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Amen Bank – Ahmed El Karm : « Nous souhaitons toucher des secteurs comme la finance islamique ou les banques d’affaires »

Vue du siège d'Amen Bank à Tunis. © Wikimedia Commons

Résultats 2018, finance islamique, banques d’affaires... Ahmed El Karm, le président du directoire d’Amen Bank, fait le bilan de l'année écoulée et dévoile les ambitions de l'établissement tunisien dans des secteurs embryonnaires.

Réuni en mars dernier, le conseil de surveillance d’Amen Bank s’est félicité des chiffres très encourageants de la banque tunisienne, avec une augmentation de 5,3% du résultat net, qui s’établit à 119,9 millions de dinars (35,5 millions d’euros).

Ahmed El Karm, président du directoire d’Amen Bank et président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), revient sur les ambitions de son établissement. Et explique comment les banques privées tirent leur épingle du jeu, malgré une conjoncture économique délicate.

Jeune Afrique : Quels sont les chiffres réalisés par Amen Bank en 2018 ?

Ahmed El Karm : Les chiffres de l’exercice 2018 sont conformes au business plan qui a été approuvé par le conseil de surveillance. Les bénéfices s’établissent à 120 millions de dinars, ce qui permet de dégager une intéressante rentabilité des fonds propres des actifs.

Tous les ratios réglementaires édictés par la Banque centrale de Tunisie sont respectés. Nous considérons donc qu’Amen Bank est en train d’évoluer conformément à sa stratégie, et sa priorité est la consolidation de ses assises et un provisionnement suffisant de ses créances.

Comment expliquer le succès de banques privées comme Amen Bank, dans un climat relativement difficile ?

Je pense que cela est lié à trois facteurs essentiels. Le premier est que nous sommes régis par la loi bancaire, qui nous impose la bonne gouvernance. Plusieurs mécanismes permettent de réduire les errements éventuels et de concentrer les efforts sur les assises et la rentabilité. Et si nous ajoutons à cela les dispositifs contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, les banques se retrouvent donc à l’abri des soubresauts de l’économie.


>>> À LIRE – Financement du terrorisme : la Tunisie présente des signes de défaillance, selon le Gafi


D’un autre côté, la banque ne peut exercer d’autres activités économiques. Tous les efforts sont donc concentrés sur leur cœur de métier.

Mais le facteur le plus important est sans doute le taux d’encadrement. Plus de la moitié du personnel détient un bac+4. Ces cadres ne sont pas uniquement au siège, ils sont également dans le réseaux. Cela permet de développer des relations de qualité avec la clientèle et une réponse assez forte aux attentes, primordiale avec le rôle pionnier que joue Amen Bank dans l’édification des réseaux de vente avec la First Bank, première banque en ligne. Cet encadrement nous permet également de développer les aspects technologiques à l’instar de l’automatisation des opérations avec le workflow (flux de travaux).

Les banques tunisiennes sont souvent critiquées pour leur frilosité à s’engager dans le financement de l’économie. Êtes-vous d’accord ?

C’est faux. Les chiffres sont en contradiction totale avec ces affirmations. Après la révolution, lorsque l’horizon était plus sombre et que les risques de l’économie tunisienne étaient exacerbés, il aurait été tout naturel que les banques mettent de l’accalmie dans l’évolution des crédits. En Tunisie, c’est l’inverse qui s’est passé, puisque les crédits ont augmenté d’environ 13% durant les années qui ont suivi la révolution. Il faut cependant avouer que la Banque centrale a aidé pour que ces taux soient réalisés. Nous étions donc vraiment engagés dans le financement des entreprises et des particuliers.

S’il y a un ralentissement de l’économie, ce n’est pas à cause des banques mais plutôt du fait du manque d’investissement. La banque a tout intérêt à recréer la confiance entre les opérateurs et le tissu économique, social et politique pour que les gens reprennent les efforts d’investissement, et croient en l’avenir de la Tunisie. Nous serons là pour les appuyer.

Il est par ailleurs normal que les conditions de financement dépendent des risques. Il serait suicidaire de refuser le financement de l’économie.

Quelle est la stratégie de la banque pour 2019 ?

Nous suivons l’évolution de l’économie tunisienne. Nous ambitionnons de diversifier nos activités pour toucher de nouveaux secteurs qui paraissent aujourd’hui embryonnaires, mais qui peuvent très vite évoluer, comme la finance islamique ou les banques d’affaires.

Nous considérons que nous ne pouvons plus baser le développement de la banque sur la marge d’intérêt, qui observe maintenant une tendance à la baisse en raison de l’augmentation des coûts de ressource et leur raréfaction et de l’augmentation très très faible des taux d’intérêts. Ceux-ci ne permettent pas de marger convenablement compte tenu des risques que les banques supportent.

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