Transport aérien

Perturbations à Tunisair : « Les problèmes financiers se transforment en problèmes de sécurité »

Un avion Tunisair (photo d'illustration). © RHL Images from England by Wikimedia Commons

Alors que plusieurs vols de Tunisair ont été annulés cette semaine, déclenchant la colère des passagers, les syndicats de pilotes ont été pointés du doigt. Karim Elloumi, président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne (FTPL), réfute tout mouvement de grève et pointe des problèmes techniques récurrents. Il s'inquiète également du niveau sécurité des appareils.

La compagnie aérienne tunisienne traverse, à nouveau, une zone de turbulences. Plusieurs vols de Tunisair ont été annulés cette semaine, déclenchant la colère des passagers mis devant le fait accompli en dernière minute. Un temps pointés du doigt, les pilotes réfutent avoir engagé un mouvement de grève.

Karim Elloumi, président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne (FTPL) et représentant de la Fédération internationale des pilotes de ligne (IFALPA), attribue ces perturbations au manque d’investissement de l’État dans l’entreprise publique. « Le gouvernement semble délaisser un fleuron du tourisme tunisien », regrette-t-il, proposant par ailleurs plusieurs pistes de sortie de crise.

Jeune Afrique : Tunisair a connu des perturbations cette semaine. Mais les pilotes ont affirmé ne pas être en grève. Qu’en est-il ?

Karim Elloumi : Il n’y a pas eu de grève. Celle-ci est toujours déclenchée à la suite d’un préavis. Cinq à six vols ont été affectés par un mouvement de colère des pilotes qui ont effectué seulement les vols inscrits à leur programme. Ils n’ont pas assuré les vols qui étaient retardés et les vols supplémentaires.

Aussi il n’y avait plus de pilotes remplaçants, tous engagés. Aujourd’hui six avions sur 28 sont cloués au sol, la compagnie n’a pas les ressources pour remplacer les pièces manquantes et les moteurs, elle a du mal à honorer ses dettes et ses factures.

Karim Elloumi, président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne (FTPL). © DR

L’équation est très simple : pas d’argent, pas de pièces, pas de maintenance, pas de confiance dans la sécurité des appareils

N’y a-t-il pas aussi une part de revendication sociale ?

La colère a commencé car chaque pilote a 70% de son salaire [aux environs de 10 000 dinars pour les commandants de bord (3000 euros), et 5000 dinars (1500 euros) pour les copilotes] qui est lié à une part variable, à l’activité en vol.

Comme il y a un retard dans l’acheminement des pièces, cela inclue des retards dans le programme commercial, moins d’heures de vol, des vols annulés … La part variable diminue.

Mais du point de vue des pilotes, le problème c’est surtout la sécurité. L’équation est très simple : pas d’argent, pas de pièces, pas de maintenance, pas de confiance dans la sécurité des appareils. Le gouvernement, qui est l’actionnaire principal, doit investir dans la sécurité.

Il y a un malaise social dû à un problème financier que le gouvernement ne veut pas solutionner. Ces problèmes techniques ont pour conséquence des retards, qui impliquent des frais induits en faveur des passagers, des taxes aéroportuaires plus importantes… On passe à une autre grille de paiement.


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Les pilotes n’ont-ils pas été reçus ou entendus par la direction générale et l’État ?

Selon mes sources, le syndicat des pilotes de Tunisair a pris contact avec la direction générale pour parler des conditions de travail et de la situation générale de la compagnie. Mais la direction générale n’a pas été attentive à leur demande. Cela fait six mois que ça dure. Il n’y a pas eu de discussion concernant l’avenir de la compagnie.

Aujourd’hui le gouvernement semble délaisser un fleuron du tourisme tunisien. L’État ne s’est pas prononcé. Il est temps que le gouvernement prenne les choses en mains avant que n’advienne un sérieux incident. Et ce, d’autant plus que le trafic augmente.

Le ministre du Tourisme a prévu 9 millions de visiteurs cette année, mais on n’aura pas d’avion dans l’immédiat pour répondre à cette demande, on ne pourra pas assurer le programme commercial. Sans compter que, pour trouver d’autres avions disponibles aujourd’hui, avec les problèmes du Boeing 737 Max, c’est devenu très compliqué.

Les difficultés budgétaires de la Tunisie rendent difficile un refinancement de Tunisair. Quelles pistes proposez-vous ?

On ne demande pas particulièrement que de l’argent soit réinjecté dans Tunisair. D’abord il faudrait exécuter le plan de restructuration et de sauvetage dont on parle depuis 2012.

Ensuite il y a d’autres pistes : on peut supprimer la TVA, exonérer la compagnie de taxes d’atterrissage pendant un moment. L’État peut être garant d’un crédit. Il faut libérer des pilotes pour baisser la masse salariale ou revoir certains éléments de salaires qui n’ont pas beaucoup d’impacts sur cette dernière et qui garantissent la pérennité de la sécurité dans la compagnie.

Il y a urgence à réagir. Beaucoup de pilotes veulent partir vers des compagnies du Golfe et africaines – qui payent cinq fois mieux – ou réclament qu’on leur donne d’autres conditions de salaires que ne peuvent pas honorer la compagnie. D’autres demandent une révision du programme commercial.

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