Société

De Conakry à Abidjan, en passant par Lomé, le parcours de 18 000 tonnes de riz avarié

Terminal conteneurs du Port d’Abidjan, d’Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano/JA

C’est l’épilogue d’une longue odyssée de cinq mois à travers l’océan Atlantique. 18 000 tonnes de riz birman qui avaient été refoulées des ports de Conakry et de Lomé ont fini par être déchargées au port autonome d’Abidjan, avant d’entamer leur dernière pérégrination dans une décharge publique dans la périphérie de la capitale économique ivoirienne. Retour sur une affaire controversée.

Sous un soleil de plomb ce mardi 16 avril 2019, deux ministres d’Alassane Ouattara, en l’occurrence Souleymane Diarrassouba, ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME, et Anne Désirée Ouloto, ministre de l’Assainissement et de la Salubrité, assistent à l’enfouissement des premières tonnes de riz avarié. L’opération doit durer au moins un mois.

L’histoire du riz avarié, qui fait couler beaucoup d’encre et de salive en Côte d’Ivoire, commence en novembre 2018 à Conakry, lorsque Boubacar Barry, ministre guinéen du Commerce, interdit le débarquement des 18 000 tonnes de riz en provenance de Birmanie, au motif qu’il y avait des doutes sur la qualité d’une partie de la cargaison.

Refusé à Conakry et Lomé

« L’inspection effectuée par mes services a certifié la bonne qualité du riz indien et décelé des anomalies liées aux poids et à la qualité pour le riz birman. L’administration ne donnant aucune autorisation pour le débarquement et la commercialisation de ce riz, en conséquence, vous êtes invité à procéder au débarquement des 14 000 tonnes de riz indien assujettis au respect des procédures administratives y afférentes et renvoyer les 22 000 tonnes de riz birman à votre fournisseur », avait-il écrit au patron de Huilerie de Guinée, firme qui avait passé commande d’une cargaison de 36 000 tonnes de riz.

En janvier 2019, la cargaison – commandée cette fois-ci par un opérateur économique burkinabé -, se retrouve à Lomé, où elle est encore refoulée. Cette fois, par le colonel Ouro-Koura Agadazi, ministre togolais de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.

Le précédents des déchets toxiques

Contre toute attente, la cargaison désormais douteuse se retrouve à la mi-mars 2019 en Côte d’ivoire. Mais contrairement aux autres ports, celui d’Abidjan décide d’autoriser le débarquement du riz douteux, soulevant la colère d’associations de consommateurs, avertis par leurs collègues burkinabè et togolais.


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« L’affaire a connu tout ce bruit du fait du scandale des déchets toxiques de 2006, qui est encore très présente dans les esprits à Abidjan », commente l’analyste politique Innocent Gnelbin. La polémique est telle que les autorités convient les responsables de consommateurs à visiter l’un des quatre entrepôts où le riz est stocké. Suite aux analyses diligentées à cet occasion, il est avéré que le riz est avarié. Le gouvernement décide alors de sa destruction.

Mais la polémique ne retombe pas pour autant, faisant naître toutes sortes de rumeurs. Les leaders d’associations de consommateurs, qui continuent d’émettre des doutes, plaident pour un maximum de transparence, qu’ils considèrent comme seule à même de calmer les esprits. « Le processus de destruction prendra au moins un mois. À ce niveau, nous avons des réserves sur la méthode », relève Alain Tailly, président de la Fédération des associations des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire- Facaci. « Si nous  évacuons  200 tonnes par jour, il faudrait au moins trois mois. Nous demandons aux autorités d’accélérer le processus. »

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