je ne le fais pas, celui qui va me succéder va le faire, parce que c’est cela que tout le monde veut », a-t-il encore répété, jeudi, lors d’une réunion avec les chefs traditionnels du haut conseil des rois du Bénin.

La campagne électorale qui prend officiellement fin ce vendredi à minuit a vu, pendant deux semaines, le Bloc républicain et l’Union progressiste – deux partis soutenant Patrice Talon – organiser meetings et caravanes à travers le pays, les candidats s’invectivant parfois ici et là, mais sans que les débats aient donné lieu à la moindre opposition sur le plan des idées ou des projets portés par les uns et les autres.

À l’issue du scrutin, si le taux de participation reste encore une inconnue, le résultat ne fait aucun doute : l’hémicycle ne comptera que des députés se réclamant de la ligne de Patrice Talon. Et si la mouvance présidentielle bénéficiait déjà de la majorité dans l’Assemblée sortante, la perspective de ce parlement monocolore laisse au président béninois les coudées franches, notamment pour faire adopter son projet de révision constitutionnelle. Celui-là même qui a essuyé deux échecs au parlement lors de la précédente législature…

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