Politique

Algérie : ce qu’il faut savoir pour le neuvième vendredi de manifestations

Des étudiants manifestant à Alger, mardi 16 avril 2019, jour de la démission de Tayeb Belaïz de la présidence du Conseil constitutionnel. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Alors que les Algériens ont déjà commencé à manifester pour un neuvième vendredi consécutif, les initiatives se multiplient au niveau de la classe politique et de la société civile pour trouver une issue à la crise. Des consultations d'Abdelkader Bensalah au durcissement policier, retour sur les développements de ces derniers jours.

Pour le neuvième vendredi consécutif, les Algériens se rassemblent de nouveau pour demander le départ de « l’ensemble du système ». Après la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, les manifestants ont demandé progressivement le départ des « 3B » : le chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah, le Premier ministre Noureddine Bedoui et le président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz. Si ce dernier a démissionné mardi 16 avril, les deux autres responsables sont toujours en place. Jeune Afrique vous résume les faits marquants à l’entame ce nouveau jour de mobilisation nationale.

• Bensalah consulte

À la veille de cette journée de mobilisation, le nouveau président intérimaire Abdelkader Bensalah a adressé une centaine d’invitations à des personnalités politiques, des acteurs du mouvement protestataire ou encore des juristes, pour une rencontre, lundi 22 avril au Palais des nations, de « concertation et de dialogue » afin d’organiser la période de transition. Le président du Conseil de la nation a commencé les discussions, dès jeudi 18 avril, en recevant Abdelaziz Ziari, ancien président de l’Assemblée populaire nationale (2007-2012) et plusieurs fois ministre. Il s’est également entretenu avec le président du Front El Moustakbal, Abdelaziz Belaid, ainsi que l’avocat et militant des droits de l’homme Miloud Brahimi.

L’initiative de Bensalah s’est cependant heurtée à de nombreux refus, notamment ceux du MSP et de la Ligue algérienne des droits de l’homme

Son initiative s’est cependant heurtée à de nombreux refus, notamment ceux du Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste) et de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) qui affirme qu’elle « ne cautionnera pas une telle démarche car elle tourne le dos aux revendications populaires ». L’avocat et figure du mouvement Mustapha Bouchachi a quant à lui appelé au boycott de cette rencontre, dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. Reste à savoir quelle sera la réponse de la rue ce vendredi.

• Fronde des magistrats

Les hommes de loi ont annoncé samedi 13 avril qu’ils refusent de superviser l’élection présidentielle du 4 juillet. Ils se sont exprimés via le Club des magistrats, une organisation en cours de constitution qui se présente comme l’organe regroupant la majorité des juges en rupture de ban avec le Syndicat national des magistrats (SNM), proche du pouvoir. Ils demandent la modification du Code électoral afin de pouvoir surveiller et visiter les centres de vote.

Le refus de superviser l’élection n’est pas une opposition à l’armée ou au commandement de l’armée, a tenu à souligner le porte-parole du Club des magistrats

« Ce boycott n’est pas une opposition à l’armée ou au commandement de l’armée », a tenu à souligner jeudi le porte-parole du syndicat, Merzougui Saâd Eddine. Les membres de ce syndicat affirment également être prêts à « juger les corrompus qui ont trahi le peuple algérien ».

• Durcissement policier

Alors que le mouvement avait été marqué jusque-là par des réactions policières très mesurées et non violentes, depuis deux semaines, la tendance est au durcissement. Mardi 9 avril, une manifestation d’étudiants a été réprimée. Plusieurs protestataires ont été arrêtés, avant d’être libérés en fin de journée. Jeudi dernier, la gendarmerie a également bloqué plusieurs accès à la capitale, filtrant les automobilistes.


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Le lendemain, lors de la marche, la police a fait usage de gaz lacrymogènes, notamment dans le tunnel des facultés, dans le centre-ville d’Alger. Les incidents se sont multipliés depuis. Selon plusieurs témoignages rapportés par des médias algériens, des militantes du Mouvement démocratique et social (MDS) et du Rassemblement actions jeunesse (RAJ), interpellées samedi 13 avril devant la Grande Poste, ont été entièrement déshabillées lors de leur fouille, dans un commissariat de police du quartier de Baraki (est de la capitale).

Mercredi, un corps de sécurité s’est introduit au sein de l’amphithéâtre de la faculté de droit de Saïd Hamdine à Alger et a procédé à la confiscation de documents, dont les feuilles de présence contenant les noms des grévistes participant au mouvement de protestation.

• Gaïd Salah « protège » les manifestants

Mardi 16 avril, le chef d’état-major de l’armée a affirmé que « toutes les perspectives sont ouvertes », se montrant favorable à une solution en dehors du cadre constitutionnel. Une hypothèse qu’il avait pourtant rejeté une semaine auparavant.


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Le général Gaïd Salah a notamment répété que « l’armée est engagée à satisfaire toutes les revendications du peuple ». « L’étape principale étant concrétisée, elle sera certainement suivie par d’autres, jusqu’à la réalisation de tous les objectifs escomptés. Et ce, sans perturber le fonctionnement des institutions de l’État », a-t-il déclaré, laissant présager de nouveaux rebondissements. Il a notamment critiqué la réponse policière et assuré que l’armée a donné « des instructions sans équivoque pour la protection des citoyens, notamment lors des marches ».

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