Politique

Mali : Boubou Cissé, un économiste à la primature en pleine crise sécuritaire

Boubou Cissé, nouveau Premier ministre du Mali, ici en 2016 au ministère des Finances, à Bamako. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Alors que le pays fait face à une dégradation de la situation sécuritaire, en particulier dans le Centre, la nomination de Boubou Cissé au poste de Premier ministre a surpris, tant son profil d’économiste est aux antipodes de celui de sécurocrate de son prédécesseur Soumeylou Boubèye Maïga.

En nommant Boubou Cissé au poste du Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keïta a surpris le Landerneau politique malien. Pour remplacer Soumeylou Boubèye Maïga, Premier ministre au profil de sécurocrate assumé, et alors que le pays se trouve confronté à une dégradation de la situation sécuritaire dans le Centre, le président malien a en effet opté pour un homme plus jeune – 45 ans, contre 64 pour son prédécesseur -, qui semble éloigné des questions de sécurité et de défense.

Loin des questions sécuritaires

Boubou Cissé, économiste de formation de 45 ans, natif de Bamako, était ministre de l’Économie et des Finances depuis plus de trois ans, après avoir détenu le portefeuille de l’Industrie et des Mines entre 2013 et 2014.


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Le peu d’intérêt qu’il portait jusqu’à présent aux questions de défense et de sécurité laisse perplexe certains partenaires occidentaux. « Lors de la visite de la délégation malienne au Conseil de paix et sécurité de l’ONU, à New York, Boubou Cissé s’est vraiment mis à l’écart. Il n’a pas participé aux discussions sur le sujet sécurité », confie un diplomate européen en poste à l’ONU.

Une impression confirmée par le chef de l’un des groupes armés signataires de l’accord de paix, qui « a eu des échanges avec Boubou Cissé » lors desquels celui-ci « portait peu d’intérêt à la question sécuritaire ».

« Un Premier ministre ne doit pas forcément être expert en tout, avoir des bagages de connaissance dans tous les domaines. Il va s’appuyer sur les membres de son gouvernement pour travailler sur ces volets de sécurité et défense », plaide l’un des proches de Boubou Cissé.

« Intègre » et rigoureux

Homme « courtois » et « intègre » selon son entourage, Boubou Cissé est, surtout, présenté comme un homme de dossiers, rigoureux et ultra-compétent dans son domaine de prédilection. Le nouveau Premier ministre malien a été économiste pour la Banque mondiale de 2005 à 2013. Il y a notamment assuré les fonctions d’économiste principal, au sein de la division développement humain de l’institution.

Nommé ministre de l’Industrie et des Mines, en 2013, puis ministre des Mines en 2014, il est devenu ministre de l’Économie et des Finances en janvier 2016. Un ministère dans lequel il s’est fait remarquer par sa propension à faire respecter la discipline financière, en particulier vis-à-vis des institutions financières régionales et internationales.

Sur le plan sous-régional, l’ancien ministre de l’Économie peut ainsi se targuer d’avoir hissé le Mali au rang des bons élèves. « En 2018, le Mali affiche un taux satisfaisant de mise en œuvre des réformes, de 77% contre 62% en 2017 », saluait ainsi Abdallah Boureima, président de la Commission de l’UEMOA, lors de la quatrième revue annuelle menée par l’Union monétaire, le 14 février dernier.

Les lauriers dressés en décembre dernier par Mitsuhiro Furusawa, directeur général adjoint du FMI, sont une autre preuve de cette reconnaissance. Saluant la performance économique « globalement positive » du Mali, Mitsuhiro Furusawa ajoutait que « la stabilité macroéconomique a été rétablie en dépit de conditions difficiles, marquées par une insécurité persistante, une volatilité des prix des produits de base et des conditions météorologiques défavorables. Les réformes entreprises par les autorités au cours des cinq dernières années ont permis de jeter les bases d’une croissance solide et d’une inflation maîtrisée ».


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« Cependant, réduire de manière significative la pauvreté reste un défi », soulignait alors Mitsuhiro Furusawa. Un bémol d’autant plus fort que la croissance économique, qui risque de plafonner autour de 5 % dans les prochaines années, repose sur des bases fragiles : l’or et le coton, dont les prix mondiaux sont imprévisibles.

Pas d’assise politique

Autre différence notable entre le nouveau Premier ministre et son prédécesseur, Boubou Cissé n’appartient à aucun parti. Il est, certes, le frère de Baba Cissé, vice-président de l’ASMA, le parti de l’ancien Premier ministre, mais lui n’est encarté nulle part. Un avantage, pour certains, qui y voient le signe d’une prise de distance avec les vieux crocodiles du marigot politique malien. Mais, alors même que le président malien est engagé dans un processus de révision constitutionnelle, l’absence d’assise politique de son Premier ministre pourrait être un handicap.

L’opposition, quant à elle, n’a pas attendu pour exprimer sa défiance. L’Union pour la République et la démocratie a certes « pris acte de la nomination du nouveau Premier ministre Boubou Cissé », qu’elle « félicite » et à qui elle « souhaite bonne chance ». Mais Soumaïla Cissé, son leader, n’a cependant pas manqué de dénoncer une absence de dialogue. « Nous n’avons été ni consulté ni associé au choix du nouveau Premier ministre. Nous n’avons même pas été informé avant l’annonce officielle », regrette le chef de file de l’opposition.

Une défiance que Boubou Cissé va s’employer à briser. Le nouveau Premier ministre a en effet demandé à rencontrer Soumaïla Cissé. Les deux hommes se retrouvent ce mardi 23 avril, en fin de journée, dans les locaux du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), la coalition de l’opposition.

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