Médias

Tunisie : fermeture de Nessma TV pour diffusion illégale

Nabil Karoui, patron de la chaîne de télévision privée Nessma TV. © Wikimedia/CC

La Haica, l’instance chargée de la régulation des médias en Tunisie, a fait appliquer la décision de fermer la chaîne de télévision privée Nessma TV, au motif qu'elle ne dispose pas d'une « autorisation légale ». Si certains dénoncent une atteinte à la liberté d'expression, d'autres font un rapprochement avec les ambitions politiques présumées du patron de la chaîne.

Plus d’une cinquantaine d’estafettes de police ont encerclé les studios de Nessma TV ce jeudi 25 avril. Un déploiement des forces de sécurité étonnant, qui visait à saisir le matériel et à interrompre la diffusion de la chaîne privée. Une décision, appliquée par la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), en raison de la « violation de la radiodiffusion sans autorisation légale ». « On aurait dit qu’ils pourchassaient des terroristes », relate un cameraman qui affirme avoir été malmené et empêché – comme ses collègues journalistes et techniciens – d’accéder aux locaux en l’absence des dirigeants de la chaîne ou d’un représentant légal. Nabil Karoui, le patron de Nessma TV, est actuellement en déplacement à l’étranger.

De son côté, la Haica a fait valoir son droit d’appliquer une décision prise le 5 octobre 2018, qui sommait Nessma TV de régulariser sa situation, ne répondant pas au cahier des charges de l’audiovisuel. « Modifier nos statuts comme la Haica nous l’a demandé est complexe et requiert du temps, alors ils ont décidé d’appliquer la force », a précisé à Jeune Afrique Nabil Karoui, en ajoutant : « Sous le gouvernement de Youssef Chahed, il n’y a plus de liberté d’expression ni de démocratie ». Cet arrêt met aussi fin aux activités de l’Association Khalil Tounes que couvrait Nessma et qui « devait distribuer 100 000 repas aux familles dans le besoin durant le ramadan », a également déploré le patron de la chaîne.

Une situation qui inquiète

L’offensive semble inquiétante d’autant qu’elle relève de deux poids, deux mesures, puisque la chaîne Zitouna TV, qui émet de manière illégale, n’a elle pas été inquiétée. « La Haica a essayé d’appliquer la loi par la saisie des équipements de Zitouna qui n’a pas réglé sa situation, mais un soutien politique a empêché l’application de la loi », a confirmé le président de la Haica, Nouri Lajmi, sur l’antenne de Mosaïque FM. Il a également imputé « la responsabilité des dépassements dans le secteur des médias aux hauts commis de l’État, à la présidence du gouvernement et à la présidence de la République. » Une manière de reconnaître implicitement l’interférence entre politique et médias, sans pour autant rappeler que le gendarme du paysage audiovisuel est lui-même dans une situation délicate. Contrairement à ce qu’exige la Constitution de 2014, la Haica, institution provisoire dont le mandat se termine le 3 mai, n’a pas encore été remplacée par une instance pérenne.

Plusieurs observateurs, dont le politologue et expert des médias Larbi Chouikha, avaient alerté sur une situation de flou qui mettait en danger des acquis, dont la liberté d’expression et l’exercice de la profession des journalistes. Depuis plusieurs mois, les pressions exercées par le pouvoir sur les médias étaient devenues notables et suscitaient l’indignation du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

Ambitions politiques ?

L’arrêt de la diffusion de Nessma TV, à quelques mois des élections présidentielle et législatives, interpelle. La chaîne est en effet en tête de l’audimat tunisien. Et certains internautes ont ainsi fait le rapprochement entre les ambitions politiques de Nabil Karoui et l’influence que confère un média. Sans avoir dévoilé ses intentions de briguer une quelconque charge aux élections, il figure en bonne place dans des sondages commandés par des partis qui se gardent de les publier.

D’autres internautes ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « pire publicité que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, pouvait se faire avant le congrès de son parti », Tahya Tounes, prévu le 27 avril. « Une erreur stratégique et une manœuvre malheureuse qui va donner plus de visibilité à Nabil Karoui même s’il est controversé », lit-on ainsi sur les réseaux sociaux.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte