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Cet article est issu du dossier «Élections en Afrique du Sud : l'ANC, un favori controversé en perte de vitesse»

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Politique

Afrique du Sud : 25 ans après la fin de l’apartheid, une nation arc-en-ciel en noir et blanc

Dans le township d'Alexandra, en Afrique du Sud, en 2013. © Markus Schreiber/AP/SIPA

Le 27 avril 1994, les premières élections multiraciales consacraient la fin de l'apartheid. Un quart de siècle plus tard, les tensions raciales persistent pourtant en Afrique du Sud.  

« Nous prenons l’engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute (…) – une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde », lançait Nelson Mandela lors de son discours d’investiture à la présidence, deux semaines après le scrutin historique du 27 avril 1994, remporté par le Congrès national africain (ANC).

L’élection du premier président noir d’Afrique du Sud avait suscité l’espoir d’une nation tout entière, se relevant d’un demi-siècle de politique ségrégationniste. Pourtant, 25 ans après les premières élections multiraciales, la nation arc-en-ciel chère à « Mabida » est toujours rongée par les tensions raciales entre Noirs et Blancs.

« Il n’y a pas un seul Blanc à Soweto »

En août 2017, deux fermiers blancs sud-africains avaient été reconnus coupables d’avoir tenté d’enfermer un ouvrier agricole noir dans un cercueil puis d’avoir diffuser la scène sur les réseaux sociaux. « Cette affaire odieuse met en évidence les discriminations encore profondément ancrées dans la société sud-africaine », avait alors réagi Amnesty International.

« Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto. Où est le changement ? » s’interrogeait déjà Winnie Mandela, en 2017, dans un long entretien à Jeune Afrique.

Désillusion

Certes, la politique de discrimination positive et la Commission « Vérité et réconciliation », née en 1995, ont permis l’émergence d’une nouvelle Afrique du Sud, démocratique et plurielle. La Constitution de 1997, toujours en vigueur, est l’une des plus progressistes du continent africain et, sur le papier, Noirs et Blancs ont les mêmes droits. Toutefois, le programme libéral engagé à la fin des années 1990 visait plus à l’intégration internationale du pays qu’à effacer les inégalités sociales héritées du régime ségrégationniste.

Malgré l’émergence d’une classe moyenne, 20% des foyers noirs vivent dans une extrême pauvreté, contre 2,9% des foyers blancs, selon l’Institut sud-africain des relations entre les races (IRR). Le chômage frappe 41,5% des Sud-Africains noirs, contre 11,7% des Sud-Africains blancs et seuls 10% des ménages noirs bénéficient d’une couverture médicale, contre 71,7% des ménages blancs).

« Le niveau de vie des Sud-Africains noirs a considérablement augmenté depuis 1994 mais il stagne depuis 2007 », peut-on lire dans un rapport de l’Institut, qui pointe du doigt les échecs de la gouvernance de l’administration de Jacob Zuma.

Enfin, les inégalités subsistent dans la répartition des terres et Noirs et Blancs se déchirent sur la réforme agraire. Aujourd’hui, la minorité blanche (8% de la population) posséderait encore 72% des fermes, contre 4% seulement pour les Noirs (80% de la population).

Selon les statistiques d’AfriForum, une ONG de défense de la minorité blanche, au moins 72 fermiers blancs auraient été tués en 2017 dans les zones rurales du pays. La thèse complotiste d’un « génocide blanc », largement relayée par des partis d’extrême droite sur la scène internationale, a connu une soudaine accélération en août dernier, après un tweet de Donald Trump. Mais si elle a rapidement été déconstruite (voir notamment ci-dessous les données de l’organisation AgriSA, qui montrent une baisse quasi-constante de ces meurtres depuis vingt ans), cette Fake News a laissé des traces.

 

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« Notre démocratie a fleuri (…) mais la route vers la vraie liberté est longue et nous avons vu les divisions de notre société s’accroître », a  reconnu le président Cyril Ramaphosa devant le Parlement, en février dernier. Un constat central, à la veille des élections générales qui devraient, sans surprise, confirmer l’emprise de l’ANC sur l’Assemblée et, par la suite, sur l’exécutif.

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