Santé

[Tribune] Vaccin contre le paludisme : « une lueur d’espoir »

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Le Dr. Matshidiso Moeti est la Directrice régionale de l'Organisation mondiale de la santé pour l'Afrique.

Des patients victimes de paludisme. (photo d'illustration)

Des patients victimes de paludisme. (photo d'illustration) © Karel Prinsloo/AP/SIPA

Le Malawi, le Ghana et le Kenya donnent le coup d’envoi à l’introduction du vaccin le plus avancé contre le paludisme. Une « lueur d’espoir », se félicite Matshidiso Moeti, directrice régionale pour l’Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La lutte contre certaines épidémies est une véritable lutte pour la vie que malheureusement, nous ne gagnons pas toujours. Si nous avons réussi à éradiquer certaines maladies, il y en a d’autres qui s’acharnent et détruisent tous nos efforts de les vaincre à jamais. C’est le cas du paludisme, ce fléau pour l’Afrique qui outre les 400 000 victimes qui en meurent chaque année, ralentit la croissance et le développement économique du continent.

Il empêche les enfants d’aller à l’école, il surpeuple les hôpitaux, il coûte des millions pour la santé publique et contraint beaucoup de familles à un état de pauvreté dont elles ne peuvent sortir. On estime aujourd’hui que la moitié de la population du globe est toujours à risque. Ce sont des chiffres que nous ne pouvons plus tolérer en ce début de XXIe siècle.

Dans ma carrière professionnelle de médecin et de spécialiste de la santé publique, j’ai été témoin des pires effets du paludisme. J’ai vu des enfants atteints de troubles neurologiques graves provoqués par la maladie, arrivés à l’hôpital trop tard pour être bien soignés. J’ai vu des centres de soin dans des zones rurales pauvres et isolées incapables d’aider ces enfants parce qu’il leur manquait un personnel médical formé et une infrastructure appropriée. J’ai vu de jeunes médecins démunis devant les avancées de la maladie parce qu’ils n’avaient pas les médicaments nécessaires pour la combattre.

Mais, j’ai aussi été témoin des grands progrès réalisés en moins d’une génération pour la faire reculer avec de simples méthodes de prévention comme les moustiquaires imprégnées, des diagnostics plus rapides et de nouveaux traitements pharmaceutiques. Nous avons pendant des décennies cru à l’utopie d’un vaccin contre le paludisme.


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Malheureusement, ce parasite est très résilient et à chaque avancée médicale, il a réussi à se transformer pour y échapper et nous envahir davantage. Jusqu’à ce jour, la lutte contre cette maladie dévastatrice n’a provoqué que des frustrations et des déceptions pour le corps médical et l’industrie pharmaceutique engagés dans ce combat.

Aujourd’hui, une lueur d’espoir apparaît enfin. Dans les prochaines semaines, le premier vaccin contre le paludisme, dénommé le RTS,S, sera inoculé aux jeunes enfants dans trois pays africains, à savoir le Ghana, le Kenya et le Malawi, dans le cadre d’un programme piloté par l’OMS.

Fruit de 30 ans de recherche, c’est une première mondiale. Jamais auparavant, un vaccin n’avait réussi à voir le jour. Cette fois, les premiers essais cliniques à large échelle ont été concluants avec un taux de prévention de 40% et une réduction de 30% de la sévérité des infections. S’il est utilisé en conjonction avec les méthodes de prévention classiques, le RTS,S devrait permettre de sauver des dizaines de milliers de vies.

Dans ces trois pays, l’administration du vaccin se fera graduellement dans des zones de prévalence relativement élevée et s’insérera dans des programmes de vaccination déjà en place, cela pour évaluer comment établir au mieux un calendrier de quatre injections. Il restera cependant un outil complémentaire dans la lutte contre le paludisme qui ne pourra en aucun cas se substituer aux formes de prévention plus classiques recommandées par l’OMS. Ainsi, les enfants inoculés devront quand même utiliser une moustiquaire la nuit, et ceux qui présentent certains symptômes, comme de la fièvre, devront immédiatement être testés.

Même si ce nouveau vaccin n’est pas encore le remède miracle contre le paludisme, nous pouvons nous en réjouir car il nous redonne l’espoir d’arriver un jour à contenir ce parasite qui continue de faire rage, un espoir qui n’était pas envisageable dix ans auparavant. Nous pouvons aussi saluer la collaboration fructueuse entre les secteurs publics et privés et les spécialistes de la santé publique qui a permis de redonner de l’enthousiasme à tous ceux qui se battent pour éradiquer la maladie.

Avec les leçons que nous tirerons de ce programme pilote, nous pourrons progresser dans notre tâche, et avancer ensemble dans notre difficile combat, en continuant à innover et à coopérer pour que les plus vulnérables puissent enfin vivre sans l’ombre de ce fléau ravageur.

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