Agroalimentaire

Côte d’Ivoire : la crise de la filière de l’anacarde s’invite dans le débat politique

Culture et séchage des noix de cajou.  Le 31 mai 2013 à Abidjan.

Culture et séchage des noix de cajou. Le 31 mai 2013 à Abidjan. © Olivier pour Jeune Afrique

La commercialisation de l’anacarde bat de l’aile en Côte d’Ivoire. Entre grogne des producteurs et grève des acheteurs, le gouvernement tente de sauver une campagne dont le déroulement commence à se politiser.

La vidéo a été abondamment partagée sur les réseaux sociaux. Trois femmes dans un champ d’anacarde du nord de la Côte d’Ivoire chantent en dénonçant la mévente de la noix de cajou. La campagne 2019 de ce produit – dont le pays est désormais le premier producteur mondial (761 331 tonnes en 2018) – est au ralenti dans les régions productrices du nord et du centre du pays.

En cause, une grève des acheteurs déclenchée au début de la campagne, dans le but de dénoncer le prix d’achat des produits fixés par le gouvernement à 375 francs CFA le kilogramme (0,6 euro). Un prix jugé élevé par les acheteurs, comparé au prix d’achat à l’international (un dollar le kilogramme) et à une fiscalité pesante.

À 458 km au nord d’Abidjan, Niakaramandougou fait office d’épicentre de la contestation. « Il y a une dépréciation de l’anacarde généralement en provenance du Nord, par les exportateurs basés à Abidjan », explique Donilourgo Tuo, le responsable des acheteurs de la ville.

Dépréciation

De fait, la dépréciation de la qualité de l’anacarde ivoirienne s’est accentuée lors de la campagne 2018, alors que le prix d’achat fixé par le gouvernement s’élevait à 500 F CFA (0,8 euro). Celle-ci est liée à la norme de qualité dite Kernel output ratio (KOR), destinée à calculer l’apport en amende d’une noix, fixé entre 49 et 57 sur une échelle de 100. « Les noix de cajou présentées pour l’achat sont faibles en amende du fait du climat et du sol. De ce fait, même si nous achetions la production des planteurs, nos camions seraient refoulés au port d’Abidjan par les exportateurs indiens », précise Donilourgo Tuo.


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Charges de Guillaume Soro

Conséquence : la noix n’est pas achetée ou est achetée en dessous du prix fixé par le gouvernement. « Les prix proposés aux producteurs varient entre 100 F CFA et 250 F CFA, selon les localités », dénonce Isaac Kouamé Adi, député du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) et planteur.

De son côté, l’ex-président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, dissident du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP du président Alassane Ouattara), en tournée dans des contrées du Nord, productrices d’anacarde, a dénoncé cette mévente en la mettant sur le compte du gouvernement. « L’anacarde est achetée à 100 F CFA le kilogramme. Que le gouvernement vienne à Dabakala, sur mes traces. Chers parents, ne venez pas leur demander des forages. Dites-leur qu’ils achètent votre anacarde à 500 F CFA, à 1 000 F CFA le kilogramme ! », a-t-il lancé dans l’un des villages, face à une foule révoltée par la baisse des ventes qui s’aggrave d’année en année.

La réponse du gouvernement

Le gouvernement du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a bien tenté de mettre un terme à la crise. Début avril, il a annoncé la réduction du taux du Droit unique de sortie (DUS) appliqué aux exportations de la noix de cajou. Celui-ci est passé de 10% à 7% du prix CAF (Coût, assurance et fret). Cette mesure prise dans l’urgence était destinée à augmenter la marge des exportateurs, dans le but d’inciter ces derniers à acheter leurs produits aux planteurs. « Une mesure insuffisante », objecte un exportateur sous couvert d’anonymat.

Face à l’impasse, le gouvernement en appelle à la prise de responsabilité des 316 000 planteurs d’anacarde que compte le pays. « Le gouvernement, en réalité, a déjà fait sa part ou l’essentiel de ce qui relève de ses missions, tranche Bruno Nabagné Koné, porte-parole du gouvernement, ministre de la Communication, de l’Économie et de la Poste. Le gouvernement a dit que le prix minimum d’achat de la noix de cajou pour cette année est de 375 F CFA. Une fois que le gouvernement a dit cela, c’est aux producteurs d’imposer ce prix-là ! Le gouvernement ne peut pas venir derrière chaque citoyen pour vérifier ».

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