Politique

Sénégal : le surprenant silence de l’opposition face à la révision constitutionnelle

Macky Sall après avoir voté à Fatick lors de la présidentielle, le 24 fevrier 2019.

Macky Sall après avoir voté à Fatick lors de la présidentielle, le 24 fevrier 2019. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

Le projet de loi visant à réviser la Constitution en vue de supprimer le poste de Premier Ministre sera soumis au vote des députés le 4 mai prochain. Tandis que l'exécutif engage cette réforme à marche forcée, l'opposition reste étonnement muette.

Pendant toute la campagne présidentielle, l’opposition n’a eu de cesse de dénoncer ce qu’elle considère comme un « virage autoritaire » de Macky Sall. Mais depuis le 6 avril, et l’annonce du projet de révision constitutionnelle visant à supprimer le poste de Premier ministre, elle est inaudible.

Le projet, validé en Conseil des ministres le 17 avril, a été présenté ce jeudi à l’Assemblée nationale. Le gouvernement, qui poussait pour une adoption la plus rapide possible, a obtenu gain de cause : les députés ont choisi la voie de la procédure d’urgence. Mardi 30 avril, le texte sera présenté en Commission des lois, et le vote a été fixée au samedi 4 mai, lors d’une séance plénière.


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Une réforme en profondeur – qui vise à modifier ou abroger vingt-deux articles de la Constitution sénégalaise – que l’exécutif engage donc à marche forcée. Et ce, sans que les poids lourds de l’opposition ne fasse entendre leur voix.

Le silence des poids lourds

Quelques contestations se sont certes élevées au sein de l’opposition, notamment par les voix de Thierno Bocoum, président du mouvement Agir, de l’ex-Premier ministre de Macky Sall Abdoul Mbaye ou encore dans l’entourage de Khalifa Sall. Mais Idrissa Seck et Ousmane Sonko, les deux principales figures de l’opposition, sont restés coi. De même que le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade.

« Cette question aurait du être soulevée lors du référendum de mars 2016 portant sur la révision de la Constitution », peste Babacar Thioye Ba, un temps directeur de cabinet et mandataire de l’ex-maire de Dakar Khalifa Sall. « Il est grave qu’une révision aussi importante soit décidée sans faire appel au peuple et sans concertation préalable, en dépit de l’appel au dialogue national de Macky Sall. »


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Face à ce qu’il considère comme une « tentative de Macky Sall de se donner les moyens légaux de sa dictature », il exhorte l’opposition à ne « ne pas rester aphone ». « Une fois de plus, Macky Sall essaie de passer en force, sans avoir la prévenance de saisir le peuple. Il pouvait le faire en 2016. Il pouvait attendre le dialogue national, qu’il a appelé de ses vœux. Plus encore, nous sortons à peine d’une élection présidentielle pour laquelle Macky Sall avait un programme. Où était ce projet de révision à ce moment là ? », renchérit-il.

« Il est déjà trop tard »

Abdoul Mbaye et Thierno Bocoum, qui ont soutenu Idrissa Seck lors de la présidentielle, ont quant à eux interpellé l’exécutif sur les réseaux sociaux. « Comme vous l’aurez bien compris, après constat de l’incompétence du tenant d’un poste, le “fast track” est un principe qui, en République de Ndoumbélane [oeuvre caricaturale sur la politique et la société sénégalaise] consiste à supprimer ledit poste plutôt que de remplacer le “low track specialist” par un meilleur choix », ironise le premier.

Le second, lui, se fait plus grave, et s’inquiète de voir Macky Sall « prendre les devants sur une éventuelle cohabitation », dans le cas où son parti perdrait la majorité à l’Assemblée lors des législatives de 2022.

Nous ne voulons pas nous prononcer de manière épidermique sur des questions aussi sérieuses

Si certains de ses soutiens sont sortis du bois, Idrissa Seck n’a encore fait aucune annonce publique. Pas plus que le député Ousmane Sonko, qui pourrait pourtant bénéficier d’une force de frappe importante aux prochaines législatives, au regard de ses résultats à la présidentielle. « Nous ne voulons pas nous prononcer de manière épidermique sur des questions aussi sérieuses. Jusqu’ici nous attendions d’avoir l’exposé des motifs que nous n’avons obtenus que mardi », justifie un proche collaborateur, qui assure que le Pastef produira bientôt une résolution basée sur l’examen du texte.


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Prudente elle aussi, la direction du PDS assure ne pas vouloir se prononcer sans avoir le texte en main. « Le projet de loi est déjà entre les mains de l’Assemblée nationale et passera en plénière dès la semaine prochaine. Il est déjà trop tard ! », vilipende un leader de l’opposition, sous couvert d’anonymat. « Le silence des opposants face à une réforme ausi importante est incompréhensible », regrette-t-il.

Un silence de mise depuis l’annonce des résultats de l’élection présidentielle du 24 février, que l’opposition refuse toujours de reconnaître. Dans les cercles proches d’Ousmane Sonko, on assurre se concentrer sur « le travail de travail de terrain, la reprises des tournées nationales, la restructuration du Pastef et la préparation du tout premier congrès du parti en 2019 ». Une manière de privilégier la prochaine échéance électorale des élections locales de décembre 2019 pour lesquelles l’opposition n’a, là encore, rien livré de sa stratégie.

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