Défense

Tunisie : les chancelleries dénoncent le signalement de deux convois d’Européens arrivant de Libye

Un navire amphibie américain préparant une évacuation sur la côte à l'ouest de Tripoli, dimanche 7 avril 2019 (image d'illustration). © Mohammed Omar Aburas/AP/SIPA

Les rumeurs d’infiltration étrangère vont bon train en Tunisie, après les déclarations ambiguës du ministre de la Défense faisant état de l’arrivée d’Européens par mer et par terre depuis la Libye. De leur côté, les chancelleries du Vieux Continent évoquent des opérations concertées avec les autorités tunisiennes. Explications.

« Tentatives d’infiltration » sur le territoire national, répètent en boucle plusieurs médias tunisiens, après deux affaires ces dernières semaines mettant en cause des Européens arrivés de Libye. Il s’agirait en fait d’opérations d’évacuation de membres de délégations européennes, du fait des violences en cours depuis l’offensive du maréchal Haftar, assurent les pays mis en cause. Point commun de ces deux affaires : à chaque fois, le personnel en question possédait des passeports diplomatiques.


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Dans le premier cas, c’est l’accostage de deux zodiacs sur l’île de Djerba, mercredi 10 avril, qui a fait polémique. « Il est vrai que deux groupes armés ont essayé de s’introduire via nos frontières maritimes en provenance de Libye, mais, soyez rassurés, nous les avons convoyés jusqu’à Djerba où ils ont été menés à la douane et à la police des frontières. Ces onze Européens étaient munis de passeports diplomatiques et avaient des armes, donc nous avons respecté les procédures juridiques appropriées », a déclaré mardi 16 avril le ministre tunisien de la Défense, Abdelkrim Zbidi.

Une communication précipitée ?

Ces propos, censés rassurer, ont eu l’effet inverse. Pourtant, il s’agirait de forces chargées de la protection des membres de l’Eubam, mission européenne d’assistance en Libye, dont l’arrivée était connue des services tunisiens, assure l’ambassadeur de l’Union européenne à Tunis, Patrice Bergamini. Mises en place en mai 2013 dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), elle a pour but « d’aider les autorités libyennes à améliorer et à renforcer la sécurité aux frontières du pays ».

Nous ne comprenons pas pourquoi le ministre de la Défense a dit cela. Tout a été fait dans les règles de l’art, avec des notes verbales et des listes de matériel transmises en amont

Contacté par Jeune Afrique, Patrice Bergamini assure que les autorités tunisiennes – les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, mais également des responsables locaux à Djerba – avaient été prévenus. « Nous ne comprenons pas pourquoi le ministre de la Défense a dit cela. Tout a été fait dans les règles de l’art, avec des notes verbales et des listes de matériel transmises en amont », confie-t-il. Avant de temporiser : « Ce n’est pas grave, le contexte régional secoue les appareils des forces de sécurité mises au défi par les circonstances ».

Une question reste toutefois en suspens : pourquoi avoir choisi la frontière maritime, et non pas les habituelles voies terrestre ou aéroportuaire pour ce rapatriement ? L’utilisation de zodiacs peut effectivement faire penser à un départ précipité. Contacté, le ministère tunisien de la Défense n’a pas fourni davantage de précisions. Ce n’est pourtant pas le seul cafouillage de sa communication ces derniers jours.

« Des allégations déplacées »

La deuxième arrivée polémique, qui a également suscité doutes et appréhension, s’est produite dimanche 14 avril par voie terrestre, via le poste-frontière de Ras Jdir, près de la ville tunisienne de Ben Guerdane, et met en cause des équipes françaises : 13 membres du détachement qui assure la sécurité de l’ambassadrice de France pour la Libye, à bord de six véhicules 4×4. « Des forces du GIGN [Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale française] », croit savoir le site d’information tunisien Univers News. Une piste non exclue, étant donné que la sécurité de la délégation française dans le pays est assurée par des forces de gendarmerie. Du « personnel de sécurité », précise Marine Alegre, première secrétaire et cheffe du service de presse de l’ambassade de France en Tunisie.

Le ministre tunisien de la Défense aurait cette fois-ci évoqué une saisie d’armes, toujours selon plusieurs médias tunisiens. La France dément les rumeurs de tentative d’infiltration armée. « Ce déplacement a été organisé en concertation avec les autorités tunisiennes. Des contrôles de routine ont été effectués au passage de la frontière entre la Libye et la Tunisie, afin de dresser un inventaire des équipements de ce détachement, qui a poursuivi sa route », assure encore un communiqué de la chancellerie française à Tunis.


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Le convoi n’aurait donc aucunement été freiné. Le Quai d’Orsay a également démenti auprès de l’AFP toute saisie d’arme – ce que corrobore une source diplomatique tunisienne, évoquant aussi un « contrôle classique ayant abouti à l’autorisation pour les membres du convoi de garder leurs armes ». Les équipements du détachement vont être rapatriés vers la France dans les jours à venir, a précisé de son côté l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor, qui assure – comme son homologue européen – que ce déplacement s’est fait en étroite coordination avec l’ensemble des autorités tunisiennes concernées (ministères des Affaires étrangères, de la Défense nationale et de l’Intérieur).

« Alors que nos deux pays doivent faire face à de réels enjeux de sécurité dans le contexte de la crise libyenne, un certain nombre d’allégations déplacées et de fausses informations ont nourri de vaines et absurdes polémiques », a taclé le diplomate français, dans un communiqué diffusé ce jeudi.

L’ambassade de France en Libye délocalisée à Tunis

Aucun autre personnel n’aurait été évacué, l’ambassade de France en Libye n’ayant pas concrètement rouvert. Ses représentants ont l’habitude d’effectuer des allers-retours entre Tripoli et Tunis, où leurs locaux ont été relocalisés temporairement depuis avril 2013 et l’attaque qui a frappé la représentation française en Libye. L’ambassadrice, Béatrice le Fraper du Hellen, n’était pas présente dans ce convoi, mais était déjà préalablement rentrée par avion en Tunisie, dans le cadre de ces déplacements.

La réouverture de l’ambassade à Tripoli, en projet, et espérée pour la rentrée prochaine, sera donc tributaire de l’évolution de la situation sécuritaire en Libye. La France y compte 67 ressortissants, pratiquement tous des binationaux. Aucun n’a pour l’instant exprimé le souhait de quitter le pays, assure Laurent Caizergues, conseiller consulaire des Français de l’étranger dans la zone.

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